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- COVID-19 et son impact -- Immigration -

Travailleurs saisonniers dans les champs

Nathalia Guerrero Vélez

Photo de : Julie Gavillet

En avril dernier, quand Patrick Racine préparait les semis de maïs et de divers autres légumes pour la récolte de l’été, il ne savait pas à quoi s’attendre. Propriétaire de la ferme Racine et fils à Dunham, il se demandait ce qui allait arriver avec les travailleurs étrangers qui, depuis six ans, viennent du Mexique pour ramasser des légumes dans ses champs.

En plein cœur de la pandémie, personne ne pouvait prédire quelle serait la suite des restrictions et du confinement. Heureusement pour Patrick et sa famille, trois travailleurs sont arrivés à la fin avril, suivis de trois autres au mois de juin. « J’ai des travailleurs québécois, mais ils ne sont pas suffisants pour combler les besoins de ma ferme ; sans ces travailleurs saisonniers je ne pourrais pas produire autant ; nous avons été très chanceux qu’ils puissent venir car il y a des fermes qui ont connu une pénurie de personnel et les conséquences sont désastreuses », explique l’homme qui a grandi dans l’ancienne ferme de ses parents et en est devenu le propriétaire en 2007.

Chaque année, ce sont douze employés mexicains qui travaillent à la ferme Racine et Fils. Cette fois-ci, ils ont été placés en isolement en arrivant et, à la fin de la quarantaine, une équipe de la santé publique est venu les tester sur place, cela parce que ce sont des travailleurs essentiels qui ont sauvé les récoltes et assuré l’approvisionnement en nourriture de la population québécoise pendant la pandémie.

Originaire de Guanajuato, José Ricardo Ayala est l’un d’entre eux. Chaque année, il quitte sa famille pendant six mois pour venir gagner sa vie au Québec. « Chez nous, au Mexique, la situation est très difficile ; nous sommes chanceux d’être ici pour travailler et aider nos familles ; pour que nos enfants puissent aller à l’école, car malheureusement ce n’était pas le cas pour nous », explique-t-il.

Pour sa part, Felix Bruno Lara, originaire de Puebla, confie que la chose la plus difficile pour lui consiste à être loin de sa famille. « Le plus dur c’est de ne pas voir nos enfants grandir et d’être loin de nos femmes pendant si longtemps ; mais nous le faisons pour nos enfants, pour leur assurer une éducation et un futur meilleur ; nous ferions n’importe quoi pour eux, c’est pour eux que nous sommes ici », explique celui qui est venu à la ferme Racine pour la première fois il y a six ans et qui y revient chaque année depuis.

La plupart du temps, José Ricardo et ses collègues sont trop fatigués pour sortir à la fin de la journée. Cette année, ils s’abstiennent d’autant plus de le faire afin de ne pas courir de risques inutilement. « À la fin de la journée, nous parlons avec nos familles, nous cuisinons et nous nous reposons pour pouvoir être en forme le lendemain », raconte Margarito Fuerte, qui dit apprécier beaucoup la tranquillité et la sécurité qu’il trouve ici.

En 2020, la crise de la COVID a mis en évidence l’importance de ces mains industrieuses sans lesquelles on aurait perdu des tonnes de légumes. « Ce sont de très bons employés ; pour la cueillette de maïs nous nous réveillons vers 2 h 30 et ils ne manquent jamais au rendez-vous », explique Patrick, qui ajoute que, avant la pandémie, sa famille et ses employés faisaient au moins deux fêtes par année mais que cela n’a pas été possible cette année. « Mes enfants passent beaucoup de temps avec eux, ils ont appris l’espagnol et ils adorent jouer au soccer avec eux », confie-t-il, reconnaissant que le travail de ferme n’est pas facile mais qu’il fait de son mieux pour leur offrir de bonnes conditions de travail. « Quand on récolte le maïs je suis toujours là avec eux, nous sommes toujours ensemble ; et quand on est fatigués, on va prendre un muffin et un café avant de continuer ». Le producteur a d’ailleurs mis un véhicule à la disposition de ses employés afin qu’ils puissent faire leurs courses.

Même si la crise du coronavirus a eu un impact négatif sur plusieurs secteurs de l’économie, elle a eu des conséquences positives pour certains. « Cette année, les gens ont pris l’achat local à cœur et cela fait toute la différence pour nous, les maraichers. Nous ne savions pas vers quoi nous allions quand nous avons fait les semis, mais nous vendons plus que dans une année normale, c’est une année incroyable dans ce sens-là » affirme ce fermier passionné de son métier dont les parents ont acheté la terre et installé le petit kiosque de légumes en 1969 ; 51 ans plus tard, il est toujours là.

Pour Patrick, comme pour beaucoup d’entrepreneurs, l’automne s’annonce incertain. « Est-ce qu’il aura une fête d’halloween ? Est-ce que les touristes viendront faire le tour de la Route des vins ? Est-ce qu’ils viendront récolter des citrouilles ? On ne le sait pas, mais nous restons positifs. »

José, Margarito, Felix et les autres travailleurs saisonniers resteront ici jusqu’au mois de novembre, puis ils retourneront dans leurs familles. Une fois chez eux, ils continueront à travailler dans les champs jusqu’à ce que ce soit le temps de revenir au Québec – avec ou sans COVID – pour gagner leur vie et en même temps apporter un soutien indispensable aux producteurs québécois.

 

 

  1. Les photos de Mme Gavillet sont magnifiques. Elles se démarquant nettement de ce que nous avons l’habitude de voir dans les journaux régionaux.

    1. Je vous remercie de votre commentaire élogieux. Ce fut un réel plaisir de collaborer avec Nathalia Guerrero Velez et le Saint-Armand pour cet article.

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