Annonce
Annonce
- Chronique botanique d'Armandie -

Les chênaies bicolores de Pike River

Charles Lussier

Charles Lussier lors d’une animation dans une chênaie bicolore de Pike River.  

La région du Haut-Richelieu et de la baie Missisquoi est connue pour ses basses terres argileuses propices aux grandes cultures comme le maïs et le soya. Dans la portion Est de celles du Saint-Laurent, la géomorphologie des embouchures des rivières et ruisseaux d’importance favorise la formation de marécages, de marais, de plaines inondables ou d’autres berges argileuses colonisées par nos grandes érablières argentées. En outre, les lisières de ces milieux humides constituent également l’habitat du chêne bicolore (Quercus bicolor, Willdenow), nommé aussi « chêne bleu » ou, en anglais, swamp white oak. On trouve six petites colonies de cette espèce sur les rives des terres situées sur les deux derniers kilomètres précédant l’embouchure de la rivière aux Brochets ; le nombre d’arbres n’y dépasse pas les 200.

Il y a au Québec quatre espèces de chênes indigènes, soit le chêne rouge (Q. rubra L.), aux feuilles à lobes pointus et trois autres espèces, du groupe des chênes blancs, qui portent des feuilles à lobes arrondis. Le plus commun de ces trois derniers est le chêne à gros fruits (Q. macrocarpa Michaux), qu’on retrouve sur les terrasses riveraines légèrement surélevées, comme à Notre-Dame-de-Stanbridge, notamment dans le corridor du ruisseau Morpions. Vient ensuite le véritable chêne blanc (Q. Alba Linnaeus) avec ses feuilles plus épaisses, d’un vert souvent plus foncé, qui occupe des sites plus secs, à sols sablonneux, comme ceux qui se trouvent à l’est de la baie Missisquoi. Son bois, à la fois dense et flexible était autrefois prisé dans la construction navale.

Enfin, citons le chêne bicolore, un arbre qui peut atteindre 22 mètres. Son écorce est foncée, écaillée en jeune âge, tandis que ses rameaux robustes et ses bourgeons sont glabres. Les lobes arrondis de ses feuilles sont séparés par des sinus peu profonds ou grossièrement sinués ; le dessus est vert foncé, lustré, comme plastifié. Ses glands ont de 2 à 3 cm de longueur et se présentent souvent par paires, attachés à des pédoncules de 2 à 10 cm. Peu ou pas frangées, ses cupules recouvrent la moitié ou le tiers du gland. La fructification a lieu en août et en septembre.  En forêt, on le reconnait facilement au port courbé de ses branches et à la couleur lustrée de son feuillage.

Les six colonies sont situées au sud du domaine Larochelle jusqu’à 1,5 km avant l’embouchure de la rivière aux Brochets, celle de Pike River étant la dernière au sud-est de la province. La description de ces chênaies bicolores constitue le premier inventaire forestier assez détaillé de l’histoire de Brome-Missisquoi. L’été 1732, l’arpenteur J.-B. Lefebvre dit Angers se rend au lac Champlain dans le but de dresser la carte des seigneuries et terres qui l’entourent. Il y observe « des chesnières d’une étendue considérable ». En 1733, l’intendant Hocquart envoie Médard Valette de Chevigny, écrivain ordinaire de la Marine, David Corbin, maître charpentier du roi, Germain Langlois, Jean Mandeville, « habitans de Sorelle » et deux autres charpentiers marquer les arbres pour la construction de vaisseaux au chantier naval de Québec.

Le 9 novembre, ils arrivent à la rivière « du Brochet pour la remonter sur une lieue de haut ». Ils y observent « quelques chênes blancs clairsemés dans une lisière d’environ deux arpents de large ». Ce site riverain correspond aux environs de l’actuelle marina Langlois et du ruisseau Castor. Selon la description qu’ils en font, il s’agit de chênes bicolores. Ces colonies étaient sûrement plus importantes que nos 200 arbres d’aujourd’hui.

À Saint-Georges-de-Clarenceville, à l’embouchure du ruisseau East Swamp, on trouve aussi une chênaie bicolore qui constitue un écosystème forestier exceptionnel (EFE no 355) selon les normes du Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP).

Depuis 2007, à Pike River et à Notre-Dame-de-Stanbridge, mon entreprise, CLG AGFOR, a planté près de 200 chênes bicolores sur les rives de la rivière aux Brochets et du ruisseau Ewing en partenariat avec l’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi et l’ex-Coopérative de Solidarité du bassin versant de la rivière aux Brochets. Le site agroforestier expérimental du Parc-des-Pionniers à Notre-Dame-de-Stanbridge possède de beaux spécimens âgés de dix ans.

Dans notre région, le chêne bicolore a comme espèce compagne le caryer ovale (Carya ovata, Miller), un autre arbre rare qui fera l’objet d’un article à venir.

Le 11 juin, j’aurai le plaisir d’animer une sortie en canot et kayak organisée par la Fiducie foncière du mont Pinacle. Ce sera l’occasion d’observer ces belles forêts riveraines et la riche histoire du cours inférieur de la rivière aux Brochets, où se trouve une réserve écologique du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

Mes remerciements à Line Couillard (MELCC) et Louise Gratton (Corridor appalachien)

Erratum : Les photos de l’aplectrelle d’hiver présentées dans la chronique du numéro précédent étaient de Laurianne Monette (CIME) et non de Charles Lussier.

 

 

C'est grâce à vos dons que nous pouvons continuer à produire de l'information locale, merci de nous aider!

Faire un don en ligne

  • Autre

Laisser un commentaire

Nous n’acceptons pas les commentaires anonymes et vous devez fournir une adresse de courriel valide pour publier un commentaire. Afin d’assumer notre responsabilité en tant qu’éditeurs, tous les commentaires sont modérés avant publication afin de nous assurer du respect de la nétiquette et ne pas laisser libre cours aux trolls. Cela pourrait donc prendre un certain temps avant que votre commentaire soit publié sur le site.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

Avez-vous lu?
Consulter un autre numéro: