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- Dossier Eau -

Les cyanobactéries de la baie Missisquoi

Guy Paquin

Photo : Monique Dupuis

Entre le 1er avril  et le 15 septembre 2010, les cyanobactéries (ou algues bleu-vert) ont fait une véritable tournée triomphale du Québec. Entre ces deux dates, les experts du ministère du Développement durable et de l’Environnement du Québec ont visité 180 plans d’eau et constaté que 115 d’entre eux hébergeaient les charmantes bestioles unicellulaires. Sur 40 bassins versants (c’est la découpe officielle du territoire du Québec en ce qui concerne le réseau de nos cours d’eau), 38 sont atteints. Cela concerne 109 municipalités dans 13 régions administratives. Pour la région qui comprend  Saint-Armand et les environs, la Montérégie, 9 plans d’eau ont reçu la désagréable visite.

Ce bilan est provisoire et pourrait s’alourdir encore. Les derniers bilans provisoires du ministère ont tous été suivis de bilans définitifs plus lourds. En 2007, au final, 160 plans d’eau ont été contaminés aux cyanobactéries, contre 138 en 2008 et 150 en 2009.

Ce qui est certain et constaté par chacun, c’est que la baie Missisquoi a encore été fleurie par les algues en 2010. On sait qu’elles causent des problèmes de santé pour les baigneurs : irritation de la peau et des muqueuses, problèmes neurologiques et hépatiques. Ce qu’on sait moins, c’est que les cyanobactéries créent elles-mêmes les conditions idéales de leur reproduction, comme l’explique Chantal D’Auteuil, directrice générale de la Corporation Bassin Versant Baie Missisquoi.

« Les cyanobactéries diminuent le taux d’oxygène dans l’eau et cela même favorise l’augmentation du taux de phosphore, condition idéale pour la prolifération des mêmes cyanobactéries. » Jolie spirale où les algues bleu-vert préparent avec soin un petit nid douillet pour la prochaine génération.

Quelques pratiques préventives

La commission parlementaire sur l’environnement  du gouvernement du Québec a tenu à l’automne des auditions publiques sur la question des cyanobactéries. Elle en a remis  le rapport en décembre 2010. Elle y souligne le lien causal mille fois démontré entre l’apport de phosphore dans l’eau et les cyanobactéries.

Et ce phosphore, d’où vient-il ? D’après le rapport des commissaires, d’abord de divers empiè tements sur les cours et plans d’eau. On a déboisé et remblayé les rives. On a utilisé des engrais à pelouse et des produits domestiques au phosphore. On a mal géré les installations septiques et les égouts municipaux. Et, finalement, la commission dénonce vertueusement quoique fort pudiquement « certaines pratiques agricoles ». Ah oui ? Lesquelles ?

« Les mauvaises ! », s’esclaffe Chantal D’Auteuil.  « Blague à part, il y a des façons plus dommageables que d’autres de faire l’épandage des engrais et fumiers, et on peut les éviter. S’ils sont suivis d’une ou deux semaines de fortes pluies, les épandages printaniers en post-levée, quand les plantules ne couvrent pas le sol, ça constitue une combinaison désastreuse. Pas de couverture du sol et grosse pluie pendant longtemps égalent érosion. Le phosphore dissous descend vers les plans d’eau et celui qui s’est lié aux particules du sol est entrainé vers les fossés et ruisseaux sous forme de sédiments qui seront éventuellement  relargués dans l’eau.

« Le mieux est de se conformer au plan agroenvironnemental de  fertilisation mis de l’avant par le gouvernement du Québec et qui, en passant, est obligatoire. La bonne pratique consiste à faire  un épandage suivi d’une recouverture du sol pour se prémunir contre l’érosion. Et, pour l’amour de nos plans d’eau, ne pas labourer en profondeur. « Pour les champs de maïs, lors des labours d’automne, il faudrait ensuite recouvrir le champ avec au moins 30 % de résidus. Encore une fois, on se  protège contre l’éventuelle érosion. Et toujours dans le cas du maïs, pendant la pousse des plants, on peut cultiver diverses plantes couvre-sol entre les rangs. Le trèfle, par exemple, fait très bien l’affaire. » L’établissement d’une zone tampon entre la surface cultivée et le cours d’eau voisin constitue une autre approche complémentaire. C’est ce qu’on appelle la bande riveraine qui, selon les normes actuelles, doit faire trois mètres au-dessus de la ligne des hautes eaux. « C’est  bien ce que dit le texte officiel et ce n’est pas suffisant », rétorque Chantal D’Auteuil. « Et puis, une bande riveraine, oui, mais laquelle ? Les bandes riveraines herbacées ne sont pas efficaces. Ce qu’il faut, ce sont des bandes arbustives, comme du cornouiller, par exemple. On bloque ainsi l’érosion, et les racines de l’arbuste  absorbent le phosphore  excédentaire. »

Ze big picture

Ayant écouté les individus et groupes qui se sont présentés aux auditions de l’automne dernier, la commission parlementaire y est ensuite allée de quelques recommandations. Que nous avons testées sur Mme D’Auteuil qui, en tant que directrice de la Corporation Bassin Versant Baie Missisquoi, a la responsabilité du développement du plan directeur contre les cyanobactéries et de son application. S’agissant justement des plans directeurs des organismes de bassins versants, la commission  recommande de les intégrer tout rond aux schémas d’aménagement des MRC concernées.

« C’est sûr que ça leur donnerait encore davantage de muscle. Donc, en gros, oui. Mais faudrait éviter le bête copier-coller. Il ne s’agit pas de déloger les propriétaires riverains ni de fermer des exploitations agricoles. Il faut harmoniser et éviter les erreurs du passé. Dans les bassins dégradés, il faut arrêter le développement des surfaces cultivées. Et, à l’avenir, il faut restreindre l’urbanisation le long des plans d’eau. Un rapport récent de l’État du Vermont montre que si les grandes villes comme Burlington continuent de se développer comme maintenant, tout l’effort agroenvironnemental sera annulé. »

La recommandation numéro 16 (« réviser les critères sur la profondeur des bandes riveraines ») reçoit aussi l’approbation de Chantal D’Auteuil.  Et comment appliquer tout cela ? Comment et par qui doit se faire ce qu’on appelle dans le jargon de la Grande-Allée la gouvernance de nos cours  et plans d’eau ? « J’estime  qu’on doit travailler très localement, par petits sous-bassins versants, avec un agronome expert qui soutient l’agriculteur. Ce dernier ne doit pas se sentir tout seul à faire un effort. Il faut simplifier les procédures et la paperasse. De cette manière, on pourra agir vite car la situation est urgente. Et puis, il faut faire le suivi pendant quelques années parce que ce ne sont pas toujours les premières tentatives qui réussissent.  » Pour finir, dans sa recommandation numéro 3, la commission parlementaire propose d’augmenter le financement des organismes de bassins versants pour qu’ils aient les moyens d’exécuter correctement et dans un laps de temps acceptable leurs plans directeurs. Je n’ai pas cru nécessaire de demander à Chantal D’Auteuil si elle était  d’accord…

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