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Les stagiaires de Katimavik à Frelighsburg :

Le village en tant que courtepointe
Guy Paquin

Dans une communauté, on trouve toutes sortes de groupes, souvent séparés les uns des autres. Certains sont isolés du reste du village, ignorés du plus grand nombre. Les cinq jeunes stagiaires d’Écostage de Katimavik ont convenu d’aller rencontrer cinq de ces groupes de Frelighsburg et de tenter de briser un peu leur isolement.

 « Nous-mêmes, de l’Écostage, nous passions la semaine chacun de notre côté et ce n’est que le vendredi qu’on avait la chance de se rencontrer et d’échanger, explique Pierre Robichaud, un des stagiaires. »

 « On passe la journée dans notre coin, à « pitonner » sur l’ordi ou au téléphone, mais sans contact bien réel, confirme Myriam Saint-Pierre. Quand est venu le temps de concevoir un projet à cinq, le thème de l’isolement est venu tout naturellement sur le tapis. »

Les cinq écostagiaires ont décidé d’aller à la rencontre de groupes relativement isolés pour diverses raisons.

Cinq solitudes

Ils ont pensé au groupe de femmes guatémaltèques employées par l’usine Caron de la Maison de la pomme. « Ces femmes sont isolées pour au moins deux raisons, constate Annie- Paule Jutras. D’abord et de toute évidence, la langue. Elles ont des cours de français, mais elles en sont encore aux rudiments et cela retarde leur intégration. Elles ont donc tendance à rester entre elles. Et il y a aussi leur situation professionnelle. Elles travaillent, font leurs courses et rentrent chez elles pour recommencer le lendemain. Pas beaucoup de temps pour élargir son cercle de connaissances. »

On a également pensé aux femmes de l’Âge d’Or. « On aurait bien aimé rencontrer aussi les messieurs, mais comme le projet impliquait du bricolage et des ciseaux, ils se sont faits rares », explique Michèle Provencher en souriant. L’âge isole, la famille s’est dispersée, on a des intérêts d’un autre temps, le conjoint est décédé, etc.  Les jeunes du camp de jour figurent aussi sur la liste, pas qu’ils soient socialement rejetés mais parce qu’ils peuvent bénéficier d’une expérience qui souligne l’importance de leur vie communautaire.  Les usagers du service de jour du camp Garagona, adultes aux prises avec des déficiences intellectuelles, ont aussi été rencontrés. « Au départ, certains d’entre eux n’étaient pas ravis de nous voir arriver parmi eux, se souvient Maryse Messier. Ça brisait leurs habitudes. Mais quand nous sommes repartis nous avons eu droit à des câlins très émouvants. »

Finalement, les écostagiaires ont voulu rencontrer les jeunes du Carrefour Jeunesse-Emploi : ces jeunes en réinsertion sociale se retrouvent aussi quelque peu à l’écart de la communauté.

Recoudre les liens

L’animateur de pastorale est certes un personnage sympathique mais les cinq écostagiaires Katimavik ne raffolent pas de l’approche prédication/conversion. « On voulait tout bonnement faire des rencontres agréables, inviter les gens à parler de leur vie de groupe, résume Maryse. Il fallait qu’il y ait un côté ludique, une sorte de jeu créatif. »

Donc, voici la recette pour rencontrer agréablement un groupe de personnes vivant un isolement relatif dans sa communauté : on prend d’abord énormément de retailles de tissu, du genre Kevlar. « Le tissu Kevlar ou Spectra est très résistant, imperméable et ignifuge », précise Pierre.

On invite le groupe à s’asseoir et, tout doucement, on fait un tour de table ou chacun/e est invité/e à parler de sa vie au sein de la communauté. « Tandis que les femmes guatémaltèques parlaient de leur vie entre elles, ce sont des histoires de toute une vie que celles de l’Âge d’Or nous ont offertes », se souvient Michèle.

Quand chacun s’est exprimé, on sort la colle et les ciseaux. Et les instructions sont simplissimes : découper une forme qui évoque un temps fort de sa vie communautaire. Quand c’est fait, on colle sur un carré de kevlar et on passe au suivant. Il se forme ainsi, petit à petit, une sorte de carte géographique collective à partir de chaque souvenir individuel. Et au final on obtient quelque chose qui n’était absolument pas prévisible.

Patchwork

Le produit obtenu est un ensemble de carrés de Kevlar colorés et ornés de découpures en tous genres : tasse de café offerte par une amie, balançoires du terrain de jeux, frites si plaisantes à manger ensemble, la tente où l’on dort à quatre au camp, l’avion qu’on a pris toutes ensembles pour venir travailler au Québec, etc.

Les écostagiaires ont recueilli tous ces produits collectifs et les ont ensuite assemblés de manière à obtenir une grande bâche (environ 2,5 par 4 mètres), véritable patchwork dans lequel se recollent les morceaux éparpillés de la communauté. Cette toile peut servir d’abri, de fond pour une occasion festive ou de toute autre chose. Les écostagiaires en ont fait cadeau à Frelighsburg et elle a entrepris sa vie active le 9 août dernier, lors de la Fête au Village.

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