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- Affaires municipales -

Démocratie, transparence et civilité

Entrevue avec une conseillère municipale qui veut changer les choses
Pierre Lefrançois

Le 7 novembre prochain, les villes et villages du Québec éliront les personnes qui présideront aux destinées des communautés locales durant les quatre prochaines années. En guise de préparation pour ce vaste exercice démocratique, nous avons rencontré Pierrette Messier, conseillère depuis bientôt quatre ans au Canton de Bedford. Bien que fortement ancrées dans les affaires régionales, les actions de cette élue locale dépassent largement le cadre des préoccupations habituellement dévolues au milieu de la politique municipale. Le point de vue qu’elle adopte force la réflexion et pourrait donner un tout nouvel élan au rôle des élus municipaux.

Après une carrière active passée dans le monde de l’éducation, jouissant de sa paisible retraite, elle se consacre à diverses œuvres au sein de la communauté, notamment à la Fondation Lévesque-Craighead et auprès des aînés de la région. Il y aura bientôt quatre ans, afin de s’impliquer davantage dans la communauté, elle décide de se lancer en politique municipale et se fait élire comme conseillère au Canton de Bedford.

« J’ai rapidement constaté qu’il y avait de graves lacunes au niveau de la qualité des procès-verbaux (PV) des assemblées municipales, confie-t-elle ; ils sont en général incomplets et ne reflètent pas bien ce qui se dit à la table du conseil. À cet égard, j’ai trouvé une alliée en la personne de madame Barbara Potvin, qui siège au conseil municipal depuis une vingtaine d’années en tant que conseillère. À nous deux, nous avons tenté d’améliorer la qualité des PV et de l’information destinée à la population, mais nous nous sommes rapidement heurtées à la résistance du maire Gilles St-Jean. »

En fait, les deux conseillères disent avoir tôt fait de constater que la philosophie politique du maire se résumait à peu près à ceci : « Le moins les citoyens en savent, le mieux c’est. » Selon Pierrette Messier, ces propos reflètent bien les consignes qui sont données aux conseillers et à la direction générale en matière de communications : « En tant que conseillère, je reçois très peu d’information qui me permettrait de prendre des décisions éclairées. Je dois me contenter, la plupart du temps, des explications verbales données sommairement par le maire à la table du conseil. » Elle poursuit en rapportant que, pour en savoir davantage et pour avoir l’heure juste, elle avait compris qu’il était préférable de s’adresser aux gens de la MRC ou du ministère des affaires municipales.

Elle reconnaît cependant que c’est le grave manque de civilité dans les relations de la mairie avec les élus et les citoyens qui l’a le plus troublée dès son arrivée au conseil : « L’incivilité à la table du conseil m’a beaucoup étonnée. On est pratiquement au niveau des propos de taverne… Les insultes et les grossièretés sont monnaie courante lorsqu’on ose exprimer une opinion qui diverge de celle du maire. Certains maires en milieu rural se comportent comme si la municipalité était leur entreprise personnelle, leur propriété. Ils se croient autorisés à y faire la loi comme bon leur semble en faisant fi des règles élémentaires de la démocratie. J’ai déjà entendu notre maire dire qu’il était le PDG du Canton de Bedford. On a aussi vu un citoyen se faire dire de vendre sa maison et d’aller vivre ailleurs s’il n’était pas content ! »

Les tensions sont telles entre la mairie et les deux conseillères que celles-ci se disent pratiquement exclues des séances de travail à huis clos du conseil et ne disposent que d’un droit de parole limité lors des assemblées publiques, qui se tiennent par conférences téléphoniques depuis le début de la pandémie ; quand elles ont la parole, le maire hausse la voix et couvre leurs propos afin qu’ils soient inaudibles.

Comment changer les choses ?

« Je me suis dit qu’il devait y avoir moyen de sortir d’un tel marasme, explique-t-elle. J’en ai parlé avec Barbara et d’autres citoyens du Canton, puis je me suis mise en contact avec d’autres élues d’un peu partout au Québec : Nathalie Lasalle, conseillère à Saint-Jérôme, malmenée par son maire, Renée Rouleau, mairesse de Clarenceville, intimidée par quatre conseillers et poussée à la démission, la mairesse de Saint-Jacques-le-Mineur, une ex-mairesse de Saint-Agapit, Madame Bourdon de Sainte-Clotilde, et plusieurs autres. Nous avons lancé le groupe Émergence d’une meilleure gestion municipale afin de sensibiliser un plus grand nombre de personnes et de porter le débat à une plus grande échelle. »

Pierrette Messier et Nathalie Lasalle viennent d’ailleurs de déposer un mémoire à la Commission parlementaire qui étudie présentement le projet de Loi 49, modifiant notamment la Loi sur l’éthique et la déontologie en matière municipale. Ce mémoire présente un code de civilité pour les élus municipaux et fait quatre recommandations visant à promouvoir la transparence et le respect en matière de gouvernance municipale. Cette démarche est plutôt bien accueillie en haut lieu, si bien que la ministre des affaires municipales et le premier ministre lui-même envisagent désormais de profiter du projet de Loi 49 pour renforcer la démocratie municipale en incluant la notion de respect dans le texte de la Loi.

Quand nous avons demandé à Pierrette Messier si elle avait l’intention de poursuivre son travail au sein du conseil municipal du Canton de Bedford, elle a répondu ceci : « Barbara et moi sommes résolues à rester ! Nous pensons que le style de gestion qu’on a actuellement dans le Canton est désuet et ne correspond pas à ce qu’est devenu le Québec. Nous pensons que les citoyens méritent mieux. Il faut amener cette municipalité à un autre niveau, et nous examinons les moyens à notre disposition pour y arriver. Nous invitons les gens qui veulent y réfléchir avec nous à nous contacter à l’adresse de courriel suivante : lesamisducanton@gmail.com. »

Parions qu’on n’a pas fini d’entendre parler de ces deux femmes.

 

 

 

 

 

 

  1. Voici le commentaire de la députée Marie-Claude Nichols, une des actives participantes a la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 49:
    «Nous travaillons l’étude détaillée du projet de loi 49 et faisons fréquemment référence à votre code . Espérons qu’on trouvera une bonne oreille.»

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