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- Édito -- Fibre optique -

Fibre optique en Armandie

Leçon de choses
Pierre Lefrançois, rédacteur en chef

Il y a quelques mois, n’importe quel élu municipal ou gestionnaire public local vous aurait dit que vous rêviez en couleurs si vous lui aviez manifesté le désir d’avoir accès à la fibre optique. Encore récemment, j’entendais systématiquement : « C’est impensable ! » dès que je prononçais les mots « fibre optique à la maison ». Aujourd’hui, on peut enfin annoncer, contre toute attente, qu’un réseau de fibre optique devrait bientôt couvrir toute la région. Comment expliquer un tel revirement de situation ? Comment se fait-il que ce qui était impensable hier soit soudainement sur le point de se réaliser ? Peut-on parler d’un miracle ?

C’est beaucoup plus simple que ça : nous avions tort de penser qu’il était impensable de déployer la fibre optique partout dans la région. En fait, on nous l’a longtemps fait accroire et il faut reconnaître que, tout ce temps, nous avons fait preuve de naïveté.

Personnellement, j’ai cru Bell Canada et ses semblables pendant plus de vingt ans, d’abord quand on me disait que la fibre optique était sur le point d’arriver dans la région, puis ensuite quand on a commencé à m’expliquer qu’il n’était pas du tout rentable de la déployer dans les campagnes et qu’il faudrait nous contenter de solutions moins efficaces ou carrément hors de prix, le plus souvent les deux à la fois d’ailleurs. Et, comme un bon poisson, je payais pour un réseau de fils téléphoniques désuets, pour une soucoupe qui ne fonctionnait que par intermittence, pour une antenne, pour un amplificateur de signal et pour combien d’autres bidules qui ne me fournissaient même pas une connexion à 5 Mb/sec, le minimum alors prescrit par les « autorités compétentes ».

C’est au cours de l’hiver 2016 que j’ai ouvert les yeux, quand Étienne Gingras, un jeune homme remarquable, m’a parlé de ce qu’il avait découvert, à savoir que les grands fournisseurs de connectivité Internet n’avaient aucun intérêt à déployer la fibre optique en région puisqu’ils nous vendaient déjà, à prix fort, un accès par le biais des réseaux de fils téléphoniques désuets, ou de quelque technologie sans fil dont l’efficacité consistait davantage à enrichir leurs actionnaires qu’à satisfaire la clientèle.

Étienne m’a appris que quand un secteur rural est doté d’un bon réseau de fibre optique, ce n’est pas grâce à un des grands fournisseurs d’accès, mais en conséquence d’une initiative citoyenne, qu’il s’agisse d’une coopérative ou d’un organisme à but non lucratif (OBNL), c’est-à-dire une structure initiée par des citoyens et invariablement soutenue par une municipalité ou un regroupement de municipalités.

La coopérative et l’OBNL se caractérisent par le fait qu’ils n’ont pas d’actionnaires, mais plutôt des membres. La différence entre les actionnaires d’une entreprise à but lucratif et les membres d’une coopérative ou d’un OBNL, c’est que les premiers visent le profit personnel, tandis que les seconds se regroupent pour répondre à un besoin collectif. Dans le cas qui nous concerne, les premiers ne voient aucun intérêt à déployer la fibre optique, l’opération ne générant pas de profits mirobolants, du moins pas à court terme alors que les seconds sont prêts à assumer une dette d’affaires à long terme pour s’offrir un service collectif qu’ils estiment essentiel. Les premiers veulent devenir millionnaires ou s’assurer de le rester ; les seconds se contenteront volontiers de bien vivre. Dans cet esprit, il n’est pas étonnant que les actionnaires estiment que la fibre optique ne les enrichira pas, puisque c’est le cas. De leur côté, les membres de la coop ou de l’OBNL jugent, avec raison aussi, que la fibre optique améliorera nettement la vie des membres de la communauté.

Petit rappel historique

Au printemps 2016, Étienne Gingras crée une page Facebook pour faire connaître ce qu’il a découvert cet hiver-là et il accorde une entrevue au journal Le Saint-Armand, lançant l’idée qu’un groupe de citoyens se regroupe pour étudier les voies d’action possibles. Le 21 juin, une trentaine de personnes se rassemblent à Saint-Armand et décident de relancer la Société de développement de Saint-Armand, un OBNL qui était alors inactif. On forme un conseil d’administration (CA) de cinq personnes qui a pour mandat d’explorer des modèles de financement possible pour l’installation d’un réseau de fibre optique à Saint-Armand.

François Boulianne, président du CA, explique que « le groupe a résolu d’assumer le leadership d’un projet visant à installer un réseau de fibre optique sur l’ensemble du territoire peu ou pas desservi de Brome-Missisquoi ». Nous lui avons demandé pourquoi on ne s’en tenait pas exclusivement à Saint-Armand. « Parce que des citoyens d’autres municipalités que Saint-Armand sont venus à l’assemblée publique du 21 juin et que d’autres nous ont contactés par la page Facebook créée par Étienne. Une personne de Dunham est même impliquée dans le CA. Ces gens nous ont fait savoir que le besoin est aussi criant dans d’autres municipalités de la MRC. Par ailleurs, le député fédéral Denis Paradis, un citoyen de Saint-Armand, nous a fait savoir que pour bénéficier de la subvention promise par le gouvernement canadien pour brancher le pays, il valait mieux étendre le projet à l’ensemble du comté qu’il représente à Ottawa. Un coup de fil au directeur général de la MRC nous a laissé entendre que les autorités de Brome-Missiquoi verraient d’un bon œil une telle initiative. »

Les membres du CA ont rencontré des gens du Conseil de développement régional du Québec, de la Coop CSUR (qui offre des services d’accès Internet dans la région du Très-Saint-Rédempteur), d’Internet Haut-Richelieu (IHR, un OBNL qui en fait autant dans le Haut-Richelieu), des membres du personnel politique des deux députés du comté, le maire de Saint-Armand et son conseil municipal, et les responsables de la MRC de Brome-Missisquoi. Le maire de Saint-Armand et des membres de la Société de développement de Saint-Armand ont également rencontré les responsables du programme Brancher pour innover à Ottawa et à Saint-Armand afin de s’assurer que les régions rurales comme l’Armandie répondaient aux critères du programme.

Il est apparu rapidement aux membres du CA qu’IHR était l’entité capable de répondre aux attentes : ses dirigeants possèdent l’expertise technique et administrative nécessaire et ils offrent déjà les services de téléphonie, de télévision et d’Internet par le biais de leur réseau et de leurs installations qui, se trouvant à proximité, permettent une mise en œuvre rapide du projet. Saint-Armand a été la première municipalité à appuyer par une motion le projet présenté par IHR et ce, dès le 12 septembre. Au début de 2017, Dunham, Notre-Dame-de-Standbridge et Standbridge-Station l’ont aussi appuyé et, tout récemment, la MRC s’est à son tour montrée intéressée aux services d’IHR. Au moment de mettre sous presse, elle s’apprêtait d’ailleurs à appuyer la démarche des autres municipalités.

Rappelons que le gouvernement fédéral lançait son programme de subventions Brancher pour innover au début du mois de décembre 2016. Quelques jours plus tard, le Québec annonçait son propre programme, qui sera synchronisé avec celui du fédéral. Pour être en mesure de justifier une demande de subvention dans le but d’amener la fibre optique jusqu’à la maison, la société de développement de Saint-Armand et IHR ont installé dans vingt résidences de Saint-Armand et dans une trentaine de Dunham un dispositif permettant de mesurer, plusieurs fois par jour et ce, durant une dizaine de jours, la vitesse de connexion réelle des appareils récepteurs. Les résultats indiquent que, selon les critères du programme fédéral, ces endroits se qualifient pour le volet Fibre à la maison. En février et mars 2017, des assemblées publiques de présentation du projet ont été organisées avec IHR à Saint-Armand, Notre-Dame-de-Stanbridge, Stanbridge-Station et Dunham. Les citoyens se sont présentés en grand nombre et ont manifesté un vif intérêt pour cette question.

Au moment de mettre sous presse, IHR s’apprêtait à déposer les demandes de subvention au fédéral et au provincial. Les instances gouvernementales feront connaître leur décision à la fin de l’été. La Société de développement de Saint-Armand vous informera des résultats dès qu’ils seront connus ainsi que des étapes subséquentes. Si tout va bien, la fibre optique arrivera chez les citoyens de Saint-Armand au cours de 2018.

Si tout cela se concrétise, ce sera à Étienne Gingras que nous le devrons en premier lieu ainsi qu’à tous ceux qui ont cru en ce projet, l’ont mis de l’avant et s’y sont impliqués. Et s’il y a une leçon que nous aurons apprise à travers cette expérience c’est que la chose qu’on croit impensable ne l’est peut-être pas.

 

  1. Bonjour, je viens de prendre connsaissance de l’article « La fibre optique ca y est » dans l’édition février-mars 2018 du journal le St-Armand. Ayant déjà répondu au questionnaire de IHR sur le sujet l’année dernière et n’ayant reçu aucune nouvelle depuis, j’aimerais en savoir un peu plus comme par exemple:
    qui sera le fournisseur (Internet Haut-Richelieu), on parle d’un déploiement de la fibre ce printemps ou au début de l’été mais qu’en est-il du début du service. On puis-je avoir de l’information en continue sur le sujet?
    Merci de votre réponse, et mon respect pour M. Étienne Gingras.
    Yvon Bélisle
    Un futur ex-client de Bell exaspéré

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