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 La Seigneurie de Saint-Armand (2)

Charles Lussier

Carte de la rivière de Richelieu et du lac Champlain (1744)
N.B., ingénieur de la Marine de France Bibliothèque nationale du Québec

À l’hiver 1744, Réné-Nicholas Levasseur, responsable de la construction navale et inspecteur des bois et forêts, revient en mission en Missikeskoui au lac Champlain.  Dans une lettre à Gilles Hocquart, intendant de Nouvelle-France de 1729 à 1749, Levasseur l’informe de sa visite des chesnes et des travaux d’abattage d’arbres réalisés avec un charpentier.

Ces activités lui permettent de découvrir du bois de chêne d’une nouvelle qualité pour les mâtures de vaisseau, supérieure aux pins rouges découverts lors des inventaires précédents. Son grain en est extrêmement fin et des échantillons seront emportés au sage intendant.

« Vous n’avez pas vû de bois du Nord si fin n’y si gommeux… je le garantiray toujours plus fort que le bois du Nord, nous pourrons en faire l’Epreuve contre le pin rouge. Ce bois s’appelle ciprès en ce pays mais il ressemble peu a celuy d’Europe… il s’en trouve quelques  a Missiskoui 1. »

Vers la même période, Joseph Corbin, maître charpentier du roi, a découvert une pinière rouge dont les arbres sont très hauts, sans branches et de diamètre de 20 à 30 pouces et de très bonne qualité. Corbin a parcouru 6 lieues (environ 28 km) de pays boisé de ce bois sans en voir la fin. On juge lors de cette visite que la pinière se trouve à la rivière aux Sables (actuelle AuSable River, État de N.Y). Levasseur est extrêmement content du déroulement des opérations, les arbres d’espérance ayant été réservés comme il est d’usage en Europe. Corbin mène ses gens de façon très bien ; les paresseux trouvent qu’ils n’ont jamais été menés si rudement. Il fut souhaitable qu’il eut choisi sa brigade.

« J’ay tant vû de chesnes dans cette contrée que j’ay parcourui pendans deux jours d’un soleil à l’autre que je ne puis les nombrer.  Ils sont très beaux et je doute qu’il ç’en soit exploité dans les pays au-dessus… et je doute que nos descendans voyent jamais disette de chesnes dans le lac Champlain 1 (…). »

Levasseur engage deux habitans pour exploiter le bois de pin rouge de bonne longueur et le rendre au bord de l’eau. Tout sera fait à son retour de Chateaugay. Il mesurera le bois et paiera les deux hommes.

Parallèlement aux activités d’inventaires et de début d’exploitation des bois au lac Champlain, le roi Louis XV à Versailles est conscient de l’importance relative de la mission de Michiscouy. Sa position stratégique pour la Nouvelle-France, protégée pour l’ensemble des territoires seigneuriaux français au lac Champlain, l’incite à donner des instructions à l’Église et aux administrateurs de la colonie afin d’empêcher les Abénakis de la région d’avoir des échanges avec les Anglais situés plus au sud. Le 12 octobre 1744, une visite au village de Michiscouy par l’intendant et le gouverneur Charles de Beauharnois a pour but d’inciter les 60 jeunes guerriers abénakis présents à faire des raids dans les établissements anglais. En avril 1745, Louis XV le Bien-Aimé est heureux d’apprendre que les Abénakis collaborent amicalement avec les Français à ces raids où plusieurs scalps et prisonniers anglois sont rapportés.

Les découvertes des richesses forestières pour la construction de vaisseaux du vaste territoire intérieur du lac Champlain commencent à susciter de l’intérêt de la part des administrateurs de la Nouvelle-France.

Sources :

1. Extrait d’une lettre du Sieur Levasseur à M. Hocquart, datée du 6 mars 1744, Dépt. de la Marine et des Colonies, Centre des archives d’outre-mer (France)

Montgomery, G. Missisquoi Bay (Philipsburg, Que.), Granby Printing and Publishing Co. Ltd. 1950, Granby, Québec, 134 p.

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