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- Édito -

Internet haute vitesse, le piège

Pierre Lefrançois

Tout le monde s’entend sur la nécessité d’avoir un accès efficace, fiable et abordable à Internet haute vitesse et l’on convient volontiers qu’il s’agit désormais d’un service essentiel, notamment pour le travail à domicile, les études et le maintien des contacts sociaux et familiaux.

Devant le peu d’empressement des grandes firmes de télécom à déployer de tels réseaux en milieu rural, notamment parce que c’est peu rentable là où la densité de population est plus faible que dans les grandes villes, des coopératives et des organismes à but non lucratif (OBNL) ont pris le relais, souvent soutenus par des conseils municipaux ou des municipalités régionales de comté. N’étant pas à la solde d’actionnaires gourmands comme ceux des grandes firmes, les coopératives et les OBNL sont davantage susceptibles d’offrir un service de qualité à un prix abordable.

En 2017, les gouvernements fédéral et provincial décidaient finalement de financer de telles initiatives et d’ouvrir les cordons de la bourse afin de combler les disparités régionales dans la connectivité à Internet. C’est ainsi que, dans Brome-Missisquoi, IHR Télécom, un OBNL issu des milieux municipaux, a obtenu le mandat de construire un réseau de fibre optique, jusqu’à domicile, dans les secteurs mal desservis de la MRC.

Les débuts ont été lents et difficiles, Bell et Hydro-Québec, les propriétaires des poteaux, montrant peu d’empressement à autoriser l’accrochage de la fibre à leurs structures et à effectuer les réparations lorsque c’était requis. Cependant, à force de détermination et de patience, on commence enfin à être branchés à Pike River, Notre-Dame-de-Stanbridge, Stanbridge-Station, Bedford, Canton de Bedford, Saint-Armand et Stanbridge East. Et les travaux progressent rapidement à Dunham, Frelighsburg et ailleurs.

Ça marche !

 Les chanceux qui sont branchés au réseau d’IHR peuvent vous le dire, ça fonctionne à merveille. En ce qui me concerne, ma connexion à Internet est de 25 à 30 fois plus rapide que ce qu’elle était auparavant et les interruptions de service sont pratiquement inexistantes, contrairement à ce à quoi j’étais confronté avant l’arrivée de la fibre optique. Quant aux services de téléphonie, nous avons les mêmes que ceux que nous avions avec Bell (afficheur, répondeur, appel en attente, appels-conférence, etc.), avec moins de défaillances de la ligne et une meilleure qualité sonore. Sans compter que ces services nous coûtent beaucoup moins cher (28,95 $ contre 81 $).

En d’autres mots, depuis des années, nous payons tous beaucoup trop cher pour des services médiocres. Nous nous faisons flouer depuis belle lurette et la mise en service, encore très partielle, du réseau d’IHR, en fait la démonstration flagrante. Les responsables de cette arnaque, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, ce sont les grandes firmes de télécom, bien sûr, mais également les gouvernements fédéral et provincial, qui n’osent pas faire preuve d’assez d’autorité pour mettre un terme aux petits jeux auxquels se livrent ces voyous corporatifs.

Et pourtant…

Malgré le succès d’IHR et de ses semblables au cours des dernières années et en dépit de la démonstration magistrale de l’efficacité de cette approche, force est de constater que l’actuel gouvernement du Québec fait tout pour saboter le travail. On semble bel et bien avoir décidé de sortir les coopératives et les OBNL du dossier de la connectivité à Internet haute vitesse. Depuis le printemps 2020, le gouvernement québécois tend à rejeter les soumissions des coopératives et OBNL pour plutôt accorder des mandats aux grandes firmes de télécom.

Lorsque j’ai demandé l’accès aux soumissions présentées par Bell, qui venait d’obtenir trois de ces mandats dans la MRC du Haut-Richelieu (en mai 2020), j’ai essuyé une fin de non-recevoir, les procureurs de Bell alléguant qu’il s’agit d’informations non publiques, malgré le fait que les sommes reçues par elle pour ces mandats proviennent bel et bien de nos taxes. Mes demandes visant à connaître la nature de ces mandats sont également demeurées sans réponse. Je n’ai pas davantage reçu de réponse quand j’ai voulu savoir si, concernant ces mandats, Bell amènerait la fibre à domicile ou si une autre technologie était envisagée. En septembre 2020, quatre mois après l’attribution des mandats, j’apprenais de source sûre que les devis de Bell n’étaient pas encore rédigés. Est-ce à dire que ces contrats ont été attribués sans qu’une soumission soit déposée en bonne et due forme ? Est-ce à dire que les soumissions déposées par les coopératives et les OBNL ont été mises au rancart et que les mandats ont été accordés suivant une nouvelle procédure dont les détails seraient inconnus ? Si ce n’est pas criminel, c’est pour le moins délinquant sur le plan administratif. Au moment d’écrire ces lignes, toutes ces questions demeurent sans réponse.

Employés d’IHR s’affairant à brancher des résidants du secteur de Pigeon Hill à Saint-Armand en mars dernier. Photo : Michel-Louis Viala

Le piège

Ce silence pourrait légitimement porter à croire que nos élus à Québec ont succombé aux discours trompeurs des lobbyistes qui représentent les grandes firmes de télécom : ce gouvernement serait en voie d’abandonner le principe de la fibre optique à domicile au profit d’une desserte sans fil (4G LTE et bientôt 5G) ou par câble, des technologies moins efficaces, moins robustes et moins fiables que la fibre à domicile. Cette desserte de moindre qualité serait de plus offerte par les mêmes entreprises qui pratiquent des tarifs indécents depuis des décennies pour des services médiocres. Nous sommes piégés par les Bell de ce monde, avec la complaisante complicité de nos élus. Cherchez l’erreur !

Le 19 février, nous apprenions que le gouvernement québécois investira 450 millions dans un projet visant à mettre en orbite basse 298 satellites à compter de 2023, enveloppant la planète d’un gigantesque quadrillage d’antennes, afin d’offrir la connectivité Internet par cellulaire. Bref, notre argent sert à nous orienter dans la mauvaise direction en priorisant la connectivité sans fil plutôt que la fibre optique.

Le 22 mars, les premiers ministres Legault et Trudeau annonçaient fièrement que les deux paliers de gouvernement investiront conjointement 800 millions pour élargir l’accès à Internet haute vitesse à tout le territoire du Québec. Ces millions seront répartis entre six grandes firmes de télécom : Bell Canada, Vidéotron, Cogeco, Xplornet, Sogetel et TELUS. Exit les coopératives et les OBNL.

Devons-nous remercier nos élus de nous tendre ce piège, au profit des entreprises qui nous vendent, depuis des décennies, des services lamentablement médiocres que nous payons tous beaucoup trop cher ? Si on les laisse continuer de la sorte, je parie qu’une grande firme de télécom va bientôt chercher à racheter le réseau de fibre optique construit et opéré par IHR. Quand nous en serons là, il ne faudra pas les laisser faire si nous voulons préserver la qualité des services et la décence des tarifs que nous offre actuellement IHR.

En ce moment même, des techniciens d’IHR s’affairent à relier des câbles terminaux de fibre optique aux résidences un peu partout en Armandie, tandis que d’autres, ailleurs sur le territoire de Brome-Missisquoi, poursuivent les travaux nécessaires au déploiement du réseau. C’est ce qui doit arriver et on ne peut permettre à quiconque d’y mette un terme. Les citoyens sont désormais bien informés et ils n’accepteraient pas un retour en arrière.


Attention aux offres trompeuses de Bell

Les citoyens de Brome-Missisquoi qui peuvent maintenant se brancher au réseau de fibre optique d’IHR ainsi que ceux qui pourront le faire dans les prochains mois ont récemment reçu par la poste une offre apparemment intéressante de la part de Bell Canada. On nous y apprend que la compagnie peut désormais nous offrir une connexion à Internet haute vitesse à un tarif s’approchant de ceux que pratique IHR avec son réseau de fibre optique.

Bell a une drôle de définition du concept de haute vitesse : sa publicité annonce une vitesse de téléchargement « allant jusqu’à 25 Mb/seconde », ce qui signifie que très souvent, pour ne pas dire la plupart du temps, ce sera nettement moins rapide. En comparaison, IHR me fournit 400 Mb/seconde à un prix comparable. Il ne faudrait pas nous prendre pour des imbéciles !

Ceux qui ont utilisé pendant des années ce service de Bell « allant jusqu’à 25 Mb/seconde » (lorsque tout va bien) peuvent vous assurer que c’est nettement en dessous de ce dont tout travailleur à domicile a besoin pour gagner décemment sa vie. Les réunions virtuelles sont une expérience réellement éprouvante à une telle vitesse et, en plus, vous excéderez inévitablement votre forfait, ce qui entraînera une lourde surfacturation…

Par ailleurs, vous devriez lire attentivement l’annonce avant de signer. Le rabais offert ne vaut que pour deux ans et il est clairement spécifié (en plus petits caractères) que les tarifs de base pourraient augmenter n’importe quand durant cette période.

 

 

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