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- COVID-19 et son impact -

Entrevue avec le docteur Alain Poirier, directeur de la santé publique pour l’Estrie

Cahier Covid - entrevue
Guy Paquin

Avant d’être directeur de la santé publique pour l’Estrie, le docteur Alain Poirier l’a été pour l’ensemble du Québec pendant 9 ans, soit jusqu’en 2012. Précédemment, il a occupé le poste de sous-ministre adjoint à la santé publique.

C’est notre docteur Harruda à nous. Il gère la santé publique de toute l’Estrie, de Granby à Lac Mégantic en passant par Saint-Armand et tout Brome-Missisquoi. Des problèmes, il en a vus : la tragédie de Lac Mégantic, la grippe H1N1, des incendies de pneus et de BPC et, maintenant, la COVID.

Nous lui avons d’abord demandé comment il se fait que notre région (La Pommeraie) était relativement épargnée, si on se fie aux statistiques.

« Je pense d’abord que nous, à la santé publique, nous faisons bien notre travail. L’équipe sécurité civile et celle de la coordination clinique COVID travaillent quotidiennement ensemble et la communication entre chacun est rapide et efficace. Parce que l’Université de Sherbrooke et son hôpital sont liés au CIUSSS Estrie, nous avons un accès immédiat à la science et aux soins de pointe. »

D’accord, docteur, vous faites du bon boulot, mais le coronavirus, c’est les gens qui l’attrapent. Comment se fait-il que ceux et celles de La Pommeraie l’attrapent moins que les autres ?

« Alors ça, c’est dur à dire. Surtout si on considère qu’on a été les premiers frappés au tout début. Comment expliquer qu’on se refile moins le virus ici qu’ailleurs ? Il y a les savants travaux de Marc Brisson à l’Université Laval qui pourraient m’aider à vous répondre. Son équipe a créé un outil mathématique très complexe qui modélise la transmission des maladies épidémiques. Hélas, je n’ai pas accès à ses résultats et je dois avouer mon ignorance. »

En mai 2020, le savant docteur Brisson prédisait justement que le déconfinement entraînerait une recrudescence du nombre de cas et de décès à Montréal, à Laval, dans la Montérégie, Lanaudière et les Laurentides. Il annonçait aussi que, ailleurs, ça augmenterait plus lentement. Pourquoi ? On ne le sait pas. Mais, en gros, il avait raison.

 L’iceberg

 « Ce qu’on sait de la contagion par la COVID, par rapport à ce qu’on ne sait pas, c’est un iceberg, suggère le docteur Poirier. On en voit un petit bout qui émerge et il y a la grosse masse cachée sous l’eau. D’où les surprises, souvent désagréables. Par exemple, la Montérégie qui passe du jaune au rouge en une semaine. Le Saguenay, très tranquille en mars et qui affiche 105 nouveaux cas dans la seule journée du 2 novembre. Cette région est maintenant en rouge alors qu’elle était à peu près épargnée jusque vers la fin septembre. Et la Gaspésie est classée orange foncé. »

Notre ignorance doit donc nous rendre encore plus prudents, selon le docteur Poirier. « Notre situation reste fragile. Votre relative immunité, dans le secteur de La Pommeraie, est peut-être due au fait que c’est un coin rural, moins densément peuplé. Mais la Gaspésie aussi. »

 Vaccins pour bientôt

 Alain Poirier a ce qu’on pourrait nommer un espoir raisonnable, celui de l’imminence de l’arrivée d’un ou de plusieurs vaccins efficaces. « Il est raisonnable de penser que certains vaccins seront disponibles dès le premier trimestre de 2021. Il y a à peu près 200 produits à l’étude actuellement. »

Notre directeur de la santé publique avoue qu’il n’a jamais vu une telle frénésie chez les pharmaceutiques et les firmes de biotechnologie. « On mène les 3 ou 4 étapes de la recherche sur les vaccins en même temps au lieu de successivement. On n’attend pas de savoir si la première étape fonctionne avant de commencer la seconde. Et on va même jusqu’à produire les vaccins sur une grande échelle avant même de connaître les résultats des tests cliniques. Du jamais vu ! »

Le gouvernement américain subventionne actuellement trois études décisives sur des vaccins mis au point par l’américaine Moderna, l’européenne AstraZeneca et l’américaine Pfizer.

Moderna a présenté à Santé Canada des résultats préliminaires encourageants pour son vaccin à l’étude et le Canada lui a permis d’en préparer la mise en marché chez nous avant même d’avoir les résultats définitifs. Santé Canada étudie actuellement la possibilité d’en approuver la mise en marché. Même chose pour le produit d’AstraZeneca.

C’est cette course à l’aveugle, si on peut dire, qui fait dire à Alain Poirier qu’un ou des vaccins seront disponibles à la population à la fin de l’hiver. Souhaitons-lui des dons de prophétie.

 

 

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