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- Exodus -

Souvenirs de la Licorne Bleue

Tatiana Lebournot

Daniel et Michèle Lebournot dans l’entrée de La Licorne bleue, au temps du restaurant. (Photo : Archives Famille Lebournot)

II y a un peu moins d’un an, ma fille âgée de 7 ans a eu envie de voir où j’avais grandi. Malheureusement, je n’ai pas pu prendre la voiture et lui montrer ma maison d’enfance, mon village, mon école … puisque, aujourd’hui, 6 000 km nous séparent. .. Alors nous avons fait des recherches sur Google et tapé par hasard « La licorne bleue », sans trop d’espoir, mais qui sait ? ? ? Et la surprise ! ! ! Nous avons trouvé les nouveaux propriétaires de « ma » maison.

Tout est parti de ce moment où j’ai pu prendre contact avec Jean-Pierre et Josiane Fourez. J’ai pu voir l’évolution de la maison depuis tant d’années. Les souvenirs et les émotions de ce lieu restent intacts et magiques. Cette maison, qui réunit tant de moments partagés avec nos amis, avec les clients du restaurant. Les fêtes données avec les Dulude, les Godbout, Jean Pierre Lefebvre et Blaise son fils. Vous m’excuserez, j’en oublie sûrement beaucoup.

Nous sommes arrivés de France, dans cette maison, alors que je n’avais que 4 ans, avec ma sœur Vanessa et mes parents, qui avaient eu la folle idée de créer ce fameux restaurant français, qui a laissé apparemment tant de souvenirs dans les papilles de certains. « La licorne bleue >> est née après de durs et longs travaux pour donner une âme magique à cette grande et belle maison. Mon grand-père, Pierre Villalonga, est venu de France aider mon père au début, dans ses cuisines. J’en garde de délicieux souvenirs. Ma mère, elle, était au service de la grande salle juste pour elle ! ! ! Et ma sœur et moi supervisions le tout, cachées dans l’escalier qui menait aux chambres, piquant souvent quelques bouts de gâteau dans la cuisine, après avoir choisi notre menu à la carte ! ! ! Quel luxe ! ! ! Menu que nous dégustions devant les épisodes d’Ulysse 31, de Jacques Godbout. Je me souviens d’avoir vu défiler beaucoup de clients. Les dames déposaient toujours leurs énormes manteaux de fourrure dans le vestiaire, et on adorait aller se cacher dedans. Elles enlevaient leurs grosses bottes fourrées et passaient discrètement des escarpins … Souvent, les clients arrivaient avec une petite licorne pour ajouter à la collection, qui s’est d’ailleurs très vite agrandie sur les murs du restaurant.

La famille en décembre 2007 : Daniel, Michèle et leurs filles Vanessa (à gauche) et Tatiana (avec la chemise blanche).  (Photo : Archives Famille Lebournot)

Je me souviens des hivers si froids mais si beaux, où notre mère attelait le chien à la luge pour nous faire faire des tours du terrain, ce qui nous a valu quelques bosses et bleus, et où je faisais du ski de fond autour du parking du restaurant … Mes parents ne s’étaient pas arrêtés là. Il y avait en coulisse, derrière la maison, une grange avec de nombreuses bêtes. Un soir, en plein service, Maman avait dû demander l’assistance urgente d’un médecin, d’un vétérinaire, pour un accouchement dans la grange, d’un mouton, je crois ! ! !

Il y avait plein de petites granges et de cabanes que nous explorions avec Vanessa. Après les bosses et le traîneau à chien, nos explorations ont valu à ma sœur un bras cassé et, à moi, un dos tordu ! ! ! Dans les champs, sur le côté de la maison, il y avait une colline que nous avions surnommée : la colline K.T.V. Le K correspond au nom d’une amie qui s’appelait Kelig (si elle se reconnaît !). Il y avait aussi de nombreux arbres centenaires au pied desquels maman nous racontait des histoires et nous disait des poèmes de Prévert. Il y avait aussi les courses interminables dans les champs de maïs en face, qui nous écorchait les jambes et les bras… et encore plein d’autres souvenirs d’enfance. Mais si je continue, il faudra augmenter les pages de votre journal ! ! ! Le restaurant est resté parmi nous pendant 5 ans, puis nous l’avons transformé en maison familiale pendant encore 2 ans.

Et oui, il y a de ça bien longtemps ! Mais quand je raconte toute ces histoires à ma fille Emma et que l’on voit des émissions sur le Québec, elle m’appelle toujours et me dit : « Regarde, maman, on parle de chez toi à la télé. » Elle a tout compris ! Ce pays restera toujours chez moi. J’ai la double nationalité, et j’en suis fière, fière de toutes les valeurs que j’ai apprises dans ce petit village de Saint-Armand, avec le regret que ces valeurs de partage, de soutien et d’entraide ne se répandent pas dans les grandes villes. Je ne serais sûrement pas celle que je suis aujourd’hui si je n’avais pas vécu tous ces moments intenses de ma vie, au Québec et à Saint-Armand.

Après ces années à Saint-Armand, nous sommes partis à Saint-Jean-sur-Richelieu et, quelques années plus tard, nous avons repris nos pistes à l’envers et sommes rentrés en France, dans les Pyrénées orientales pour pouvoir aussi connaître un peu mieux notre famille et nos « deuxièmes » racines. Nous sommes toujours les uns près des autres, à côté de Perpignan, dans un village qui s’appelle Saint-Estève, à 10 minutes de la mer, à une heure de la montagne et à deux heures de Barcelone, avec aujourd’hui une température de 12 °C, bien froide pour un jour de décembre chez les Français du sud ! ! !

J’ai donc aujourd’hui 33 ans et une jolie petite fille de bientôt 8 ans, qui se nomme Emma. Ma sœur Vanessa est mariée et elle a deux garçons : Anthony, 9 ans, et Jonathan, 11 ans. Mes parents vont très bien. Mon père a abandonné ses fourneaux depuis longtemps pour être consultant en entreprise. Il attend sagement la retraite (mais il aura du mal à quitter le monde actif ! ! !) Maman, elle, m’a beaucoup aidée ces dernières années dans les nombreux commerces que j’ai eus. Elle fait aujourd’hui une Mamie formidable. Elle a d’ailleurs repris le rôle de papa aux fourneaux et elle apprend de nouvelles recettes à nos enfants. La relève est assurée ! ! ! Mes parents ont su transmettre tous ces souvenirs à notre nouvelle génération en leur racontant toutes les histoires magiques de La licorne bleue.

Meilleurs vœux 2008 à tous ceux qui me liront et nous reconnaîtront ! ! !

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