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- Les jeunes à l'oeuvre -

Des maraîchers qui décoiffent

Pierre Lefrançois

Aurélien Pochard et Amélie Bourbonnais aux Jardins du Chat Noir

Ann, Julie, Émilie, Samuel, William, Xavier sont à l’œuvre. Ils créent leurs emplois et développent leur entreprise, s’installent dans notre région et reconfigurent notre environnement. Ils améliorent notre qualité de vie et nous impressionnent.

 Ils sont jeunes, convaincus, débrouillards et ils ont moins de 40 ans ou à peine un peu plus. Nous vous présentons leurs parcours dans cette chronique.

Vous souhaitez faire connaître votre parcours ou celui de jeunes de la région ? Écrivez-nous à journalstarmand@gmail.com

 Il y a quelques années à peine, Amélie Bourbonnais et Aurélien Pochard se voulaient résolument urbains. Leur monde à eux, c’était celui du spectacle. C’est d’ailleurs dans cet univers que le Français a rencontré la Québécoise et qu’il a alors renoncé à retourner en France comme il en avait l’intention à l’origine, pour s’installer au Québec auprès d’elle.

Vient cependant un moment où ils commencent à en avoir assez de la vie de saltimbanques associée au monde du spectacle. Ils ont des envies de campagne, de nature… Ils décident d’étudier en horticulture et font des stages chez des maraîchers bio, notamment aux jardins de Tessa, à Frelighsburg et à la Grelinette, à Saint-Armand. Puis, en 2016, ils trouvent un terrain à Bedford et décident d’y implanter leur propre entreprise maraîchère et d’offrir des paniers bio dans le cadre du programme Fermiers de famille d’Équiterre. C’est ainsi que, en 2017, les Jardins du Chat Noir voient le jour au 30, rue Victoria Nord. Cette année-là, ils produisent des paniers pour 60 familles. Aujourd’hui, la ferme est bien établie, mais Aurélien Pochard s’en est progressivement retiré et c’est principalement la jeune femme qui la gère désormais. C’est qu’il a autre chose en tête.

C’est ici que ça commence à décoiffer

Quand le gouvernement canadien annonce, en 2017, la légalisation de l’usage récréatif du cannabis, cela a donné des idées au jeune homme : cultiver du cannabis bio en pleine terre, à la lumière du soleil et sous la pluie, de manière artisanale, afin d’offrir un produit de créneau. Il a alors rédigé un mémoire à l’intention de Santé-Canada, à qui on venait de confier la mission d’encadrer la culture et la vente du cannabis à des fins récréatives.

En 2018 et 2019, il met au point le concept. « Pour faire mon étude de marché, dit-il, je me suis fait embaucher comme conseiller à la clientèle à la succursale de Granby de la Société québécoise du cannabis (SQDC). Ça m’a permis de voir quels produits étaient offerts, comment le cannabis était cultivé, transformé, emballé et distribué, et par quelles compagnies. J’ai aussi pu découvrir la clientèle, comprendre ce que recherchent les amateurs. J’en ai conclu qu’il y avait une place pour un produit de cannabis bio et artisanal de milieu de gamme. »

Aujourd’hui, il a en poche une lettre d’intention des autorités de la SQDC certifiant que celle-ci lui achètera l’entièreté de sa production, le cas échéant. Il a de plus obtenu l’assurance que son projet serait admissible auprès de Santé-Canada. Il entend commercialiser des fleurs séchées et produire un hachich bio pour les succursales de Saint-Jean, de Granby, de Magog et de Cowansville (qui ouvrira prochainement ses portes). Il a trouvé, à Bedford, un grand champ qui n’a reçu ni engrais chimiques ni pesticides depuis des années, pour lequel il a un bail de 25 ans avec option d’achat.

Pour créer l’entreprise Après la Pluie, il s’est associé à deux autres personnes : Alla Malyezyk, spécialiste des communications pour l’industrie du cannabis, est responsable de l’image de marque et des communications, et Jean-Luc Deschamps (CPA, CA), ex- directeur financier de firmes telles que NewLook, Van Houtte et le Cirque du Soleil, en est le conseiller financier.

Pour mener à terme ce projet, il faudra une serre pour produire les jeunes plants de cannabis et un bâtiment destiné au séchage et au conditionnement des plantes matures. Enfin, le champ en culture devrait être ceinturé par une clôture sécurisée. On parle d’un budget de trois millions de dollars, mais les revenus attendus sont à l’avenant. Aurélien Pochard et son équipe sont actuellement à la recherche de financement, sous la forme de vente d’actions privilégiées, en vue de débuter la construction en 2021 et la production en 2022. Ils estiment que les actions rapporteraient un dividende cumulatif de 10 % par année payé sur une base mensuelle à compter de 2024.

L’entreprise souhaite « ouvrir le projet à des investisseurs socialement responsables, à la recherche d’un rendement intéressant ». Convaincu que le commerce peut rapporter gros, Aurélien Pochard entend s’assurer qu’une bonne part des profits soient investis dans une fiducie vouée à la préservation des terres agricoles et à la protection de l’environnement.

Soulignons que le jeune couple a fait la page couverture du récit graphique de Stéphane Lemardelé, Le nouveau monde paysan au Québec*, publié en 2019, et dont les personnages sont presque tous des gens de notre région, artisans d’une nouvelle agriculture.

* Le nouveau monde paysan au Québec, Stéphane Lemardelé, La Boîte à Bulles, Saint-Auvertin, France, 2019. Voir notre article : https://journalstarmand.com/les-gens-de-pigeon-hill-dans-un-recit-graphique/

 

 

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