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Jacques Marsot… durable comme le grès

Danielle Huguette Clément

Jacques Marsot (photo : Jean-Pierre Fourez)

Jacques Marsot est né à Saint-Jean-sur-Richelieu en 1944.  Dès sa tendre enfance, il se sent doué pour les travaux manuels. Il achetait des sacs de retailles de bois à 5 ¢ et les bricolait dans le sous-sol de la maison paternelle. Après son secondaire, il fait des études classiques à l’externat Sainte-Croix de Montréal.

Jeune et sportif, il décide de gagner sa vie en ouvrant une boutique de ski au Mont-Écho dans les Cantons-de-l’Est. C’est là qu’il fait la rencontre de Benoit Bégin, un urbaniste avisé et perspicace qui, l’ayant observé, devine chez le jeune homme de grandes capacités créatives. Il réussit à le persuader de passer les examens d’admission à l’Institut des Arts Appliqués.

Les années 1965 à 1969 furent quatre années de bonheur. Il était dans son élément, et c’est là qu’il trouva le juste équilibre entre sa créativité manuelle et sa recherche intellectuelle. Période pendant laquelle il y eut l’Expo 1967, qui lui ouvrit une porte sur l’univers. Ses études terminées, il est invité par le céramiste Maurice Savoie à partager son atelier à Longueuil pendant une année. Par la suite, il ouvre son propre atelier à Boucherville. Pendant ce temps, il a le désir intense de faire un voyage mais il faut des sous, alors il entreprend de donner des cours du soir et travaille sans relâche. Avec le pécule amassé, il entame un périple culturel en Europe. C’est en Scandinavie qu’il ressent le plus d’affinité pour un style sobre et utilitaire. Cela correspond à son tempérament. Il revient enthousiaste, il a trouvé ce qu’il cherchait : une céramique fonctionnelle et utilitaire qui s’adresse à un public le plus large possible. Son côté gourmet le pousse à concevoir des outils et ustensiles de cuisine qui, espère-t-il, saura plaire aux cuisiniers amateurs et professionnels. Ces petits plaisirs du quotidien prendront la forme de casseroles, de plats à gratin, de moules à soufflé, soupières, moules à gâteaux, terrines et autres plats de service usuels. Quel beau prétexte pour mettre en application quelques grands principes du Bauhaus : « La forme suit la fonction », « Less is more ». Le produit final issu de cette philosophie est donc sobre, sans prétention et à l’abri des modes éphémères. Ces produits utilitaires ont l’avantage d’être fabriqués à partir de grès vitrifiable à haute température. De ce fait, le produit fini supporte particulièrement bien les chocs mécaniques et résiste à l’usage auquel on le destine.

Depuis une vingtaine d’années, nous assistons à une urbanisation accélérée, et les goûts et les besoins ont suivi cette tendance, ce qui a amené le céramiste à concevoir des objets à la fois utilitaires et décoratifs : poterie minimale de début de carrière à connotation campagnarde réorientée vers un style plus sophistiqué. Quelques objets de spécialité viennent s’ajouter à la production, tels que lavabos, vasques et bains d’oiseaux. Ses techniques de production sont variées et incluent quelques inventions de son cru. Son côté « patenteux » a contribué à la diversité de ses modes de production.

Mais revenons en arrière. En 1972, Jacques Marsot acquiert une propriété à Mystic : une vieille maison à restaurer dans un pré de pacage où trône une grange qu’il s’empresse de convertir en atelier de poterie. Il y travaille intensément pour répondre à de nombreuses demandes dont une participation au Salon des métiers d’art de Montréal.

En décembre 1980, c’est le drame ! Une défectuosité dans le système de ventilation du four crée une surchauffe qui embrase le bâtiment. L’atelier s’envole en fumée avec l’équipement et la production destinée au Salon des métiers d’art. C’est la ruine !

Il s’en remet lentement et difficilement. Pour panser ses plaies, il prend des cours de navigation. C’est alors que des amis l’invitent à convoyer leur voilier jusqu’aux Bahamas et aux Antilles. Il y retrouve une grande liberté et, suite à ces expériences, entreprend de construire son propre voilier. Après deux ans de travail, c’est la mise à l’eau, et durant sept ans, il fera du charter sur le lac Champlain et aux Bahamas. (Il offre à ses clients des séjours de navigation à bord de son voilier pour quelques jours ou semaines).

Avec son épouse, il entreprend un long voyage. La navigation à voile est le moyen de transport le plus lent qui existe mais sans doute le plus agréable. Du lac Champlain à Miami en passant par le canal Hudson puis le long de la côte atlantique, ce sont deux mois et demi ponctués de nombreux arrêts et séjours dans des villes côtières riches en histoire : New York, Annapolis, Norfolk et ainsi de suite jusqu’à Miami. Leurs arrêts préférés sont Charleston et Ste Augustine (Floride). Des hivers passés en douceur au soleil. « Recette idéale pour retrouver l’énergie et se remettre au boulot ». Pourtant, pendant ces longs voyages, une chose lui manque : « mettre les mains à la pâte ».

En 1997, c’est la vente du voilier et le retour à la créativité artistique et artisanale. C’est aussi la conception et la construction d’un atelier tout neuf incluant un grand four sur rails qu’il érige lui-même. Il plante des arbres et son épouse s’occupe des fleurs et du jardin. Peu à peu, la prairie d’origine devient l’oasis de verdure qu’on peut y voir maintenant.

Suite à la transformation de la propriété, Jacques et son épouse réalisent que l’endroit serait propice à la tenue d’un événement annuel de promotion pour la céramique, d’où la création de CeraMystic, dont un des buts était de rendre hommage aux céramistes et potiers qui ont su persister à travers les vicissitudes liées à ce noble métier d’art. Cette formule a permis d’attirer un public qui sait apprécier le professionnalisme et la créativité des céramistes d’ici et d’ailleurs. À son âge, il se considère privilégié d’avoir gagné et de continuer à gagner sa vie de si belle façon, et d’avoir organisé un événement apprécié par les participants et le grand public.

L’atelier de Mystic est ouvert au public toute l’année, et une visite impromptue est un excellent prétexte pour prendre une petite pause. Chaque année, deux rencontres majeures se tiennent à l’atelier de Jacques Marsot : CeraMystic, qui regroupe une vingtaine de céramistes autour du 24 juin et qui en est à sa septième édition, puis la Tournée des 20, au début de l’automne.

Pour en apprendre davantage, vous pouvez consulter le site www.ceramystic.com ou communiquer avec jacquesmarsot@sympatico.ca.

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