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- Mot du président -

Dans nos corps

Éric Madsen

Hier soir, avant d’aller au lit, je me suis surexposé aux hexamétaphosphates de calcium. Effectivement, j’avais mis trop de dentifrice sur ma brosse à dent.

La veille, au souper, j’avais ingurgité quantité de glutamate monosodique ainsi que de l’inosinate disodique ; j’étais légèrement grippé, une soupe à l’oignon en sachet faisait l’affaire. J’ai ajouté à cela un peu de maltodextrine et du guanylate, tous deux contenus dans des craquelins Grissol omega-3. C’est sans compter les acides citriques et phosphoriques d’un verre de cola mélangé à du rhum cubain, pour me knockouter pour la nuit. Le lendemain matin, je ne regardais plus mes céréales de la même façon. Sans le savoir et ce, tous les jours, dépendamment de notre alimentation, nous ingurgitons une quantité astronomique de produits chimiques ou de substances à tout le moins trafiquées. C’en est presque épeurant. Manger un bon roteux all-dress à la cantine du coin doit relever du cauchemar. Pain fait de farine transgénique, saucisse faite de substitut de viande, condiments de monochépasquoi. Et pourtant, on y retourne (peut-être moins souvent). Après ça, on s’étonnera que les jeunes filles de 13 ans ont des formes de femmes mûres, que les garçons chaussent des 14, et que nos hormones s’emballent. On ne sait plus ce qu’il y a réellement dans nos assiettes. Ce très bon steak cuit avec amour sur mon « charcoal », de quelle partie du monde vient-il ? Comment la bête a-t-elle  été élevée ? Quels antibio tiques lui a-t-on donné ? En fin de compte, on ne veut pas le savoir. Tout ce qu’on veut, c’est manger en paix. Oui mais, quand on commence à lire tout ce que Santé Canada oblige les fabricants de produits alimentaires à inscrire sur leurs emballages, quand on se questionne sur telle ou telle cochonnerie en -ique ou -ate, on est en droit de se poser des questions. Même constat pour les produits dits d’hygiène : moi qui aimais mon shampooing, pas sûr que je vais continuer à me mettre ça sur la tête encore longtemps. Et que dire des produits de nettoyage domestiques (vos mains trempent dedans, clamait la publicité) qui provoquent de plus en plus d’allergies chez des gens en parfaite santé ? Sans oublier toutes ces ondes électriques que produisent nos appareils  ménagers, nos téléviseurs, nos ordinateurs et, maintenant, nos cellulaires, qui interfèrent avec nos neurones.

Bon ben cout’donc, vous auriez pas une grotte à me louer ?

N’empêche, à force d’accumulation ça commence a faire un jolie tas. Si, par exemple, j’empilais tout le sucre ingurgité dans ma vie, je pourrais peut-être mettre mes skis et descendre l’amas. Il ne m’est d’aucune utilité de quantifier les tonnes de nourritures qu’il m’aura fallu avaler pour subsister jusqu’à ce jour, sinon de me permettre de prendre conscience de la quantité faramineuse de molécules industrielles qui ont circulé dans mon corps. À moins de virer complètement granola, de manger vivant, en symbiose macrobiotique avec le tofu et la germination, pratiquer le Reiki et du Treillis cosmique, essayer le Turiya, faire des mandalas, activer ma Conscience-énergie, pratiquer la kinésiologie de reprogrammation, suivre les enseignements de Ramtha, faire de l’homéopathie fractale, ou suivre une formation de deux jours sur la réharmonisation de ma vibration archangélique, si je veux vivre vieux, il me faut dire adieu aux bigmacs (que je ne mange presque jamais) et autres délicieuses poutines.

J’ai déjà fait un bout de chemin dans ce sens. Aujourd’hui, jour trente-trois sans benzène, arsenic, plomb, goudron et autres horreurs dans la Player’s Light.

Va savoir ce qu’il y a dans nos corps…

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