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- Exodus -

Le feu qui compte

Christian Guay-Poliquin

Christian Guay-Poliquin et Jonathan Benoît

Il y a le feu qui brûle, consume et dévaste. Le feu qui gueule sa rage, sa haine en un épais nuage de suie noire. C’est le feu qui emporte maison, espoir et rêve. C’est le feu que nous maudissons, le feu qui, parfois, enlève la vie.

Puis il y a le feu qui crépite dans le foyer, chassant le froid, chassant l’hiver loin des maisons, loin des cœurs. Le feu qui éclaire, à la pointe de la bougie comme au centre d’un rond de pierres. Le feu qui nous guide, le feu à qui, depuis toujours, l’on doit la vie.

Ensuite il y a l’enfant, l’enfant qui ne sait pas. Il regarde et regarde la flamme, fasciné par sa lumière, sa chaleur, sa force, son pouvoir. Il y a l’enfant qui joue avec le feu, tiraillé entre la peur et le plaisir d’avoir peur jusqu’à ce qu’il se brûle à son propre jeu, à son propre feu.

Mais il y a aussi un feu en l’homme. Un feu discret, chaleureux, mais feu quand même. Et l’homme est un enfant. Il joue avec le feu jusqu’à se brûler, jusqu’à brûler les autres, ses frères, comme étrangement tourmenté entre la douce chaleur et le rouge brasier.

Et il y a eu deux grandes guerres, des génocides ; de l’Arménie au Rwanda, et tout ce qu’on ignore encore. Suite à cela, on a dit : « Jamais plus ! » Mais pourtant, il y a chaque matin tous ces morts dans le journal de Montréal, tous ces morts dans les médias de partout… Aujourd’hui comme dans le passé, il y a toute cette violence, toute cette hargne entre chacun, entre les peuples, et ce, aux quatre coins du monde comme ici. Et en regardant bien, il est possible de voir dans notre ciel bleu de hautes colonnes de fumée, preuves des bûchers qui flambent quelque part un peu partout, bûchers qui amèrement nous font avaler chaque journée de travers. Comme si tout, tout dans ce monde, brûlait tour à tour.

Et il y a des jours, des jours comme ça, où il y a deux pieds de cendre dans notre cour, à Saint-Armand. Et tristement on « pelte » la cendre, on « pelte, la cendre en se posant des questions. On a beau fermer les yeux, elle est là la cendre, devant, dans nos yeux, nos yeux puis ceux des pauvres, nos yeux puis ceux des forêts que l’on coupe, des déchets que l’on ne récupère pas, et dans les yeux lointains, mais yeux quand même de toutes ces victimes de guerre.

Il y a un brasier sur cette planète qui jamais ne s’éteint, qui carbonise tout, se déplaçant ça et là au fil des saisons, des années, des siècles. C’est l’ardent incendie de la bêtise humaine. Et s’il y a de la cendre dans la cour, une cendre qui n’est pas tout à fait cendre, mais une cendre qu’on « pelte, en chignant, c’est que nous portons tous, ensemble, la patate chaude qu’est notre monde.

Il ne s’agit pas ici de jouer au pompier universel, ni de se livrer à une panique criarde : « Au feu ! Au feu ! »· Mais plutôt de simplement combattre le feu par le feu ; en nourrissant le feu qui compte, c’est à dire celui qui nous tient ensemble en tant que familles, en tant que paroisses, en tant qu’êtres humains. On ne peut changer le monde qu’en soufflant sur notre feu de joie avec un peu de bon sens, de démocratie, d’entraide et d’amour.

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