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Bouger ou chronique évasive d’un autre 1er juillet

Christian Guay-Poliquin

illustration : http://www.osteolaval.ca

Les Québécois déménagent beaucoup, c’est connu. Chaque année, les étrangers qui passent le 1er juillet à Montréal s’en étonnent. Pourquoi tant de monde ? Pourquoi tous en même temps ? Des réponses de toutes sortes s’agitent dans la bouche des gens. Loi municipale, convention tacite, désir de changement, crise identitaire nationale… Les Québécois déménagent beaucoup, c’est connu. Mais de quels Québécois au juste est-il question ? Les vieux ? Non, pas souvent. Les baby-boomers ? Oui et non.  Il s’agit plus souvent d’achat et de vente. Les jeunes ? Peut-être. À peu près tous des salariés, des étudiants, des « pas d’ici », et surtout, des locataires.

Depuis quand les Québécois déménagent-ils autant ? Quelques décennies à peine. Mais, à la fois depuis très longtemps. Le Québec, en quelque sorte, a toujours été un peuple de locataires. Et malgré tout, ce mouvement un peu schizophrénique vient mettre un peu d’ambiance pour la belle et grande fête du Canada du 1er juillet.  Qu’est-ce que déménager s’il ne s’agit pas de « crisser » son camp ? De partir ? De s’en aller loin de… ?De commencer quelque chose d’autre ? Aller ailleurs. Murs sales, murs blancs. Peinture, ménage. Nouvelle adresse, nouveau quartier.  Boîtes de carton. Silence.  Même reflet dans le miroir.

En fait, en dehors de la pizza et de la bière, il y a quelque chose de très littéraire dans le fait de déménager. L’écho des murs vides rappelle la fin de chapitre et la page tournée. La page blanche aussi. Où tout est possible. Et où, souvent, rien ne se passe. Où tout continue, avec ou sans nous.

De chambre en chambre. De ruelle en ruelle. De balcon à balcon. On déménage parce qu’on a de l’argent. On déménage avec l’être aimé. On déménage parce qu’on a moins d’argent. On déménage avec des amis. On déménage pour changer d’étage. On déménage pour avoir de nouveaux voisins. On déménage, le cœur brisé. On déménage parce qu’on devient vieux. On déménage dans une autre ville. On déménage seul. On déménage pour un nouvel emploi. On déménage tout le temps.

Puis, on déménage pour faire changement. Parce qu’on aime le mouvement. Parce qu’on sait pas trop, mais c’est pas grave. Parce qu’il y a toujours de bonnes raisons. Parce que c’est comme ça. Ainsi, on déménage sans se poser de question. On refait et redéfait sa vie en quelques boîtes. On se rend compte qu’on a trop de choses. Puis, pas tant que ça. Que notre vie tient dans un cube de 16 pieds qui peut faire un accident à tout moment, ou continuer sa route longtemps, très longtemps.

De toute façon, la vie rapetisse. Ou, du moins, se dématérialise. Disques, album photos et réseaux sociaux tiennent maintenant dans le virtuel. Les souvenirs d’une vie entière peuvent loger dans une valise. Malgré l’inévitable besoin de quelques paires de bras, souvent les mêmes, on a l’impression que changer de lieu implique de moins en moins de conséquences. « Mon nouveau numéro de téléphone, c’est le… » Eh non, maintenant il y a les cellulaires.

— On déménage.

— Encore ? Bon, pourquoi pas.

On déménage, c’est une question d’humeur. D’ailleurs c’est fou comme on peut rapidement consommer un endroit. On se tanne si vite quand on veut tout en même temps.

— Je crois qu’on a épuisé ce que nous avions à vivre ici, il faut partir.

— Ah oui ? Je n’avais pas pensé.

— C’est parce qu’on a vraiment besoin de changement et de nouveauté.

C’est ainsi, même si on n’y pense pas vraiment, on déménage quand même. On déménage encore. On bouge pour se donner contenance ? Peut-être, sans se l’avouer.   Tout comme quelques heures d’autoroute, à 130 à l’heure, parfois, peuvent nous donner  vraiment l’impression d’avancer…

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