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Morses Line, capitale internationale…

Charles Benoît

Photo : Marie-Hélène Guillemin-Batchelor

La fermeture appréhendée de Morses line a attiré de la grande visite dans la région et, à Saint-Armand, la rentrée a été politique. La visite de Michael Ignatieff, chef du Parti libéral du Canada, le 27 août dernier, en a été le clou. Le lendemain, à Farnham, Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, prenait lui aussi position en faveur des petits postes frontières. L’implication politique autour de nos problèmes douaniers a été parfaite et éloquente sauf en ce qui concerne le Parti conservateur du Canada.

Cela a commencé en juin dernier lors de l’annonce américaine d’une possible fermeture du poste de Morses Line. Contacté à neuf heures du matin un dimanche de pluie, le maire de Saint-Armand se retrouvait à midi en meeting ad hoc à Franklin (VT) avec une quarantaine de concitoyens des deux côtés de la frontière. Le samedi suivant, Christian Ouellet, député fédéral, passait l’après-midi au village pour entendre ce que nous avions à dire. Au Vermont, Peter Shumlin, candidat démocrate au poste de gouverneur pour les élections de novembre, est allé le 25 septembre dernier en assemblée publique afin d’appuyer le maintien du poste frontière de Morses Line. Des délégués du candidat républicain, du représentant au congrès américain, M. Welch, ainsi que des sénateurs Sanders et Leahy sont aussi venus témoigner de l’appui de leurs patrons à nos efforts. Dans le cas du sénateur Leahy, il s’agissait d’une volte-face puisqu’il avait d’abord défendu la fermeture du poste frontière.

Tout cela n’était-t-il que tapage coloré de période électorale américaine et de gouvernement minoritaire canadien ? Peut-être mais, sans être naïf, remarquons tout de même comment les leaders politiques, qui s’étaient correctement préparés, ont écouté nos préoccupations et les ont bien représentées dans l’espace public

Un échange inégal

Il y a eu un troc au ministère canadien de la Sécurité publique et un petit jeu de fourbes.

L’Agence des services frontaliers a perdu des postes frontières et des heures d’ouverture. En échange, nous avons eu le projet pilote de la Gendarmerie royale du Canada dont parle ma collègue Marie-Hélène.

C’est un marché de dupes puisque, dans un cas, nous y perdons des services essentiels à la population et que, dans l’autre, la logique Law and Order conservatrice y gagne. Pourtant, aucune menace précise, aucune enquête spécifique, aucune situation particulière ne justifie le détachement d’une aussi grande force policière de patrouille canadienne aux frontières.  « Le poste frontalier pilote ( ?) est un projet conjoint mené par la GRC et d’autres partenaires d’exécution de la loi ayant pour but d’évaluer un modèle de sécurité frontalière renforcée entre les points d’entrée dans la province de Québec », nous écrivait une agente de relations publiques de l’ASFC. Ce marché donc, notre douane contre leur police, s’inspire d’une vision où les frontières ne doivent pas être ouvertes au commerce, aux échanges, ou même à la simple visite mais constituent un enjeu de sécurité.

Nous avons aussi l’impression que le gouvernement conservateur se permet de faire de la politique américaine. Dans le cadre du plan de relance, l’administration Obama a élaboré un ambitieux plan de rénovation des infrastructures. Plusieurs millions doivent être dépensés dans différents ports d’entrée : 6,8 millions à Churubusco, NY (Franklin, QC), 7 millions à Morses line, VT (St-Armand, QC), 6 millions à East Pinnacle (chemin Richford, Frelighsburg, QC) et 8,5 millions à Whitetail, MT (devant Big beaver, SK). Les décisions unilatérales canadiennes visant à réduire les heures d’ouverture de deux de ces postes, soit Morses line et Frelighsburg, et de fermer les deux autres est un camouflet aux autorités américaines. Cela fait le jeu des extrémistes du tea party américain qui dénoncent le plan de relance d’Obama et se sont impliqués en différents endroits, dont Morses line, pour dénoncer la décision de rénover les postes frontières.

Et nous, simples citoyennes et citoyens vivant à proximité de la frontière, serons les perdants de ce petit jeu de fourbes.

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