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- Conte de Noël -

La paix de Saint-Armand

Jacques Godbout

Depuis une éternité les policiers de la Gendarmerie royale, responsables de la surveillance des frontières, cherchaient à se saisir de Dédé Longpré, contrebandier notoire, célèbre dans tout le canton, fournisseur attitré des résidents en whisky, vodka et cigarettes qu’il importait impunément des États-Unis, se glissant, sac au dos, et bottines de chasse aux pieds, à travers bois et champs.

Dédé connaissait tous les sentiers, évitait d’instinct les clôtures récentes ; à la tombée du jour, entre chien et loup, il se coulait à l’ombre des granges, s’écrasait derrière un rocher, immobile comme un hibou, puis s’élançait soudain vers la frontière qu’il traversait chaque fois à la barbe des douaniers.

Or, un 24 décembre, les policiers furent prévenus de son parcours par un coup de fil anonyme. Dédé n’avait pas que des amis. Ce soir-là, une petite neige vespérale couvrait le sol d’un blanc laiteux dans la lumière crue d’une lune ronde comme un projecteur. Il était quasi impossible de se dissimuler.

Pas de chance : l’information était exacte. Les policiers virent d’abord la silhouette du contrebandier se découper dans le champ et Dédé, imprudent, sauter à pieds joints par-dessus la barrière de l’ancienne route. Les trois hommes en uniformes se jetèrent alors sur lui sans ménagement. Ils tenaient enfin Dédé en flagrant délit !

Roulant par terre ils entendirent le criminel lancer en riant « Oh ! Oh ! Joyeux Noël, Messieurs ! » et virent avec stupéfaction que Dédé s’était affublé d’un bonnet rouge, d’une barbe blanche et d’un costume de Santa Claus acheté aux U.S.A. Quand ils ouvrirent son sac ils n’y trouvèrent que des jouets multicolores et des sachets de friandises en abondance.

« Pour vos enfants ! » lança Dédé avec un sourire satisfait, ajoutant « Je n’allais pas vous donner rendez-vous les mains vides, un soir de Noël ! »

Cette nuit-là, d’un commun accord, policiers, douaniers et contrebandiers signèrent un pacte : Noël serait désormais un jour sans frontières. C’est ce que d’autres ont nommé « La Paix de Saint-Armand ».

Le 7 novembre 2004

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