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- L'horloge du chemin -

L’horloge du chemin de Chambly

Troisième partie de l’histoire de la famille Demers
Robert Demers

Photo de la grande horloge

En 1830, la loi sur la milice est à nouveau modifiée. Toutes les commissions sont abrogées et de nouvelles sont allouées. François Demers quitte le bataillon de Boucherville, lequel disparaît au profit du 1er bataillon du comté de Chambly. Il obtient la commission de capitaine et figure maintenant parmi les premiers officiers de son bataillon. Il faisait partie de ceux qui avaient demandé des explications à Edme Henry sur les nominations des officiers de la milice. Ce dernier s’inspira de ces critiques pour faire des recommandations au gouverneur Sir George Prevost. Hélas, celui-ci n’aura pas le temps de les mettre en œuvre puisqu’il sera rappelé à Londres au début de 1815. Les modifications à la loi de la milice traineront en longueur et la nomination de François Demers en 1830 comme capitaine sera l’aboutissement de quarante ans dans la milice. Il en est très fier et, en souvenir de son ancêtre Marie Chedville, il adopte comme surnom celui de « capitaine Chedville », dans le but de le distinguer des autres officiers du nom de Demers, qui sont alors nombreux.

L’horloge

À cette occasion, huit de ses enfants s’entendent pour lui acheter une grande horloge. On va chez Savage, Lyman & Co., qui vient de déménager de la rue Saint-Pierre à la rue Saint-Jacques à Montréal. L’occasion est bonne à tout point de vue. M. Savage leur fera un bon prix, l’offrant à 80$ Ce fut sans doute le plus beau moment de la vie de François Demers, capitaine de la milice et désormais propriétaire de la grande horloge dont il avait toujours rêvé. Celle-ci devint vite populaire : on venait de partout à la ronde pour la voir et l’entendre sonner.

La pandémie

« Voilà le cas que j’en fais, moi, de vos proclamations ». Gravure d’un journal de l’époque

Puis, la maladie vint assombrir la vie de François Demers. Au cours de l’été 1832, le choléra apparaît pour la première fois à Québec, apporté d’Angleterre par des passagers infectés. L’auberge du chemin de Chambly était très exposée à cette maladie contagieuse que transportaient les voyageurs et qui se répandit rapidement à travers toute l’Amérique du Nord. Durant l’été de 1832, en plein cœur de cette terrible pandémie, Charlotte Davignon dit Beauregard, la femme de François Demers, tomba malade. Malgré tous les soins prodigués par le médecin Timothée Kimber et son assistant, Pierre Davignon dit Beauregard, elle mourut le 30 août 1832, à l’âge de 55 ans. Ce fut un grand chagrin et un désastre pour François. Ses enfants avaient tous quitté la maison, sa femme venait de décéder et il se retrouvait seul. Il alla trouver son fils aîné Alexis qui s’était établi à Saint-Jean Chrysostome et proposa qu’il prenne en mains l’auberge et la ferme. Avec sa femme et ses enfants, ils pourraient facilement s’en occuper. C’était une belle entreprise qu’il connaissait bien, d’autant plus que son père François l’aiderait à la gérer. C’est ainsi qu’Alexis Demers et sa famille retournèrent s’établir sur le chemin de Chambly. Alexis était aux oiseaux devant la perspective, en tant qu’ainé, d’hériter de la ferme, suivant la coutume. Désormais aubergistes, sa femme et lui la prirent rapidement en mains ainsi que l’auberge. François, qui s’occupait de recevoir les voyageurs, leur laissait les coudées franches. La plupart du temps, il les connaissait, soit parce qu’ils étaient parents, soit parce qu’ils avaient combattu ensemble lors de la guerre de 1812. Il bredouillait un peu d’anglais, appris au contact des militaires, chose utile car les militaires de l’armée britannique circulaient fréquemment sur le chemin de Chambly pour se rendre au fort. François Demers adorait montrer la grande horloge aux nouveaux venus chaque fois que l’occasion se présentait.

La démission

Dans la famille Demers, on s’est toujours occupé de politique. François était bien au courant de ce qui se tramait à l’Assemblée législative. C’était un organisateur du Parti Canadien populaire auprès de la classe agricole.  Par la suite, il fut organisateur au Parti patriote. Par ses contacts comme aubergiste, par ceux qu’il avait comme capitaine de milice, il connaissait le débat important qui était né entre le gouverneur et l’Assemblée des députés. La Grande-Bretagne avait refusé d’entériner les résolutions de l’Assemblée, qui réclamait un gouvernement responsable. En réponse, la Grande-Bretagne avait, avec les résolutions Russell, enlevé le contrôle des revenus à l’Assemblée du Bas-Canada. Le 15 juin 1837, craignant que les assemblées de plus en plus violentes organisées par le Parti patriote finissent par des émeutes, le gouverneur Archibald Acheson Gosford émet une ordonnance de l’exécutif interdisant celles-ci et ordonne aux officiers de la milice de la lire à la porte de l’église de leur paroisse. François Demers savait que cette ordonnance allait être émise et il était bien décidé à ne pas contribuer à museler le peuple. Avec une grande tristesse, le jour même de son adoption, il se rendit au quartier général de la milice et remit sa démission comme capitaine. Ainsi, à 64 ans, se terminait sa carrière d’officier de la milice canadienne.

L’Assemblée des six-comtés

L’Assemblée des six-comtés à Saint-Charles

Une grande réunion de protestation contre le refus de la Grande-Bretagne d’accorder le gouvernement responsable à l’Assemblée législative du Bas-Canada eut lieu le 23 octobre 1837 à Saint-Charles, au cœur de la vallée du Richelieu. Louis-Joseph Papineau en était l’un des orateurs. François Demers le connaît bien car il était capitaine de la milice lors de la guerre de 1812 et député du comté de Chambly. Cette manifestation réunit 6000 personnes. Tous les Demers étaient sans doute présents à cette assemblée.

 

L’Affaire du chemin de Chambly

une stèle commémorative situés sur le chemin de Chambly relate l’évènement

Le 17 novembre 1837, le médecin Thimothée Kimber arrive en coup de vent à l’auberge. Il raconte à Alexis Demers et à sa femme Josephte Bessette (on l’appelait Josette) que le docteur Joseph-François Davignon dit Beauregard, un cousin d’Alexis par sa mère, la défunte Charlotte Davignon dit Beauregard, et le notaire Pierre-Paul Desmaray, ont été arrêtés à Saint-Jean. Thimothée Kimber  et les Davignon dits Beauregard font partie des médecins qui ont soigné la famille lors de l’épidémie de « choléra-morbus » de 1832. En outre, tout le monde sait que le notaire Pierre-Paul Desmaray est l’un des chefs du Parti patriote. Pour la famille, c’est un drame. Les médecins du Haut-Richelieu s’étaient particulièrement dévoués pendant l’épidémie de choléra.

Un monument commémoratif situé sur le chemin de Chambly relate l’évènement

Du même souffle, Kimber les informe qu’un huissier accompagné de la Royal Montreal Cavalry emmène vers Montréal Davignon et Desmaray enchaînés pour les jeter en prison. Dirigé par Bonaventure Viger, un groupe de patriotes décide de bloquer le convoi sur le chemin de Chambly et de libérer les deux patriotes. Alexis Demers n’hésite pas une minute, il se joint à l’attroupement pour prendre part à l’embuscade. Sur ces entrefaites, le fourgon arrive. Escarmouche et échange de coups de feu suivent. Les patriotes ont le dessus, les prisonniers sont libérés et s’enfuient. Alexis retourne chez lui informer la famille de ces évènements.

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