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ÉLECTIONS 2015

Nous avons soumis à l’examen les candidats dans Brome-Missisquoi
Christian Guay-Poliquin

Nous avons soumis à l’examen les candidats dans Brome-Missisquoi

Christian Guay-Poliquin

Le 27 septembre dernier, se tenait à Brome la dixième édition de la foire Écosphère. Construction écologique, agriculture biologique, produits locaux et plusieurs conférenciers dont Zachary Richard et Lucie Pagé. Un gros programme. Par ailleurs, avec l’annonce hâtive des élections, les organisateurs ont cru bon de faire un espace pour la politique ! Ils ont donc invité les candidats à l’élection du 19 octobre prochain à débattre ensemble.

Au menu : les enjeux de notre circonscription, l’environnement bien sûr, mais aussi l’économie et la politique internationale. Le débat devait nous permettre ensuite de comprendre en quoi nos candidats se ressemblent et surtout comment ils se distinguent les uns des autres.

Non seulement j’ai eu la chance d’assister à ce débat, mais j’avais une place de choix : c’est moi qui posais les questions.

Voici mon compte-rendu de l’examen.

TOUR DE PISTE

Six candidats briguent le poste de député fédéral dans la circons­cription de Brome-Missisquoi. Commençons par un rapide survol de chacun d’entre eux.

  • Madame Catherine Lusson du Nouveau Parti Démocratique (NPD) : elle a travaillé dans le milieu communautaire, durant 6 ans, elle a notamment été coordonnatrice du Groupe Actions Solutions Pauvreté. Depuis 2011, elle est l’adjointe du député fédéral sortant, Monsieur Pierre Jacob. Elle a 43 ans et vit aujourd’hui à Bromont.
  • Monsieur Patrick Melchior du Bloc Québécois (BQ)  : ancien candidat pour Option natio­nale aux élections provinciales de 2011, il est intervenant social et coordonnateur de la Maison des jeunes de Bedford depuis 2007. Il a 38 ans et demeure à Farnham.
  • Monsieur Denis Paradis du Parti Libéral du Canada (PLC) : ancien député de notre cir­conscription de 1995 à 2006, il a occupé plusieurs postes dont ministre d’État chargé des Institutions financières et secrétaire d’État à la francophonie. Monsieur Paradis est avocat, il a d’ailleurs reçu le titre honorifique d’avocat émérite en 2009 et il est propriétaire du vignoble Domaine du Ridge. Il a 65 ans et réside à Saint-Armand.
  • Monsieur Patrick Paine de Forces et démocratie (FD) : consultant à l’international en commerce et transport ainsi que professeur de langues, Monsieur Paine est l’un des fondateurs du Comité de Citoyens & Citoyennes Brome-Missisquoi, dont l’objectif est d’offrir aide et soutien aux initiatives citoyennes qui favorisent l’autonomie des gens de la région. Il a 39 ans et est établi à Brigham.

 

  • Monsieur Charles Poulin du Parti Conservateur du Canada (PCC) : ancien joueur de hockey professionnel dans la LNH, il a une formation en sécurité financière. Il est bénévole dans une ligue de hockey mineur et est impliqué dans l’aide apportée aux personnes ayant été victimes d’actes criminels. Il a 43 ans et demeure à Magog.
  • Madame Cindy Moynan du Parti Vert du Canada (PVC) : membre de son parti depuis 6 mois, elle milite entre autres en faveur des droits des animaux. Elle a 58 ans et vit à Knowlton.

 

LES ABSENTS ONT TOUJOURS TORT

Tous les candidats ont été conviés à ce débat. D’abord par les organisateurs d’Écosphère, ensuite par moi, une dizaine de jours avant l’événement. Deux des six candidats n’ont cependant pas donné suite à notre invitation. Difficile dans ce cas de faire connaître leurs idées…

L’équipe conservatrice de la circonscription n’a jamais retourné nos appels. Comme quoi, chez les Conservateurs, le silence est d’or… Dans une entrevue accordée à La Tribune, Monsieur Charles Poulin admet ne pas avoir beaucoup de projets à proposer aux résidents de Brome–Missisquoi. Il s’en justifie en précisant que c’est parce qu’il désire être à l’écoute des besoins de la population du comté. Difficile à croire par contre, car celui-ci a volontairement manqué une belle occasion de rencontrer les électeurs. Et s’il annonçait récemment à Jean- François Gagnon de La voix de l’Est qu’il comptait faire de l’environnement une de ses priorités, son refus stratégique de débattre de la question nous incite à nous questionner sur la valeur de ses propos à cet égard.

Il y avait aussi une autre « chaise vide » à ce débat. Celle de Cindy Moynan. Manquant de fonds, le Parti Vert n’était pas en mesure d’appuyer la campagne de plusieurs de ses candidats dont celle de Madame Moynan, qui se présente malgré tout dans Brome- Missiquoi. Si on peut déplorer les « candidatures silencieuses », parce qu’elles récusent ces possibilités d’échanges qui fondent le socle de la démocratie, on peut néanmoins affirmer que le Parti Vert a atteint un de ses objectifs, car l’environnement est désormais un enjeu politique incontournable.

LE DÉBAT

Le 27 septembre, Catherine Lusson (NPD), Patrick Melchior (BQ), Denis Paradis (PLC) et Patrick Paine (FD) étaient donc réunis sur la scène principale de la foire Écosphère afin de faire valoir leur candidature.

Le débat s’est déroulé de manière cordiale. Et si, au cours de la première heure, les candidats semblaient être en accord sur plusieurs points, les échanges ont été plus musclés par la suite.

Bien sûr, tous semblaient reconnaître l’existence de certaines problématiques. Les algues bleues, le développement d’une économie locale durable, la réduction des gaz à effet de serre, le transport du pétrole et les implications militaires du Canada ont ainsi été pointés par chacun des candidats comme les enjeux majeurs de la présente élection. C’est déjà ça. Mais, au-delà de ce consensus apparent, les actions et les solutions proposées pour améliorer la qualité de vie des résidents de la circonscription, pour contenir les effets causés par les changements climatiques et pour redorer l’image d’un Ca­nada terni par les années Harper, elles, divergeaient.

Aussi faut-il rappeler que la politique n’est pas qu’une ques­tion d’idées. Cette affirmation peut paraître étrange, mais il me semble qu’on oublie trop souvent que ces idées sont portées par des individus. C’est pourquoi la capacité des politiciens à défendre et à mettre en valeur leur candidature, leur chef et leur parti in­fluence considérablement ce que nous retenons de leur message. Qu’on le veuille ou non, la poli­tique c’est aussi une affaire de marketing.

Sur ce point, aucun des partici­pants n’a manqué d’aplomb. Ce­pendant, il est clair que Monsieur Paradis, fort de son expérience en politique, a su se démarquer grâce à son calme et son éloquence. Il est, sans l’ombre d’un doute, un rhéteur hors pair. De son côté, Madame Lusson, malgré une préparation qui semblait sans faille, est restée très près de ses notes écrites. Si cela alourdissait quelque peu son propos durant la première partie du débat, elle a par contre fait preuve d’une spontanéité et d’une flui­dité impressionnantes lorsqu’elle répondait aux questions de ses adversaires. Monsieur Melchior, visiblement à l’aise en public, ne s’est pas aventuré sur le terrain glissant des promesses chiffrées, mais s’est plutôt employé à établir une connivence avec le public. Sans se gêner pour lancer quelques pointes humoristiques à ses concurrents, il a notamment souligné, en évoquant sa voiture électrique abordable, qu’il faut prêcher par l’exemple. Quant à Monsieur Paine, récemment arrivé sur l’échiquier politique, il est peut-être celui qui a le plus surpris. Son franc-parler a d’ailleurs bousculé le déroulement du débat. Profitant de chaque occa­sion pour dénoncer les contradictions dans le discours de ses rivaux, il a manifestement su tirer son épingle du jeu. Authentique et avec une saine désinvolture, sa présence obligeait les candidats des grands partis à rester sur le qui-vive.

Mais il s’agit ici de forme, d’images et d’impressions. Et non de fond. Cela a-t-il une incidence sur leur capacité à nous représenter ? Cela peut-il nous renseigner sur les aptitudes qui leur permettraient de réaliser leurs objectifs ? À vous de voir.

LES ENGAGEMENTS

Afin d’éviter un long étalage de chiffres et statistiques, je ne chercherai pas ici à faire une description exhaustive de la plate-forme électorale des candidats qui ont participé au débat. Toutefois, si vous êtes curieux à ce sujet, je vous rappelle qu’on retrouve la plupart de ces informations sur le site de chacun des partis en lice pour les élections du 19 octobre prochain. Pour l’instant, je désire plutôt vous faire part des engagements et des promesses de nos candidats à l’égard des enjeux qu’ils ont respectivement mis de l’avant.

D’emblée, la candidate pour le parti sortant, Madame Lusson, du Nouveau Parti Démocratique, s’engage, à l’échelle locale, à prendre des mesures concrètes pour favoriser une économie et une agriculture durables. Qu’est-ce à dire ? Qu’elle et son parti souhaitent mettre en place une politique alimentaire de « la ferme à l’assiette ». Cette dernière favoriserait la distribution locale et la vente directe des aliments. Madame Lusson s’empresse d’ailleurs de répéter les engagements de son parti en matière d’environnement, notamment dans le développement des énergies vertes et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Son parti compte surtout, dit-elle, diminuer notre dépendance aux com­bustibles fossiles. Elle précise toutefois que ce changement ne se fera pas du jour au lendemain, mais que nous devons commencer dès maintenant. Sur un autre tableau, elle souligne qu’elle tient à défendre énergiquement l’accès aux services publics offerts par le fédéral qui ont été malmenés par le gouvernement Harper, par exemple l’assurance-emploi, le soutien pour les vétérans et les services de sécurité à la vieillesse. Pour financer les investissements proposés tout en diminuant le taux d’imposition des PME, Madame Lusson rappelle que le NPD propose d’augmenter de 2 % celui des grandes entreprises. Elle évoque aussi la possibilité de supprimer les subventions accordées aux entreprises pétrolières et de réformer le mode de scrutin du Canada pour mettre sur pied un système électoral proportionnel.

De son côté, Monsieur Patrick Melchior, du Bloc Québécois, insiste sur le fait qu’il faut rendre abordables et accessibles les transports électriques en région. En plus de revaloriser le transport collectif en région, il se réfère d’ailleurs aux collectivos qu’on retrouve partout en Amérique latine, il propose qu’on installe au minimum une borne pour voi­tures électriques par municipalité. Conscient que la région des Cantons-de-l’Est, malgré son sta­tut enviable, n’est pas exempte de certains problèmes liés à la pauvreté, il s’engage aussi à s’occuper des familles démunies car, dit-il, contrairement à ce que pensent plusieurs, c’est d’abord en assurant une certaine qualité de vie à l’ensemble des citoyens qu’on stimulera par la suite l’économie locale de manière durable. Sur le plan agricole, et dans le cadre du concept de souveraineté alimentaire proposé par le Bloc Québécois, Monsieur Melchior met l’accent sur le fait que le Québec doit protéger la gestion de l’offre afin de réduire la pression exercée par les marchés internationaux sur les producteurs d’ici. Enfin, il a été le premier à évoquer les problèmes liés au réseau ferroviaire désuet qui sillonne la circonscription. En plus de la tragédie de Mégantic, un nombre anormal de déraillements ont été signalés, notamment dans la région de Farnham. Cela ne peut plus durer. Puis, rappelle Monsieur Melchior pour conclure, si le Bloc souhaite rentrer en force à Ottawa, c’est qu’il a à cœur de défendre l’intérêt de l’ensemble des citoyens du Québec, peu importe leur âge et leur appartenance culturelle.

Monsieur Denis Paradis, du Parti Libéral du Canada, est clair : les algues bleues et l’état des plans d’eau de la circonscription constituent le motif principal de son retour en politique. Il promet ainsi de rétablir et de protéger le bon état des lacs Champlain et Memphrémagog qui, rappelle-t-il, abreuvent en eau potable une grande partie de la population de la circonscription. Dans ce dessein, il insiste sur la collaboration des municipalités riveraines, mais aussi sur la nécessité d’une actualisation de l’entente entre le Canada et les États-Unis sur les eaux limitrophes. Il fait ainsi l’apologie de la pétition À mort le phosphore ! qui vise à faire bouger simultanément les instances fédérale et provinciale à ce sujet. Dans un autre ordre d’idées, Monsieur Paradis souhaite absolument redynamiser la région de Brome. Pour ce faire, il déborde de propositions. Des exemples ? En voici deux : d’abord la création, à Brome, d’un Institut International de Leadership, sous le modèle des grandes écoles anglo-saxonnes, privé donc, qui accueillerait des étudiants étrangers désirant obtenir une formation en droit et commerce international. Ensuite, il promet de remettre de l’avant un projet actuellement en veilleuse, celui d’un service ferroviaire qui irait de Montréal à Magog en passant, bien sûr, par Brome. Bien qu’il ne soit pas le seul à l’affirmer, Monsieur Paradis rappelle que la culture a été largement mise à mal par le gouvernement Harper et qu’il compte réinvestir massivement dans le Conseil des Arts du Canada et la société d’État de Radio-Canada.

Enfin, Monsieur Patrick Paine, de Forces et démocratie, nous a annoncé que sa première action, s’il était élu, consisterait à consacrer la moitié de son salaire de député à la mise sur pied d’une plate-forme électronique qui permettrait aux citoyens de la circonscription de se prononcer sur les enjeux les plus pres­sants. Cela lui servirait de base afin de répondre aux besoins réels de la circonscription plutôt que d’imposer, comme cela est l’usage, précise-t-il, une vision des choses. Dans un même élan, il dénonce les différentes lignes de parti de ses concurrents. En ce sens, il n’a pas hésité à récuser la pression exercée par l’intérêt des organisations politiques sur les élus des circonscriptions. Ainsi, parce qu’ils doivent se soumettre à la vision de leur chef, les débutés des grands partis seraient contraints d’obtempérer aux commandes hiérarchiques plutôt que de se tenir debout au nom de leurs électeurs. Enfin, les deux points centraux sur lesquels le candidat de Forces et démo­cratie fait campagne sont l’environnement, encore et toujours, mais aussi l’accord de partenariat transpacifique (PTP), qu’il dénonce vivement. Selon lui, les conséquences d’un tel accord détruiront tout ce qu’on essaie de bâtir et de protéger, c’est-à-dire, en termes de production de biens et de denrées, notre auto­nomie économique. C’est pourquoi il nous met en garde contre les dangers et les mensonges de la mondialisation qui, de plus en plus, nous pousse à privatiser les profits et à socialiser les dettes.

LES ZONES D’OMBRES

On ne pouvait pas assister à cette première rencontre des candidats de Brome–Missisquoi sans, bien sûr, espérer un peu de controverse. S’ils ont observé un grand respect les uns envers les autres, ils ont tout de même relevé certains points nébuleux dans le discours de leurs adversaires. Certains ont su esquiver ces attaques, d’autres ont préféré y répondre de long en large, même s’ils savaient qu’ils avançaient sur un terrain miné.

Nous sommes tous d’accord à ce sujet : Monsieur Paradis est un adversaire féroce car il sait particulièrement bien manier le verbe et, en même temps, susciter l’attention de ses auditeurs. Bien que ce talent digne des grands hypnotiseurs ne soit pas donné à tous, cela ne suffit pas. Et notre candidat libéral le sait bien. C’est pourquoi il se targue d’avoir un programme élaboré et surtout une vision d’avenir pour Brome-Missisquoi. Et cela ne fait aucun doute. Par contre, s’il est visiblement fier de se présenter pour le Parti Libéral, il semble moins volubile, voire moins enthousiaste quand vient le temps de nous parler de son chef, Justin Trudeau. Nous le savons tous, ce dernier soigne tellement son image que son discours et son at­titude en pâtissent un peu. C’est peut-être pour cela que Monsieur Paradis préfère nous entretenir de ses propres objectifs, de notre circonscription ou encore de l’équipe libérale plutôt que sur son chef. Comme si celui-ci était plus un fardeau qu’un meneur inspirant.

Si le candidat libéral semble avoir été épargné des interrogations autour du projet de pipeline Énergie Est, c’est parce qu’elles ont toutes été adressées à Madame Lusson, du Nouveau Parti Démocratique. Alors que le NPD affirme être le seul parti viable proposant de réelles mesures environnementales, l’ambiguïté que Thomas Mulcair laisse volontairement planer quant à l’oléoduc de TransCanada sème la confusion dans l’esprit des Québécois. Bien qu’elle se prononce contre ce projet, Madame Lusson semblait embarrassée par la question. Elle y répond toutefois en disant que le rôle du gouvernement ne consiste pas à se faire le promoteur de tels projets énergétiques, mais bien de mettre en place un processus d’évaluation environ­nementale rigoureux avant de les approuver ou de les rejeter. Mais, encore une fois, qu’est-ce que cela veut dire ? Probablement qu’un pipeline venant de l’Alberta traversera bientôt le Québec. Et ce, peu importe la couleur du parti au pouvoir. Bien que les objectifs environnementaux du NPD soient élevés, l’exploitation des sables bitumeux et le transport du pétrole font partie de son programme et ce, que ses éventuels députés le veuillent ou non.

Contrairement à Madame Lusson et à Monsieur Paradis, le candidat du Bloc Québécois, Monsieur Melchior, affichait une confiance absolue envers son chef, Gilles Duceppe. Mais il n’était pas pour autant à l’abri des charges de ses adversaires. Si le respect à l’égard de Monsieur Duceppe s’étend bien au-delà du clan souverainiste, on ne peut en dire autant du nouveau et redouté porte-parole de l’indépendance du Québec, Pierre-Karl Péladeau. Bien que Monsieur Melchior insiste sur la bonne foi de ce dernier et sur la qualité de son équipe, il a préféré ne pas se prononcer sur sa relation avec les syndicats et sur son empire médiatique et ce, malgré l’insistance de Monsieur Paine. En somme, dès que l’idée de souveraineté a été abordée, une salve de questions, comme on pouvait s’y attendre, a été dirigée vers le candidat du Bloc. À savoir, après la défaite spectaculaire de son parti à la dernière élection fédérale, qu’elle est la pertinence du Bloc à Ottawa ou, encore, comment peut-il servir le Québec s’il ne peut même pas former l’oppo­sition officielle au parlement ? Bien que Monsieur Melchior ait su répondre habilement à chacun, il était tout de même acculé dans le coin par les trois autres candidats.

Monsieur Paine, de Forces et démocratie, jouissait d’une liberté de parole que ne possédaient pas ses concurrents. Manifestement, son chef, Jean-François Fortin, ne lui faisait aucun ombrage. Mais c’est bien parce que Monsieur Fortin, élu par le passé sous la bannière du Bloc, n’est pas connu, pas plus que son organisation politique, tout juste débarquée sur la scène politique, que Monsieur Paine avait le champ libre. S’il a su tirer avantage de cette position, on peut dire qu’il a par contre la gâchette facile. En somme, malgré son indignation courageuse envers la politique actuelle et la justesse de ses arguments, un doute persiste quant à la cohérence générale de son parti et du message qu’il souhaite transmettre. Certes, Forces et démocratie se décrit comme un parti qui sera à l’écoute des citoyens. Mais cela le différencie-t-il vraiment du discours des autres partis qui souhaitent écarter les Conservateurs du pouvoir ? Et, dans le même sillon, il faut se demander si on ne serait pas, encore une fois, en train de diviser le vote progressiste de l’intérieur…

election2015

QUI CROIRE ?

À l’heure d’écrire ces lignes, les sondages annoncent un vote serré. Au Canada, les intentions de vote oscillent autour de 30 % pour les trois grands partis. Au Québec, le NPD mène de quelques points, mais il est talonné par les Libéraux, les Conservateurs et le Bloc. Rien n’est donc joué.

Une remarque importante avant de conclure. Alors qu’on évoque sans cesse le cynisme de la population à l’égard de la classe politique et que le taux de participation des jeunes (18 à 35 ans) aux dernières élections fédérales atteint à peine le seuil des 40 %, le Directeur général des élections du Canada, étrangement, ne semble prendre aucune initiative pour renverser cette tendance. Il y a une raison à cela. Et elle est alarmante. Une loi instaurée par le gouvernement Harper interdit désormais au DGEC de promouvoir et d’encourager la participation des électeurs. Les Conservateurs ont jugé qu’il s’agissait là d’une action partisane ! En vérité, comme le souligne Peter Loewen de l’Université de Toronto, « le principal but des formations poliàtiques, ce n’est pas que les gens votent, c’est que les gens votent pour eux. » Ainsi, le premier ministre Stephen Harper a tout à gagner en bâillonnant de la sorte notre démocratie.

Enfin, même si, comme disait Winston Churchill, on ne ment jamais autant qu’après la chasse, pendant la guerre et avant les élections, je vous invite tous et sans exception à prendre position et à exercer votre droit de vote. Car, parallèlement aux enjeux soulevés et débattus par nos quatre valeureux candidats, c’est aussi l’esprit de notre démocratie qui sera en jeu le 19 octobre prochain.

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