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En passant par Philipsburg, en cette fin d’été…

Une lettre ouverte de Claude Benoît
Claude Benoît

Chaque fois que j’en ai l’occasion, me rendant à Saint-Armand, je me permets un détour par l’ancienne route 7. Ça fait du bien de quitter la 133, sa circulation inquiétante, ses commerces asphaltés ou poussiéreux, ses champs sans limites cultivés d’un fossé à l’autre.

Sous un dôme de peupliers majestueux, je prends mon temps. Je longe alors des pâturages aux verts infinis, découpés d’une multitude de haies de frênes et d’ormes où paissent paisiblement Ayrshires, Holsteins ou Herefords et gambadent leurs petits. J’imagine parfois que je traverse l’Irlande ou la Bretagne. Arrivé près de la baie, il m’arrive de m’asseoir sur une roche pour savourer quelques instants un vent d’ouest ou un coucher de soleil. Je me promets chaque fois d’y descendre en canot, pour l’agrément, le calme, le paysage saisissant de ce village où, de l’aulne le plus humble à l’orme unique, en passant par les lys tigrés flamboyants, les arbustes, fleurs et arbres règnent. Je me remémore mes randonnées hivernales sur cette plaine blanche agrémentée de cabanes multicolores, envahie de pêcheurs petits et grands aux joues colorées et aux cheveux ébouriffés. Je pense souvent que dans un milieu si minuscule, on retrouve certainement une proportion record de gens sensibles à la beauté de la nature.

Ainsi, une famille d’agriculteurs a cédé une magnifique forêt d’érables rouges pour en faire une réserve écologique ; un entrepreneur a réduit une partie de son camping pour établir un refuge pour la tortue molle à épine, avec un sentier d’interprétation entretenu par une dizaine de bénévoles du village. Sans oublier enfin, le sanctuaire d’oiseaux qui, partant de la baie et montant vers l’est dans les collines de Saint-Armand, est reconnu pour la richesse de sa flore et de sa faune. Sa création date d’une époque où l’écologie était un terme inconnu, alors qu’un grand nombre d’agriculteurs, de forestiers, de villageois ont « asservi » leur propriété pour le créer.

Avant de tourner vers l’est en direction de Saint-Armand, je ne peux pas ne pas penser au problème d’approvisionnement en eau, en observant l’édifice abritant les réservoirs. Il y a vraiment là une situation qui pourrait décourager les plus optimistes. Pas à Philipsburg ! Un groupe environnemental regroupant des citoyens de tous les villages ceinturant la baie travaille depuis quinze ans pour que l’eau de la baie retrouve sa qualité ; des villageois se sont mobilisés pour que le village se dote d’installations septiques efficaces ; la municipalité a commencé l’érection d’une clôture avec la collaboration du propriétaire le long du ruisseau desservant l’usine de traitement des eaux usées ; un regroupement d’élus, d’agriculteurs, d’environnementalistes et d’entrepreneurs de la portion québécoise du bassin versant de la baie se concertent pour mettre en place des solutions. Il faut dire qu’au Vermont des actions similaires se mènent pour que la situation s’améliore d’ici l’année 2009, quadricentenaire de la « découverte » du lac Champlain par Samuel.

Poursuivant vers Saint-Armand, je suis sensible à la qualité des édifices côtoyés, certains rénovés récemment, d’autres bien conservés depuis longtemps. On rencontre quelques églises et commerces attrayants sans être provocants. Plusieurs maisons abritent des familles grouillantes de vie, d’autres des retraités au regard fier. L’ancienne école située stratégiquement au coin du boulevard achalandé ne s’est pas transformée en bar de danseuses ou de gaz…

Me rapprochant de ma destination, il me semble que l’agriculture est pratiquée d’une façon humaine. Est-ce que ces agriculteurs parviennent à rentabiliser ces pratiques moins exploitantes du sol ? L’observation des champs vallonnés verdoyants ou dorés me confirme que les gens d’ici se ressemblent. Que l’on soit agriculteur ou villageois, de Philipsburg ou de Saint-Armand, on y est parce qu’on s’y sent bien, et qu’il est possible d’y vivre. Notre préoccupation est de conserver ce milieu afin que nos enfants puissent y vivre également s’ils le désirent.

Certes, certains édifices sont tombés sous le pic du démolisseur, alors que pour d’autres, le temps et l’abandon ont fait leur œuvre, ne laissant que des ruines. De nouvelles constructions ont été érigées. Des arbres furent abattus. Dans les villages, près des ruisseaux et un peu partout d’autres ont été replantés suite à des initiatives personnelles ou collectives. Prévoyant la fin possible des peupliers, des gens préparent la continuité de cette belle haie si accueillante. N’est-ce pas le cours normal des choses ; la vie d’un arbre, ou d’un bâtiment, un jour sera peut-être révolue.

Une haie conservée, d’autres en croissance ; une baie où les efforts pour améliorer la qualité de l’eau se multiplient ; des constructions attrayantes érigées ou conservées parce qu’elles ont un usage ; des commerces sympathiques ; des fermes qui voient leur rentabilité dans une vision de continuité ; c’est ce qui fera que pendant encore longtemps les promeneurs comme les résidents continueront avec bonheur de faire le détour par la vieille route 7, passeront par Philipsburg et Saint-Armand, s’arrêteront pour quelques instants ou y demeureront encore longtemps…

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