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Banque de terres

À la manière d’un « slow dating ».
Mathieu Voghel-Robert

Depuis cette année, il y a du nouveau dans les rangs de votre région. Il ne s’agit pas de télé-réalité pour trouver l’amour, mais c’est tout comme. Le but du projet : jumeler des propriétaires de terres inutilisées et des agriculteurs qui s’en cherchent. La MRC de Brome-Missisquoi (BM) met en place une banque de terres pour valoriser la zone agricole (ZA) et favoriser la relève.

« C’est un besoin naturel. L’accès à la terre est difficile, affirme le conseiller en développement rural du centre local de développement (CLD) de Brome-Missisquoi, Pierre Genesse. Je pense que ça va marcher ».

Les prémisses du projet se dessinent au lendemain du dépôt des différents rapports (Ouimet, Pronovost, St-Pierre) sur l’avenir de l’agriculture au Québec. La MRC confectionne un plan de développement de la zone agricole (PDZA) et mandate le Groupe de réflexion et d’action sur le paysage et le patrimoine (GRAPP) pour la réalisation d’une étude exploratoire. Elle est menée par Jocelyn Darou, chercheur à l’UQAM, afin de faire l’inventaire des différents outils pour favoriser l’accès à  la terre.

Maxime Girouard-Lapointe jette un dernier coup d’oeil à ses choux tandis que Leslie Carbonneau du Grapp discute avec le propriétaire Bernard Bélanger. (photo : Mathieu Voghel-Robert)

Les obstacles sont nombreux : « baisse des revenus agricoles, endettement sans précédent des agriculteurs, difficulté de transférer les fermes à la relève », indique le rapport Pronovost. « Pour l’ensemble de la MRC, le nombre total de fermes a diminué de 33 % dans les 25 dernières années », souligne M. Darou dans son étude.

« Il faut être millionnaire pour acheter des terres ici », lance en souriant Maxime Girouard-Lapointe, jeune agriculteur de Dunham. L’activité touristique est un moteur important pour la région, mais elle exerce des pressions sur la ZA. La volonté d’utiliser le territoire à d’autres fins et la conversion de maison en résidences secondaires par des néo-ruraux aisés dopent les prix des terres. « La valeur moyenne d’une maison unifamiliale dans BM était de 165 000$ en 2007, comparativement à 138 500$ en Montérégie-Est », indique le PDZA.

La belle friche

« Avec des cartes aériennes de la MRC, on a évalué à plus de 3000 hectares de terres agricoles disponibles, affirme Patricia Lefèvre du GRAPP. C’est très approximatif, mais c’est un bon point de départ. » La zone verte occupe près de 80 % de la superficie de la MRC, mais moins du tiers est réellement exploité à des fins agricoles.

Le rapport du GRAPP a répertorié toutes sortes d’avenues : les banques de terres comme en Ontario, les incubateurs pour la relève, la possibilité d’avoir une instance qui vérifie et approuve les transactions de terres comme en France avec la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER), la ceinture verte comme à Ottawa et Toronto, les fiducies, les écovillages, les coopératives et les incitatifs financiers. « La banque de terres était un moyen rapide et pas trop lourd pour faciliter rapidement l’accès de la relève à une terre, conclut Patricia Lefèvre ».

La MRC passe à l’action

Après l’exploration, l’élaboration, c’est l’année de l’application de la banque de terres. « Si on arrive à faire cinq jumelages cette année, on va être très content », affirme Leslie Carbonneau, chargée de projet pour le Grapp. Elle parcourt toute l’année la MRC afin d’alimenter ses listes de propriétaires et d’agriculteurs susceptibles d’être intéressés par le projet. « Pour chacun, je remplis une fiche avec des informations techniques, les souhaits de culture, les besoins, explique-t-elle. Mais c’est surtout la compatibilité qui est importante. » Il y a d’ailleurs trois facteurs déterminants au succès : le potentiel agricole, la qualité du jumelage au point de vue humain et légal.

La banque compte déjà trois succès de l’an dernier et un nouveau jumelage est en cours de route. Elle permet des ententes sur mesure qui facilitent la location de petites parcelles dont la vente est pratiquement impossible par les lois actuelles sur la protection du territoire agricole. « Il y a encore beaucoup de démarches légales à faire pour régler la problématique de l’habitation, conclut Leslie Carbonneau. » La loi interdit la construction d’une deuxième résidence sur la même propriété en zone verte.

Les unions qu’ossa donne !

« Faire de l’agriculture, ça implique du drainage, de la coupe d’arbres. Ce sont des grosses concessions », explique Maxime Girouard-Lapointe qui a trouvé une terre l’an dernier. « Louer c’est difficile pour la confiance, on cherchait plus à acheter, poursuit-il. » Il a trouvé son propriétaire idéal en Bernard Bélanger. Les deux hommes partagent la même vision de l’agriculture. Maxime en est à sa deuxième année de production maraîchère à son compte, il devrait être certifié bio d’ici le mois d’août. Rien ne le destinait à l’agriculture. Natif de Waterloo, il a d’abord travaillé et fait des études en infographie. « Être à l’air climatisé, c’était vraiment pas pour moi, lance-t-il. » Il a fini par travailler aux Jardins de Tessa à Frelighsburg et c’est à ce moment qu’il a su ce qu’il voulait.

« C’était [aussi] un peu mon rêve en arrivant de Montréal, explique Bernard. Mais je n’avais pas le temps, ni l’expertise pour le faire ». Il exploite une boulangerie à Dunham depuis cinq ans. L’union s’est déroulée naturellement. Bernard a croisé Rachel – la conjointe de Maxime – lors d’une réunion de la ville de Dunham pour évaluer les possibilités de dynamiser l’agriculture locale. « J’en (la réunion) avais entendu parler, alors je me suis invité, lance Bernard le sourire aux lèvres. J’avais des terres, eux en cherchaient ! »

Le sentiment d’appartenance à une terre est assez fort pour un agriculteur. La vision à long terme est aussi très importante. « Je ne loue pas pour l’argent, admet Bernard. Je désire qu’ils restent. Maxime et Rachel font maintenant partie de la famille, ajoute-t-il ». C’est une nouvelle façon de trouver une relève agricole dans une société où les familles sont de moins en moins nombreuses. « La communauté doit prendre la relève, explique Bernard. »

La prochaine étape est de rendre la banque consultable en ligne. « C’est sûr qu’il y a un objectif d’étendre le projet à plus grande échelle », explique Leslie Carbonneau. L’union des producteurs agricoles, la Fédération de la relève agricole du Québec, le ministère de l’Agriculture, des pêcheries et de l’Alimentation du Québec et le ministère des Affaires municipales se sont tous montrés très enthousiastes lors d’une rencontre en juin dernier.

Au total, la région compte près de 400 entreprises agricoles dans 20 types de productions. « On est bien situé près des grands centres, notre région est belle, elle a un bon potentiel agricole, explique Pierre Genesse. On a un super beau terrain de jeu ».

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