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Catherine Lauda ou la dualité fusionnelle

Sylvie Bouchard

Pour débuter cette nouvelle année, j’ai eu l’immense plaisir de rencontrer Catherine Lauda dans son atelier à Frelighsburg.

Artiste dans le domaine des métiers d’art contemporains, Catherine utilise le verre fusionné pour créer ses bijoux et ses objets d’art. Cette technique de la famille des métiers d’art du verre consiste à assembler par superposition des morceaux de verre collés à froid, puis à porter l’ensemble dans un four à son point de fusion pour former une seule pièce homogène. Mais, trêve de technique, j’aimerais partager avec vous son parcours d’artiste, pour l’ajouter tel un chaînon, comme il va de soi dans cette rubrique. Catherine est née à Montréal, d’une mère québécoise et d’un père tchèque, deux pôles d’influence qui se fusionnent profondément en elle. Sa mère lui infuse la sensibilité et la faculté de saisir l’instant présent, alors que son père lui transmet la curiosité dans toutes les formes d’expression artistique. Elle vit une enfance et une adolescence plutôt nomades, se promenant de la ville à la campagne, de Montréal au Vermont, du Québec à l’Iran. Les hivers se passent en ville avec son père, artiste, muraliste et graphiste à Radio-Canada. Enfant unique et solitaire, elle s’évade souvent dans son imaginaire, en dessinant et bricolant. Elle admet que la liberté totale d’expression et le souci du travail bien fait que lui a inculqués son père influenceront toute sa carrière artistique. Elle l’accompagne souvent à Radio-Canada, dans les ateliers de production où elle peut voir et toucher les costumes et accessoires de Bobino, Fanfreluche, La Ribouldingue, La boîte à surprise, Picolo, Marie Quat’Poches, Picotine, Bidule de Tarmacadam, Le pirate Maboule, Sol et Gobelet, Major Plum Pouding et Grujot et Délicat. De quoi la motiver à créer les objets de ses rêveries enfantines.

Et puis, reviennent les étés, merveilleux dans la nature qui les entoure, la découverte de mille et une fibres animales et végétales, dans la lumière et la chaleur qui les enveloppent.

À l’adolescence, Catherine réussit mal à l’école. Son attention est ailleurs. Elle décide finalement d’aller explorer les arts plastiques au Cégep du Vieux-Montréal, puis ses études universitaires en arts seront interrompues par la naissance de ses deux garçons, Ian, poète, et Jean-François, peintre et musicien, qui poursuivent aujourd’hui la tradition artistique des Lauda.

Les années s’écoulent à prendre soin de ses enfants et à meubler le peu de temps qui lui reste à l’exploration de tout ce qui brille à ses yeux. Sa bibliothèque de livres d’art, son bien le plus précieux, la suit à travers ses nombreux déménagements. Elle développe son savoir-faire par la lecture et par la reproduction des formes d’art et des techniques qui l’intéressent : art pariétal, estampes japonaises, miniatures persanes, icônes médiévales, sculptures sur os, coiffes amérindiennes, costumes des ballets russes, etc. Cette quête autodidacte est ponctuée d’ateliers de dessin de modèles vivants et de quelques rares sorties, dont des visites répétées chez Marshall, rue Sainte-Catherine, ce grand magasin de quatre étages rempli de tissus, de patrons, de fils, de boutons, de rubans que toutes les couturières aguerries fréquentaient entre les années 1950 et 1990. Catherine évoque cette période comme étant fondamentale dans sa détermination de vouloir vivre de ce qui est fait de ses mains. La séparation, la trentaine, que faire ? Les constantes dans ses explorations : la chapellerie, la joaillerie. Chapeau d’époque avec tulle, chapeau en forme de nef, tel un bijou en émaux cloisonnés bleu azur, chapeau de mousquetaire… Elle emballe tout et, armée de son courage, elle cogne à la porte du costumier François Barbeau.

Du coup, il lui offre l’opportunité de devenir « apprentie fantôme » pour l’élaboration des productions des étudiants de l’École nationale de théâtre, à la seule condition qu’elle assiste assidûment aux ateliers de dessin. Une occasion en or pour une autodidacte, chapelière naïve, mais très déterminée !

De fil en aiguille, au gré des contacts qui se multiplient, les contrats pour le Cirque du Soleil affluent. Elle fait partie des premiers artisans du rêve. Le Cirque réinventé, Alegria, Dralion, Saltimbanco et Mystère sont parmi les productions auxquelles elle participe comme conceptrice de chapeaux et de parures aux couleurs et aux textures incomparables. Tout en poursuivant son travail au Cirque, elle réussit à créer des accessoires pour des productions en théâtre expérimental et pour des spectacles d’envergure internationale.

Puis, le surmenage et les ateliers de production un peu trop encadrés et rigides pour son esprit indépendant la ramènent à elle-même : quoi faire pour développer son individualité créatrice et vivre de son savoir-faire ? Sa soif de la nature la conduit aux sculptures de jardins. En général, pour Catherine, la couleur n’émerge pas des pigments et des pinceaux. Elle est plutôt transmise par les textiles, les paillettes, les plumes. Alors, comment infuser de la couleur dans cette œuvre en métal qu’elle vient de modeler?Elle court au premier magasin de fournitures de verre et s’informe auprès du proprio qui lui conseille le verre fusion. Après un bref apprentissage de la technique, elle est engagée et devient bientôt conceptrice de vitraux pour l’entreprise. Elle ouvre ensuite son propre atelier-boutique sur le Plateau.

Cependant, elle étouffe en ville. L’appel de la nature de ses étés d’enfance se fait entendre à nouveau. Elle accepte l’offre généreuse d’hébergement de sa tante à East-Farnham pour deux ans. Elle s’isole à la campagne pour élaborer ses productions en verre fusionné, qui sont destinées au Salon des métiers d’art de Montréal. Lors d’une exposition au jardin botanique, elle fait la rencontre de Michel Viala et de Sara Mills, coorganisateurs de la Tournée des 20, qui l’invitent à participer à l’évènement en 2008. L’année suivante, elle décide de louer le presbytère de Frelighsburg et rencontre peu après l’élu de son cœur, Benoît Paquet, maitre verrier de notre région.

Pour clore cette belle matinée d’échanges artistiques, j’ai demandé à Catherine comment elle envisageait son avenir de créatrice. Elle a tourné ses beaux yeux vers la grande fenêtre de l’atelier qu’elle partage avec Benoît, dans la forêt du versant ouest du Mont Pinacle, et m’a répondu en souriant : comme une fusion de toutes mes explorations !

À la fenêtre de l’atelier se trouvait tout son univers : cheval de fil métallique panaché de deux plumes, os de bassin abritant le nid d’une relique vitrifiée, oiseaux de petites pépites de verre multicolore survolant le ciel gris et enneigé. Et, dans la nature là-bas, derrière la fenêtre… un petit vison qui ondulait entre les branches.

Vous êtes invités à consulter son site internet  : http://www.catherinelauda.com

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