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Le culte (et la culture) des arbres en pays nippon (1)

Clin d’œil du Japon
Paulette Vanier

Sugis géants bordant l’allée menant au temple

Photos : Paulette Vanier

Il y aurait tellement à dire du Japon, où je me trouve depuis bientôt deux mois ; tellement de contrastes, tellement de visages, tellement d’époques… Mais ce qui frappe, je pense, les personnes qui, comme moi, s’intéressent à la nature, c’est l’amour inconditionnel que les Japonais portent aux arbres. On les adule, les bichonne, les célèbre ; pose sous leurs branches fragiles de longues béquilles de bois, enveloppe leur tronc de toile de jute, les taille, les émonde, les palisse, restreint leur croissance ou, au contraire, les encourage à atteindre des sommets inimaginables.

Arbre avec béquille et au tronc protégé par un grillage

Temples, autels et palais sont inconcevables sans leur éternelle présence. En plein cœur de Tokyo, qui avec ses 33 millions d’habitants constitue la plus grande agglomération au monde, on les trouve partout, tassés contre les édifices, surgissant d’entre les dalles de béton, ou se nanifiant sagement dans des pots à fleurs posés sur les murets ou directement sur le sol devant les maisons. Qu’ils se nomment platane, pin, cyprès, cryptoméria, érable, ginkgo, cerisier, camphrier, ils font l’objet d’un véritable culte de la part des Japonais qui ne les abattront qu’après avoir tout tenté pour les sauver.

Protecteurs en paille de riz (warabocchi)

Dans les régions où la neige abondante et lourde risquerait de les endommager, on protège leurs branches au moyen de structures de ficelle en forme de tipi (qui portent le nom de yukitsuri). Dans certains cas, il faudra une journée complète et une équipe de dix hommes pour ériger la structure (les structures plutôt, puisqu’on en installe jusqu’à cinq par arbre). Contre le froid, on habille aussi les arbres les plus fragiles de protecteurs en paille de riz (warabocchi), qui sont de toute beauté. Car dans l’esprit nippon, la fonctionnalité ne doit pas être prétexte à négliger l’esthétique et l’équilibre de la composition.

Les géants

Les Japonais ont leurs Géants (ou Ancêtres), qu’ils vénèrent tout particulièrement car ils ont su traverser les périodes parfois troubles de l’histoire. A Hiroshima, 6 ginkgos portent une plaque commémorative rappelant qu’ils ont survécu aux attaques à la bombe atomique qui, en août 1945, ont détruit la ville, ses temples, ses habitants et toute forme de vie à des kilomètres à la ronde. Lors de la reconstruction d’un temple, on a pensé abattre l’un de ces valeureux survivants (qui avait été planté en 1850) avant de se raviser et de le préserver comme symbole universel de paix. On a donc érigé le temple autour de lui, si bien que les escaliers qui y mènent sont en deux parties, passant à gauche et à droite du tronc. Même situation pour un autre de ces géants, dont on pense qu’il est issu d’une bouture prélevée au 12e siècle sur un arbre parent : on a ménagé une ouverture dans le toit du nouveau temple pour lui permettre de prendre toutes ses aises.

Structure en ficelle (yukitsuri)

De nombreux ginkgos ont plus de 1 000 ans, tandis que certains sugi (cryptoméria) atteignent l’âge vénérable de 3 000 ans. C’est le cas du Jomon Sugi, le cryptoméria le plus célèbre du pays, qui a été classé patrimoine mondial par l’Unesco et Monument national par le gouvernement japonais. La coutume veut que les visiteurs déposent sur ses racines une petite poignée de terre afin de compenser l’érosion du sol. Quant au camphrier, on connaît des spécimens âgés de plus de 1000 ans, surtout dans les jardins des temples, qui sont les véritables dépositaires de cette fabuleuse richesse naturelle. Moins séculaire mais tout aussi extraordinaire, ce pommier de plus de 130 ans qui, année après année, donne toujours quelque 7 000 pommes.

(à suivre)

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