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- Agroforesterie -

Forêts de proximité 

Quand la ministre normandeau consulte
Mathieu Voghel-Robert

Photo : Johanne Ratté

Le 5 juillet dernier, dans la pimpante localité de Saint-Modeste, Mme Nathalie Normandeau, vice-première ministre, ministre des Ressources naturelles et de la faune, ministre responsable du Plan Nord et ministre responsable des régions de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine et du Bas-Saint-Laurent, annonçait la tenue de consultations publiques dans le but d’élaborer la future politique sur les forêts de proximité. Donc, du 6 septembre au 11 novembre prochain, citoyens et organismes pourront partager leurs opinions afin d’influencer le ministère.

Mais voilà, après l’accueil dans l’indifférence – sauf les tractations en coulisse de l’industrie afin de faire pression pour garder le statu quo – de la nouvelle politique forestière en 2010, certains se montrent plutôt cinglants à l’annonce de ces consultations. « Ce régime forestier n’incarne aucun renouveau. Le statu quo y est enrobé dans une nouvelle rhétorique et dans de nouvelles dispositions juridiques et administratives qui ne changent rien. Même si elle redéfinit certaines relations entre les acteurs, elle reste une loi configurée sur la demande des industriels existants », écrit Robert Laplante, directeur général de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) dans la revue Vie économique.

Sur les 85 projets de création de forêt qui étaient initialement prévus pour 2012, on en mettra en œuvre 10 à 15 en 2013 et seulement une dizaine de plus au cours de la période 2013-2018. Même s’il s’agit de forêts d’exploitation de bois et qu’elles occupent le maximum de superficie du territoire où elles pourront s’implanter, elles ne représenteront pas plus de 7 % du volume de bois récolté annuellement au Québec. Soulignons que le but n’est pas toujours de récolter un maximum de bois.

Ces forêts pourront également accueillir des activités récréotouristiques et de production de plantes, champignons et fruits. Les objectifs sont louables : permettre à des communautés de gérer leurs ressources forestières selon les volontés du milieu afin de générer des retombées au niveau local.

Mais ce n’est pas de sitôt que vous verrez de ces forêts dans le coin. « À part la base militaire de Farnham et le parc du Mont Orford, il n’y a pas de forêt publique dans la région, affirme Christopher Chapman du Groupement forestier de la Haute-Yamaska (GFHY). On ne parle pas beaucoup des forêts privées, c’est le cousin oublié. » Pourtant, comme ces dernières se trouvent surtout dans le sud, ce sont les plus productives. De plus, les réseaux routiers y sont plus développés et les lieux d’exploitation sont à proximité des marchés, conditions idéales pour inclure la communauté dans le développement de leur exploitation. Cependant, le projet de loi ne concerne que les forêts du domaine public.

« La notion de forêt de proximité est condamnée à demeurer une mesure de mitigation, un moyen de temporiser et de lancer quelques initiatives pour mieux faire endurer les effets d’une crise structurelle dont l’industrie et le gouvernement refusent obstinément de voir l’inéluctable dénouement pour les communautés comme pour les usines », conclut Robert Laplante. Si l’enthousiasme de la ministre Normandeau sur la notion de proximité et des retombées locales est le même que celui qui a exacerbé son optimisme aveugle dans la gestion de l’exploration des gaz de shiste, le nouveau livre vert sera plutôt pâle.

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