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D’une génération à l’autre

Outre qu’elle s’illustre à la course à pied, Louise Voghel, de Pigeon Hill, enseigne également l’éducation physique au primaire. Depuis 1976, elle a enseigné à Saint-Armand quelques années, mais c’est à Farnham principalement que s’est déroulée la majorité de sa carrière de professeur. Donc, pour faire suite à l’entretien avec Gilles Martel sur les différentes générations qui se sont succédées dans une école secondaire d’ici, Mme Voghel explique ce qu’elle a pu observer, de son côté, dans une école primaire de la région.

Tout d’abord, pour bien saisir la portée des propos et des observations de Mme Voghel, il y a, dans un premier temps, deux distinctions à faire, la première étant qu’il y a un important clivage entre la nature des élèves du primaire et celle des élèves du secondaire. Comme cela a été mentionné dans le précédent article, l’adolescence est la période charnière où les jeunes individus entrent en crise et en contact avec le monde auquel ils appartiennent. Or, l’enfance caractéristique aux années du primaire, sans nécessairement être ce temps idyllique où tout est naïveté et innocence, est plutôt le moment où tout ce qui explose à l’adolescence est en gestation.

La seconde distinction à faire, poursuit Louise Voghel, consiste à noter que, malgré la proximité entre Farnham et Saint-Armand, les conditions sociales n’y sont pas les mêmes. En d’autres mots, selon Mme Voghel, Farham est non seulement un milieu moins nanti que Saint-Armand, mais un endroit où la pauvreté est grandissante.

Ainsi,  aux yeux d’une professeure en éducation physique, cela se reflète a priori dans l’alimentation des jeunes. Bien que l’arrivée des cafétérias dans les écoles primaires vers le début des années 90, tout comme l’entrée en scène des micro-ondes et des repas surgelés marquent la déresponsabilisation des parents à l’égard de l’alimentation de leurs enfants, Mme Voghel, en donnant l’exemple du sandwich au baloney, avance que, à toutes les époques, malnutrition et pauvreté ont cohabité.

Toutefois, une donnée nouvelle différencie les jeunes élèves d’auparavant et ceux d’aujourd’hui : il s’agit, bien sûr, de l’influence de la télévision et des jeux vidéo. Ces derniers modèlent l’imaginaire des jeunes d’aujourd’hui au point où la nécessité de contraintes et de restrictions se fait de plus en plus sentir. En ce sens, Mme Voghel mentionne particulièrement les jeux de gymnastique et de poursuite où, parfois, les jeunes se blessent en croyant qu’ils sont des super-héros.   En ce qui concerne l’effort physique, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Louise Voghel affirme qu’en général, les élèves de la présente génération ont moins peur de l’effort que ceux des décennies passées. La popularité du soccer auprès des jeunes d’aujourd’hui en serait, entre autres, l’un des exemples clés.

D’un point de vue sociologique, certains changements comportementaux, que l’on peut observer entre les jeunes d’avant et ceux d’aujourd’hui, sont le reflet évident des avancées et des reculs de notre société. Par exemple, mentionne Mme Voghel, la dichotomie entre filles et garçons est beaucoup moins importante de nos jours qu’elle l’était lors de ses premières années d’enseignement. De plus, la conscientisation des jeunes à l’égard de l’environnement et de leur santé s’est accrue de façon considérable. Cependant, la professeure remarque que certaines pressions sociales, aujourd’hui, poussent les jeunes à vouloir sortir prématurément de l’enfance. Elle sation des jeunes filles qui, encore enfants, se maquillent et s’habillent comme des demoiselles.

Devant ce qu’on pourrait appeler un certain désenchantement de l’enfance au profit de la vie adulte, Louise Voghel affirme : « Il faut que jeunesse se passe. » Ainsi, elle s’inscrit en faux contre l’idée reçue selon laquelle on n’a plus les jeunes qu’on avait car, selon elle, les jeunes, par le fait qu’ils sont jeunes, sont toujours aussi sensibles, aptes et disponibles à l’émerveillement. Un émerveillement qu’il faut stimuler, un appétit de vivre qu’il faut nourrir. La professeure conclut en disant que, heureusement, « l’enfance reste et restera l’enfance ».

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