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FABIEN POIRIER, CONSULTANT EN RESTAURATION DE BÂTIMENTS PATRIMONIAUX

Éric Madsen
Par : Éric Madsen
Vieille école du rang Saint-Charles
Vieille école du rang Saint-Charles

Né à Notre-Dame-de- Stanbridge en 1959, cet avant-dernier d’une fratrie de six est tombé dans la marmite en bas âge, comme Obélix. Aujourd’hui six fois grand-père, il se souvient bien de l’époque où, ti-cul sur son vélo, il transportait de vieilles chaises et participait à des vide-greniers. Imbibé de potion magique, il découvre l’amour du meuble ancien quand une voisine lui demande de sortir une énorme armoire. Celleci ne passe plus dans l’escalier. Patiemment, il la démonte pièce par pièce, chacune dûment numérotée. Une passion dévorante s’éveille en lui… à quinze ans.

Les chaises ont été réparées puis remises en usage, l’armoire remontée et restaurée. En 1974, son père achète une vieille maison de pierres abandonnée depuis 1945 et la revend à Roger Martel en 1976. L’acheteur, qui enseigne la menuiserie dans une école pour enfants handicapés, devient un mentor en restauration de vieux bâtiments pour le jeune Fabien. Un mentor et un ami. Ensemble ils font, durant six ans, le curetage d’une vieille maison en pièce sur pièce. Après essais et erreurs, genre mettre du stuc au plafond, ou peindre des planches décapées, la restauration est une réussite. Fabien est alors dans la vingtaine.

Son ami Roger décède en 1987 lors d’un accident de moto. Fabien et sa conjointe, Danielle, rachètent la vieille maison de pierres et c’est là qu’ils habitent encore aujourd’hui. En 2003, au bout de 23 ans, Fabien quitte son emploi de représentant des ventes dans le domaine agricole pour se consacrer uniquement à la consultation et la restauration de bâtiments anciens.

Aujourd’hui, son palmarès est bien garni. Outre quelques maisons entièrement restaurées, on lui doit la cure de jeunesse de la gare de Saint-Armand, de la vieille école du rang Saint- Charles et du manoir Desrivières, ces deux derniers bâtiments étant situés à Notre-Dame, de même que la restauration de plusieurs maisons privées ainsi que de vieux bâtiments de ferme de la région.

Pour devenir un crack dans le domaine, il ne suffit pas de savoir manier les outils.

Maison à l’Acadie
Maison à l’Acadie

Il faut étudier, rechercher, partager les connaissances avec des confrères, apprendre l’histoire, comprendre les techniques d’autrefois, surfer sur le net, visiter de vieux bâtiments. Trouver des références et échanger entre passionnés n’est pas aussi difficile qu’on pense, il suffit d’allumer la télé ou son ordi. Mais restaurer dans les règles de l’art, c’est une autre paire de manches. Car ici, deux choix s’affrontent : restaurer ou rénover. Rénover sa cuisine ou sa salle bain pour la mettre au goût du jour n’implique pas la même approche que de restaurer de vieilles fenêtres à carreaux usées par deux siècles de lumière. Tout comme il est assurément plus compliqué de trouver des vieux clous carrés que d’aller en acheter des ordinaires à la quincaillerie du coin.

Pour réussir une restauration, il est essentiel de bien connaître les matériaux originaux. C’est une partie du plaisir du restaurateur. En fouillant un peu, il arrive aisément à dater l’immeuble, à comprendre les intentions des bâtisseurs, à saisir les méthodes de construction d’origine. Au fil du temps, Fabien s’est spécialisé dans la période allant de 1840 à 1900. Il en sait désormais assez sur cette période pour être en mesure d’apprécier le dur travail des colons qui devaient défricher la terre, construire leur maison et tenter de survivre tout simplement. D’où, probablement, son immense respect pour ces vieilles habitations pleines d’histoires.

L’histoire, c’est aussi l’ère glaciaire qu’a connu le Québec de 1540 à 1800, période au cours de laquelle des hivers particulièrement rigoureux ont sévi, donnant ainsi lieu à la formation d’un bois d’oeuvre particulièrement dense aux propriétés imputrescibles. Par ailleurs, il n’est pas rare de découvrir, parmi les anciennes boiseries, des essences aujourd’hui disparues du commerce, tels que l’érable piqué ou le noyer tendre.

Au fil du temps, Fabien est devenu plus sélectif dans le choix des restaurations qu’il effectue. Lors de ses consultations avec les propriétaires, il insiste pour respecter le plus possible l’intégrité des lieux et éviter les modifications qui pourraient défigurer l’oeuvre ou dénaturer l’ensemble.

Selon lui, il faut être extrêmement prudent lorsqu’on suggère le décloisonnement ou une modification de la fenestration. « Les fenêtres, dit-il, sont les yeux d’une maison, pourquoi y mettre du mascara, ou les rendre borgnes ? »

Il lui arrive de refuser des travaux qui ne correspondent pas à son éthique de la sauvegarde du patrimoine bâti. Lors d’un contrat de restauration de fenêtres d’une maison lourdement endommagée par un incendie, la réfection du calfeutrage de cinq cent carreaux l’a obligé à retrouver la recette du traditionnel mastic, en rupture de production. Après moult recherches et consultations, il trouve enfin : carbonate de calcium et huile de lin. Dans ce métier, il faut parfois être débrouillard.

Certes, restaurer coûte cher. Le budget accordé à certains travaux est souvent dépassé. Il n’est pas rare d’entendre des histoires de gens au bout du rouleau après des années de dur labeur, abandonnant leurs projets. Les meilleures intentions aboutissent parfois à des disputes et à la visite des huissiers. Mais pour ceux qui en font une véritable passion, comme Fabien, les efforts apportent une récompense de longue durée. Que de fierté d’avoir restauré une maison ancestrale de la cave au grenier, et être propriétaire d’une belle patrimoniale !

Manoir Desrivières
Manoir Desrivières

Il y a comme une sorte de grand respect dans le sauvetage des bâtiments d’autrefois. Respect des anciens qui l’on bâti, des méthodes et des façons de faire, des styles architecturaux apportés par les immigrants bâtisseurs. Respect aussi des matériaux longuement préparés à l’avance à force de sueur et d’huile de coude. Respect, enfin, d’une époque durant laquelle construire son toit était une question de survie. Fabien se fait élogieux lorsqu’il parle des premiers arrivants abandonnés à leur sort, contraints de défricher leur lopin de terre, essoucher leur jardin, construire rapidement un shack pour leur premier hiver. Il fallait avoir du caractère. Respect donc pour ces Écossais, Irlandais, Français, Italiens et autres qui nous ont laissé, partout sur le territoire, le fruit de leurs labeurs.

Nous sommes sûrement nombreux à avoir le coeur brisé

lorsqu’une belle vieille bâtisse disparait. Elles sont abandonnées, vandalisées, pulvérisées, parfois incendiées, une perte pour toujours. Un patrimoine qui s’étiole immanquablement. D’où l’importance d’avoir des passionnés comme Fabien, capables à leur façon de sauvegarder des immeubles qui témoignent de notre histoire. Des passionnés qui ne demandent pas mieux que d’être consultés pour protéger l’antique… pour les générations futures.

Au cours des prochains mois, Le Saint-Armand va suivre la restauration d’une belle d’autrefois et partager avec ses lecteurs l’aventure de son propriétaire. La suite au prochain numéro…

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