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- Courrier des lecteurs -

Saint-Armand, une paix très relative

Isabelle Gingras

En 2005, après avoir vécu à Montréal pendant plusieurs années, mon mari et moi avions envie de nous rapprocher de la nature et de vivre dans un lieu tranquille. C’était un rêve que je caressais personnellement depuis fort longtemps, comme celui d’avoir un enfant. Nous avons entrepris des recherches avec en tête quelques priorités dont la première était d’avoir la paix. Nous avons trouvé une bonne maison dans un rang alors très paisible de Saint-Armand, soit le rang Pelletier Sud, et en juin 2008 naissait notre petite fille.

Dans les premières années (2005-2007), c’était un pur bonheur que de prendre de longues marches sur le rang. Nous n’entendions que le vent dans les feuilles, le chant des oiseaux et, à l’occasion, une voiture conduite par un voisin qui nous saluait de la main. Nous avons d’excellents voisins, respectueux, qui recherchent aussi une belle qualité de vie et qui semblent apprécier voir et entendre la nature. Mais (il y a toujours un « mais », me direz-vous) depuis quelques années, un bruit de machinerie lourde se fait entendre dans le rang Pelletier Sud (je n’ose pas imaginer le bruit pour les voisins de l’entreprise sur le chemin Dutch). Quand il n’y a plus de feuilles dans les arbres, je l’entends même à l’intérieur de ma maison, pourtant construite en béton ! Ce bruit, c’est celui de la machinerie d’une entreprise qui prend de gros arbres (et par le fait même la quiétude de bien des citoyens) pour les défaire en mille miettes. Ils en font ce qu’on appelle de la ripe. Bon, d’accord, de chez moi à ce temps-ci de l’année, ce n’est pas un bruit plus fort que celui que font parfois les agriculteurs, lorsqu’ils utilisent leurs machines agricoles.

Or, personnellement, l’agriculteur ne me dérange pas, car il ne fait pas un bruit fréquent, il est dans une zone agricole et il fait son travail quand il le faut, ni plus ni moins, soit quelques fois l’an. Par contre, l’entreprise de la ripe est une entreprise industrielle (située non pas dans une zone industrielle — et c’est toute la différence ! — mais agricole) et qui opère souvent 5 jours par semaine. Il suffit que je marche 5 minutes vers le village pour que, en haut de la côte, le bruit soit vraiment plus fort. D’ailleurs, je sympathise beaucoup avec mes voisins en haut de la côte (une famille de quatre) qui, comme nous, se sont construit une maison avant que l’entreprise prenne de l’expansion en 2008. Ils ont bien envoyé une lettre à la municipalité, mais après que l’inspecteur soit passé, on leur a dit que le bruit était acceptable. Et que dire des voisins immédiats ou encore plus à proximité de l’usine à ripe en question, comment font-ils pour supporter un tel vacarme ? Selon certains, plusieurs de ceux-ci sont à bout de nerfs, mais ne savent que faire (s’ils désirent vendre, que valent leurs maisons avec une usine aussi bruyante à proximité ?). D’autres auraient une certaine peur de la famille Kyling (à qui appartient l’usine) bien connue dans la région.

Autre problème relié à l’entreprise : les véhicules lourds sur le chemin Saint-Armand. Au volant de ma voiture, il m’est arrivé souvent de voir venir trop vite, dans mon rétroviseur, un camion-remorque chargé de bois. Selon certaines personnes qui habitent sur le chemin Saint-Armand, ces camions sont aussi vraiment très bruyants.

Quoi qu’il en soit, nous et nos voisins ne pouvions pas en rester là. Nous avons fait signer une pétition et recueilli rapidement 31 noms, seulement avec les résidents de notre rang et quelques personnes de Saint-Armand que nous connaissions. Nous avons envoyé cette pétition à la CPTAQ afin de nous opposer à un nouveau projet de la propriétaire, soit celui d’entreposer sa ripe sur un autre terrain que celui de l’usine. Lors de la rencontre publique à la CPTAQ, il s’avère que l’inspecteur (payé par la municipalité) est allé défendre les intérêts de l’entreprise. Présent à cette rencontre, mon mari a pu constater que l’inspecteur n’a jamais fait mention des plaintes des citoyens. Finalement, la CPTAQ a accepté la demande de l’entreprise pour une durée de 5 ans. Je vous entends dire : pourquoi ne pas s’être opposé directement à l’emplacement de l’entreprise elle-même ? Il semblerait que ce soit à la municipalité d’agir en premier lieu concernant l’emplacement. Or, peut-on compter sur l’inspecteur ?

Il se trouve que lors des assemblées municipales, lorsqu’il est question du bruit suscité par l’entreprise, si vous cherchez le maire, vous le trouverez à l’extérieur. Pourquoi ? Parce qu’il travaille pour l’entreprise à ripe de Mme Kyling et que cette délicate situation l’oblige à se retirer !

Tiens ! Voilà que l’usine vient de redémarrer ses activités au moment où j’écris ces lignes. On est seulement au début du mois d’août… je dois donc rectifier ce que j’ai écrit plus haut : le bruit arrive donc jusqu’à chez moi malgré la présence des feuilles dans les arbres, et ce, été comme hiver ! Surtout, ne venez pas me dire qu’il faut que j’endure ce bruit sous prétexte que ça crée de la job. Il ne faut pas oublier que ce qui fait vivre un village, c’est aussi, voire beaucoup, les citoyens qui y habitent (et qui, entre autres choses, paient des taxes). Mes voisins et moi ferons tout en notre pouvoir pour nous faire respecter et nous avons de bonnes raisons d’espérer que d’autres nous appuieront. Autrement, si rien n’est fait, nous partirons. Qui aura envie de s’installer ici demain ? Je pense qu’il y aura toujours de la place pour des camionneurs et des usines (dans des zones industrielles), mais des petits villages paisibles à une heure de Montréal où de jeunes familles respectueuses de l’environnement et des autres viennent s’établir (et dois-je le rappeler aux élus, payer des taxes), il me semble que c’est à considérer et à respecter. Parlant d’élus, on m’a dit que le maire n’avait pas été élu lors de la dernière élection (il avait été le seul à se présenter). J’espère qu’il en sera différemment cet automne.

Isabelle Gingras

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