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- Aînés -- Mot du président -

J’suis inquiet

Éric Madsen

Il y a quelques jours, notre tonitruant ministre de la santé et des services sociaux du Québec, le docteur Gaétan Barrette, nous a offert un spectacle des plus démagogiques et dérangeants qui soient. Inviter ministres et journalistes à déguster les nouveaux repas servis en CHSLD et promettre plus d’argent dans l’assiette de nos ainés n’est pas passé inaperçu, d’accord. Mais de là à en faire un spectacle médiatique, il me semble qu’une petite gêne aurait été de mise. D’autant plus qu’on venait à peine de sortir du « patatenpoudregate ». Honnêtement, sommes-nous capables de préparer un repas sain et appétissant avec les 2,17$ alloués par le ministère ? Pas moi, en tout cas.

Dans une société qui se dit progressiste, aux valeurs sociales élevées, fervente défenderesse des droits de la personne, le traitement que nous réservons aux vieux est pathétique. Comme nous sommes une société vieillissante, l’avenir ne s’annonce pas particulièrement rose. Qu’on grossisse, rationne et monnaye les couches pour incontinents est une aberration, et qu’on fasse du millage politique avec ça, il y a de quoi être dégouté.

Dans certains pays (je pense au Japon) les vieux sont valorisés car on estime qu’ils contribuent de par leur savoir et leur sagesse au bien-être de la communauté. Ailleurs, ils font partie intégrante de la vie sociale. Ici, on les enferme dans des bâtisses parfois mornes, appartenant à des investisseurs pas toujours honnêtes qui engrangent les bénéfices de ce nouvel Eldorado. Et l’État parque les moins fortunés dans des centres amputés de services et au personnel surchargé.

Un de mes proches à fini ses jours dans un CHSLD, et je garde de cette expérience le souvenir d’une personne diminuée, infantilisée, en perte de dignité, bien que toujours autonome. Lors de mes visites, j’avais toujours droit à un beau grand sourire qui semblait me dire : « Enfin ! Sors-moi d’ici… ». Je repartais le cœur brisé.

À contempler le présent, j’suis inquiet pour mon avenir. Le temps fait son œuvre et déjà je souffre de l’âgisme ambiant. À l’aube de la soixantaine, je suis sur la voie d’évitement au travail. Quel entrepreneur veut bien embaucher un « mon’oncle » de 57 ans ? Ne préfère-t-on pas un petit jeune de 25-35 ans, endetté jusqu’au coup, genre yesman, prêt à faire tout ce qu’on lui demande, sans égard aux règles de l’art, à la sécurité sur le chantier, au minimum d’hygiène ?

J’suis inquiet car, si le présent est garant de l’avenir, ça regarde pas trop bien. Au cours des  cinquante dernières années, la médecine a fait des progrès extraordinaires, allongeant de beaucoup l’espérance de vie. Mais si la fin de vie est un calvaire dans l’anonymat le plus total, non merci ! Si l’État se désengage, si le privé exploite, si la société abandonne, si la famille oublie, alors je me demande bien comment nous allons finir… Il y a de quoi s’inquiéter.

 

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