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- Exodus -

Une aventurière littéraire à Paris

Photo : Sophie Benoît

Je suis à Paris. « Quoi ? Paris ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? ! »

J’étudie ! Je ne suis pas à Paris que pour voir la tour Eiffel, parce que ça, c’est trop facile. Tout le monde le fait, un jour ou l’autre, dans sa vie. Moi, j’y suis pour les études universitaires, un échange international entre l’Université Laval et Paris III – La Sorbonne Nouvelle. Bon et O.K., un peu aussi pour la tour Eiffel.

Depuis mon adolescence, j’ai quitté Saint-Armand (joli mais trop petit) pour Montréal, Montréal (plus grand, mais pas beau) pour Québec, et Québec (pas mal parfait) pour Paris (juste au cas où), toujours en quête de quelque chose de nouveau, de quelque chose de fort. Et je crois l’avoir trouvé, ici. Imaginez : j’étudie à Paris, Paname, la Ville Lumière. J’étudie la littérature française là où elle est née, je la traque sur son propre terrain, je la débusque dans tous les coins, les cafés, les bibliothèques, les musées. Pour une aventurière littéraire, l’expérience vaut de l’or.

Pour une petite fille de 20 ans dont le cœur reste profondément campagnard, là c’est une autre paire de manches ! Heureusement que Paris, c’est chouette. Pas tout gris, comme Montréal. Ici, on dirait que le monde tourne à 365 km à l’heure, pas de freins. Tous les jours m’apportent une nouvelle découverte, un nouveau questionnement, plusieurs émerveillements. J’ai peu de temps pour m’ennuyer !

Paris, surtout, c’est beau. C’est beau quand la tour Eiffel scintille le soir et que la Grande Roue est illuminée, quand les cafés débordent de mordus de rugby et que tout le monde marche dans les rues parce que les transports en commun sont en grève, quand je lis Diderot au Luxembourg ou quand Notre-Dame surgit devant moi à une sortie de métro et que le soleil brille, quand un Français rit gentiment de mon accent et que je me moque du sien, quand mon cellulaire sonne et que c’est maman qui se demande ce que je fais ou quand je suis émerveillée devant le Louvre et que j’appelle mon amoureux à 6 h du mat’ pour le lui dire. Paris, c’est beau tout le temps.

Ici, j’apprivoise un peu la solitude, tout en me refaisant une autre vie. Habiter un autre pays, c’est vraiment repartir à zéro : pas de repères. Pas moyen de savoir si les prix sont meilleurs chez Ed, chez Champion, ou chez Monoprix, et si les Royal Gala à 1,90 euros le kilo, c’est cher ou pas. Pas facile de trouver une librairie où acheter ses bouquins parce qu’on  cherche un Archambault plutôt qu’un Gilbert Joseph, une enseigne rouge plutôt qu’une bleue, ou encore parce que les petites bouquineries cachées ont des noms louches comme « La Boucherie ».

Ah ! Paris… J’ai beau être ici pour les études, je joue quand même beaucoup les touristes. Je ne me prends pas très au sérieux et je m’amuse, le rythme effréné de la ville m’entraîne un peu malgré moi, et je cours, sans savoir pourquoi. Mais parfois…parfois, Saint-Armand semble tellement loin Paris c’est bien, mais il y manque les couleurs du Québec. L’automne frais et ensoleillé quand les oranges et les rouges et les jaunes éclatent dans les arbres. Les copains à la rentrée scolaire. Le cours tranquille d’une vie connue et aimée. Jouer à l’aventurière littéraire, c’est super, un temps. On dit « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage », mais on oublie qu’en fait, le type heureux c’est celui qui, après son « beau voyage », est rentré chez lui « plein d’usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge » !

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