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Édouard Faribault, inventeur et homme de cinéma

Jean-Pierre Lefebvre

Edouard Fanbault  (Photo ; Jean-Pierre Lefebvre)

« J’aime bien faire des choses qui n’existent pas », me dit Édouard en parlant de l’escalier qu’il a lui-même conçu et construit chez lui. Regardez bien la photo vous n’avez jamais vu pareil escalier, comme bien d’autres « patentes » qu’Édouard a fabriquées.

Notre rencontre remonte à 1972. Je dirige alors une fin de semaine d’immersion dans le monde du cinéma pour le Collège Bois-de-Boulogne. Les élèves, dont Édouard, doivent scénariser, tourner et monter un court métrage en super 8. Un expert de Montréal est sur place pour développer la pellicule. Catastrophe et frustration : à peine quelques minutes sont visibles. En vue de préparer l’immersion de l’année suivante, Édouard s’intéresse à la chose et finit par trouver un moyen adéquat pour résoudre Je problème. « J’ai commencé à être auto­didacte à ce moment-là. »

Mais le processus du développement demande de longues heures de patience et d’insomnie. Édouard décide alors d’inventer sa propre machine à développer, trois fois plus rapide. Et le voilà embarqué pour dix ans d’immersion, toujours pour Bois-de-Boulogne.

En 1976, il assiste au Festival international du film d’animation à Ottawa, où il rencontre l’animateur André Leduc dont il louera la maison de Saint-Armand pendant cinq ans dans les années 1980, ce qui sera le début de sa permanence parmi nous. Au début des années 1980, André dirige le premier« animathon » au monde, à l’université Concordia, et Édouard, à Bois-de-Boulogne, puis ensemble, en Europe ; il s’agit de tourner, de développer et de visionner sur place de courts dessins animés. Pour les besoins de la cause, Édouard va cette fois inventer une machine à développer en 16 mm couleur. Le directeur du jadis célèbre laboratoire de l’Office national du film du Canada prétend qu’il s’agit d’une mission impossible à cause du type de pellicule et d’acides qu’Édouard veut utiliser. Pourtant, ça marche à merveille.

1995 : année du centième anniversaire du cinématographe, ainsi que s’appela tout d’abord le cinéma. « Il y avait des célébrations partout dans le monde et au Canada. Richard Gaudreau, prof de cinéma à l’Université de Montréal, voulait faire des projections exactement comme au début, avec un pianiste qui accompagne le film et un bonimenteur qui explique aux gens ce qui se passe (les intertitres n’étaient pas possibles parce que la plupart ne savaient pas lire) et il m’a demandé si je pouvais lui fabriquer un projecteur. » Edouard déniche un vieux projecteur des années 1930, n’en garde que la carcasse et y ajoute une manivelle de moulin à viande : ainsi naît le « Faribographe », qui existera à deux exemplaires et servira à plusieurs projections à Montréal, Québec, Paris, en Bretagne et en Italie.

En 2000, je désire tourner quelques scènes sous l’eau pour mon film Le manuscrit érotique mais nous ne voulons pas trop dépenser pour si peu de plans ; Édouard se met à la tâche et fabrique un caisson étanche en plexiglas qui fait merveilleusement l’affaire.

Voilà pour l’Édouard inventeur et patenteux, dont les talents s’exercent dans les domaines de la mécanique, de la menuiserie, de l’ébénisterie et de la photographie (le petit café de Saint-Armand lui a consacré il y a deux ans une exposition intitulée « Mon Saint-Armand » ). Mais il y en a un autre, l’oiseau rare (raison pour laquelle sans doute il vit près du sanctuaire d’oiseaux) dont je ne peux me passer sur un plateau de tournage, tant à cause de sa discrétion que de son efficacité et de son sens de l’humour. Il a été assistant de production pour Les fleurs sauvages et Aujourd’hui ou jamais, régisseur pour Le jour « S », directeur de production pour Le manuscrit érotique, plusieurs courts métrages didactiques sur l’ alphabétisation et la maladie d’Alzheimer de même que See You in Toronto, un court métrage en hommage au Festival international du film de Toronto. Par ailleurs, dans l’ordre chronologique, il a été assistant réalisateur, assistant caméraman et directeur de production pour la compagnie Via le monde, technicien pour le studio de son du compositeur Oswaldo Montespuis, puis a travaillé pour la compagnie de dessins animés industriels Desclez avant de se brancher, c’est le cas de le dire, sur la prise de son. Le hasard l’a en effet amené à travailler à titre de preneur de son pour la série Branché de Radio-Canada.

Et comme il ne sait que bien faire ce qu’il fait, voilà maintenant dix ans qu’il vit, à titre de pigiste, de ce métier, travaillant à la prise de son de documentaires pour Canal D, Historia, Canal Z, Canal Vie et parfois même des chaînes étrangères telle CNN, ce qui l’amène à voyager, le pauvre, le misérable, un peu partout à travers le monde (il est déjà apparu dans ces pages en tenant Le Saint-Armand à Bora Bora).

« J’ai une grande passion pour la technique, j’aime les gadgets, les patentes, les pitons, les petites lumières qui clignotent. » Aveu sincère – et combien vrai ! – d’un individu qui a su préserver son sens de l’émerveillement tout autant que le concrétiser, ce qui fait de lui un rêveur actif et constructeur, c’est bien le cas de le dire.

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