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- Chaîne d'artistes -

Raôul Duguay : la richesse de l’esprit ou l’omnicréateur

Propos recueillis par Janine Carreau

Raôul devant une de ses œuvres  (Photo : Céline Lalonde)

Genèse

À la mort de mon père, j’avais 5 ans. Cinq des onze enfants ont été placés à l’Hospice Saint-Joseph-de-la-Délivrance, à Lévis. C’était tout sauf la délivrance. Le soir, je contemplais le coucher de soleil sur le pont de Québec et le fleuve, la splendeur, la magnificence, la lumière, l’infini, l’eau. Les racines de l’art, de la beauté sont entrées en moi. La beauté rédemptrice me soulageait de ma souffrance, de ma solitude. Tout a commencé là pour l’imaginaire.

La musique et la poésie

La première belle chose qui est sortie de moi, c’est ma voix. Peindre la beauté sur le plan sonore. Dans la chorale, j’étais soliste, j’avais un statut privilégié, je recevais une orange ou des bonbons. J’ai été applaudi dès 9 ans. Je gagnais tous les concours amateurs. Je lisais beaucoup, j’étais toujours le premier en français. D’abord je chante, ensuite j’écris, je composerai beaucoup plus tard. Écrire c’est d’abord avoir un lexique duquel va émaner un imaginaire, c’est l’art de combiner les choses qui n’ont pas l’air d’aller ensemble. J’ai fait ma thèse de licence en philosophie sur un seul vers de Paul Éluard : « Le dur désir de durer ». Tout est là-dedans. Il y a eu Valéry aussi, tous les poètes français. La poésie des autres m’a mené à la mienne. Qu’est-ce qu’écrire ? « Écrire, c’est l’art de respirer. » (Neruda) Cette réponse  a fait bang dans ma tête. Il y a deux sortes de respirations : acide, thoracique, superficielle, ou alcaline, abdominale, plus profonde. Avec L’Infonie, en 1967, j’ai fait l’étude des respirations, des nouvelles respirations. On a été jusqu’à 33 sur scène. C’était le menu musical le plus global, tout : Sibelius, Bach, du Rock, N’oublie jamais de Michel Louvain, du Free Jazz, du Rythm & Blues, de la musique minimaliste de Terry Reily, un solo de chaudière d’eau qui durait 75 minutes. Tous les styles de l’heure incluant Les parapluies de Sherbrooke (sic), de la peinture et de la poésie en direct.

La peinture

Quand l’œil s’est ouvert, les premières toiles furent des Vasarely, des Borduas, des Mousseau et des Frère Jérôme. La peintre Denise David a été l’assistante du frère Jérôme pendant 8 ans. J’allais la chercher à l’atelier. J’étudiais en philosophie, niveau doctorat à l’Université de Montréal, la tête ne me passait pas dans la porte. Le frère Jérôme m’a repéré. Il a été mon premier contact avec cette réalité-là. On travaillait à la gouache sur du papier journal. La première leçon, la seule, l’ombre et la lumière. « Regarde ce jeune de huit ans, c’est ton professeur aujourd’hui ». Mon ego en a pris une claque. Il a mis le doigt sur une zone personnelle dans

un dessin sur quarante. « O h ! O h ! » , p u i s « Casse-toi la gueule tout de suite, ça va être réglé ». La fois suivante il a retenu dix dessins. J’ai appris à lire les dessins d’enfants ; un me revient, c’était un personnage avec des cheveux jaunes, un corps rouge et des jambes bleues « Es-tu capable de faire mieux que cela ? » me disait le frère Jérôme. De connivence avec Borduas, il a été l’initiateur de la libération de l’académisme au Québec.

Entre la spontanéité de l’enfant et le structuraliste que je suis, il y a combat entre la gestuelle instinctive et le  contrôle. Je cherche l’équilibre entre rigueur et spontanéité. Je réclame la liberté qui s’en va quelque part. J’ai parfois de la misère à accepter ce que je fais. C’est un saut dans l’inconnu et parfois je me casse la gueule. La perfection est plus une maladie qu’autre chose, par contre l’excellence est nécessaire, indispensable. Ce qui m’intéresse, c’est découvrir ce qui m’est personnel. Tant que t’es pas arrivé à être unique, t’as pas d’affaire là. Il faut donner un sens au monde. L’art le fait, l’art à la limite sauve de la mort.

Retour à la peinture

C’est  grâce à Annie Reynaud, qui me fait cadeau en l’an 2000 de pinceaux et couleurs que je reviens à la peinture. Je lui avais montré des encres peintes en 1964-1966 au moment où j’enseignais la philosophie à l’Université de Montréal puis au Cégep de Maisonneuve. J’imagine qu’elle trouvait qu’il y avait là un talent qui se perdait.

La multidisciplinarité, d’hier à aujourd’hui

Je me considère un omni-créateur. J’ai un jour trouvé la permission au sein du poème Correspondance de Baudelaire où les sons répondent aux couleurs. J’ai des périodes, des acquis : à part ce qui précède, j’ai touché au cinéma, donné des ateliers sur la voix, écrit huit pièces de théâtre, un livre de 333 pages sur la m u s i q u e . M a r y v o n n e Kendergi a dit que j’étais le premier à avoir une vue globale de la scène musicale au Québec, etc. En ce moment, en plus de peindre

une série Vertiges,  je donne des conférences en tant que philosophe, à des fonctionnaires et des cadres d’entreprises sur ma vision de l’avenir. Je suis l’auteur de AO La légende fantastique. Je travaille sur un texte poétique pour Cavalia.

L’avenir, les rêves

Je vais vers les arts du silence, peinture, sculpture. Je me vois continuer à faire des apparitions comme penseur. Je veux faire un dernier disque pour 2009-2010.

Où voir les œuvres ?

Chez moi ; pour l’instant je ne suis affilié à aucune galerie. On peut visiter ma galerie virtuelle sur mon site web :

www.raoulduguay.net

Du 29 septembre au 4 novembre 2007, à la Galerie Arts Sutton, j’expose une trentaine de toiles.

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