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Réouverture de la ferme expérimentale de Frelighsburg

Un mandat nouveau et ambitieux, certes, mais les ressources seront-elles à la hauteur ?
Christian Tremblay

Fondé en 1969, le centre de recherche d’Agriculture Canada, situé sur une terre d’une centaine d’hectares à Frelighsburg, a été fermé par le gouvernement Harper en 2012. Il rouvrira ses portes le 1er avril. Cette décision a été annoncée le 2 décembre dernier, sur le site même de la ferme, par le ministre fédéral d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, Lawrence MacAulay, en présence de Pierre Paradis, alors ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec et de son frère, Denis Paradis, député fédéral du comté.

Véritable cadeau de Noël offert par Denis Paradis, cette décision inattendue a pris tout le monde par surprise. Ni le comité de relance, formé par Denis Paradis quelques mois plus tôt (dont faisait partie, notamment, le maire de Frelighsburg), ni les gens du ministère fédéral concerné au niveau local, ni les organismes locaux qui avaient manifesté leur intérêt pour ce site abandonné, bref personne, ne s’attendait à une telle annonce.

Avec un investissement initial de deux millions pour retaper les infrastructures passablement délabrées de la ferme et un budget annuel d’un demi-million, le ministre canadien de l’Agriculture prévoit donner au centre de recherche un mandat « élargi, nouveau et adapté aux besoins actuels », qui tient compte, notamment, de la nécessité d’adapter l’agriculture aux effets bien réels des changements climatiques.

On demande donc aux chercheurs de mettre au point de nouvelles techniques agricoles visant à protéger les ressources en eau et en terres, en limitant notamment l’usage de pesticides et fertilisants polluants grâce à l’implantation de modes de production agricole « innovants » qui assureraient un développement durable ainsi que la protection de l’environnement. Les approches de biovigilance et d’horticulture de précision ont, entre autres choses, été évoquées (voir encadré Biovigilance et horticulture de précision). On désire également que ces recherches « innovantes » et « de calibre mondial » tirent parti d’une saine collaboration avec les autorités québécoises et celles de l’état du Vermont. On souhaite impliquer, des deux côtés de la frontière, aussi bien les universités que les producteurs et leurs associations. Bref, la commande est de taille et a certes de quoi réjouir, mais il est loin d’être acquis que les gouvernements de M. Couillard et de M. Trump embarqueront dans la farandole.

En plus de préserver la mission originale de la ferme expérimentale, soit la recherche en matière de culture de la pomme, de la vigne et de baies – bleuet, fraise, framboise, etc. – on envisage d’élargir le mandat pour inclure également les grandes cultures de maïs et de soya, deux produits essentiellement destinés à l’alimentation animale. Cette nouvelle orientation est plutôt étonnante étant donné que les terres de la ferme de Frelighsburg ne sont pas particulièrement propices à ce type de culture. Ses parcelles sont essentiellement vouées à la production fruitière qui, selon nos informations, ont été entretenues par la société Hortinove au cours des dernières années, de telle sorte qu’elles sont encore, généralement, dans un état permettant une reprise des travaux de recherche à cet égard.

Le ministre MacAulay a par ailleurs fait remarquer que la nouvelle mission du centre, dont l’adaptation aux changements climatiques, implique une collaboration avec Environnement Canada (EC). Or, il se trouve que 33 des 133 hectares que comptait à l’origine la ferme expérimentale ont été cédés à EC au moment de la fermeture du centre de recherche en 2012. Ce ministère y maintient divers appareils de mesure cumulant les données climatiques.

Lors de l’annonce de la réouverture de la ferme, le 2 décembre dernier, le député fédéral Denis Paradis insistait pour que les recherches du centre de Frelighsburg portent également sur la gestion de l’eau, évoquant notamment le lac Champlain, lourdement pollué par les cyanobactéries, de part et d’autre de la frontière. Peut-on supposer qu’il avait en tête la mise en œuvre de stratégies visant à réduire significativement les apports en phosphore de source agricole, cause clairement identifiée de la prolifération des algues bleu-vert ? Son frère Pierre, alors ministre provincial de l’Agriculture, a assuré que son ministère participerait activement à cet aspect des recherches. On peut se demander aujourd’hui si le gouvernement de Philippe Couillard partage l’enthousiasme que manifestait Pierre Paradis en décembre dernier et si le nouveau ministre de l’Agriculture entend donner suite aux promesses de l’ancien.

Alain Houde, directeur du service Recherche, développement et technologie pour Agriculture et Agroalimentaire Canada à Saint-Hyacinthe, est responsable de la réouverture et des nouvelles recherches qui seront menées à la ferme expérimentale de Frelighsburg. Il confirme que les deux millions prévus pour la mise à niveau des infrastructures seront dépensés en totalité cette année. Il ne prévoit cependant pas l’embauche de nouveaux chercheurs ou techniciens pour mener ou superviser les recherches qui s’y feront. Il semble estimer que le personnel actuellement basé au centre de recherche de Saint-Jean pourra assumer ces nouvelles responsabilités. En fait, il nous a semblé qu’il était lui-même un peu pris de court par l’annonce surprise de cette réouverture.

Nous aurons certes l’occasion de suivre la renaissance et les nouvelles aventures de la ferme expérimentale au cours des prochains mois.

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