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- Immigration -

Immigrants au front

Yonas et Estella
Nathalia Guerrero Vélez

Yonas

Depuis le mois de mars dernier, il fait partie des milliers d’employés considérés comme essentiels et dont le travail dans les épiceries a permis d’assurer l’approvisionnement en nourriture à la population durant la crise sanitaire.  « Je suis quelqu’un qui travaille très fort et, pour cela, le gérant du magasin m’apprécie beaucoup », confie au Saint-Armand ce jeune immigrant au sourire accueillant.

Comme beaucoup d’autres Érythréens, il a quitté son pays à l’âge de 18 ans afin d’échapper aux militaires qui voulaient le recruter et de garantir sa sécurité et celle de sa famille. Parti à pied, il s’est retrouvé, quelques centaines de kilomètres plus loin, dans un camp de réfugiés du Soudan pour repartir, un mois plus tard, en direction d’Israël en passant par l’Égypte. Dans ce dernier pays, il a eu affaire à des Bédouins qui voulaient le vendre, comme ils le font avec des milliers d’autres Africains. « J’ai dû appeler mon frère qui se trouvait en Israël et avec l’argent qu’il m’a envoyé, j’ai pu sauver ma vie », explique-t-il. Il a poursuivi son périple des semaines durant pour se rendre finalement à Tel-Aviv où il a rejoint son frère. Il y a travaillé durant sept ans tantôt dans l’industrie de la construction, tantôt dans des supermarchés, mais il ne se sentait ni à l’aise ni bien traité par les gens de la place.

Pour des questions de papiers d’identité, son frère Yowhanes a dû quitter Israël. Il a perdu la vie alors qu’il cherchait à se rendre en Italie en traversant la mer Méditerranée à partir de la Libye. Yonas apprend alors que son frère avait entamé le processus d’immigration vers le Canada et que la personne qui avait été prête à le parrainer acceptait de s’occuper de lui.

C’est ainsi que, de façon imprévue et inattendue, en 2018, il a pris l’avion pour la première fois et s’est rendu au Québec. Résidente de Sutton, la sœur du prêtre qui l’avait parrainé l’a reçu chez elle. « Au début, je me demandais où étaient les gens, je ne les voyais pas ! Je ne voyais que des arbres ! Tranquillement, je me suis aperçu que la vie ici était très différente de celle que j’avais connue en Israël ou en Afrique, confie-t-il. Je m’ennuyais beaucoup de mes amis et de ma famille, toutefois je crois que comme ça je me suis habitué à traverser des épreuves. »

Quelques mois plus tard, le jeune homme s’est trouvé un appartement et a commencé à apprendre le français au cégep de Granby. N’ayant pas encore de permis de conduire valide, il lui a fallu, de même que ses compagnons, faire preuve d’imagination pour trouver des personnes prêtes à le conduire à Granby du lundi au vendredi et ainsi compléter sa francisation. La fin de semaine, il a commencé à travailler au IGA de Sutton en tant que commis et c’est ainsi que, quand la pandémie a frappé, il s’est retrouvé au front comme travailleur essentiel. « La période de crise a vraiment été difficile pour nous. Si un employé ressentait un malaise, il devait s’absenter pendant deux semaines et nous, les autres employés, on devait travailler beaucoup. J’ai aussi remarqué une augmentation importante des clients et des achats, surtout du papier mouchoir et du papier hygiénique au début de la crise, c’était la folie ! », raconte-t-il.

Au cours de ses deux années passées dans la région, il dit avoir rencontré quelques personnes fermées et racistes, mais que cela ne représente pas la majorité de la population. « Il y a beaucoup de personnes qui m’ont aidé depuis mon arrivée ; j’aime vivre ici et j’aime la neige ! » ajoute celui qui fait également partie de l’équipe de soccer de Sutton.

Malgré les moments difficiles qu’il a traversés, Yonas a toujours un grand sourire aux lèvres, signe d’une grande force intérieure. Il a comme projet de compléter ses études secondaires pour suivre ensuite une formation professionnelle comme plombier ou électricien. « Dans ma tête, je sais que je ne pourrai jamais retourner dans mon pays, mais je vais m’installer ici et un jour, je pourrai revoir ma famille dans un pays autre que le mien », confie-t-il avec nostalgie.

Estella

Estella Nsengiyumva est arrivée à Montréal du Burundi, son pays d’origine, en février 2007. Elle raconte qu’il faisait tellement froid cet hiver-là qu’elle a failli retourner chez elle et ne plus jamais revenir, mais elle a décidé de rester car elle aime relever des défis.

Depuis le mois de mars, elle travaille à Cowansville pour la Coopérative de soutien à domicile du Pays des Vergers en tant que coordonnatrice des ressources humaines. C’est dans son tout nouveau poste qu’elle a dû affronter la crise de la Covid-19.  « Ça a été une vraie chance pour moi de pouvoir trouver un emploi pendant la pandémie. Comme la Coop fait partie des services considérés comme essentiels, nous n’avons jamais fermé et nous avons continué à offrir notre soutien à des personnes dans le besoin », explique-t-elle.

Tout récemment arrivée dans la région de Brome-Missisquoi, elle a vécu à Montréal pendant plus de dix ans avant de se laisser charmer par les attraits de la vie à la campagne. C’est d’ailleurs tout à fait par hasard qu’elle est arrivée dans la région.

À Bujumbura, la capitale du Burundi où elle est née et a grandi, elle avait travaillé dans la gestion du personnel. Une fois à Montréal, elle a complété un baccalauréat en gestion des ressources humaines et a ensuite travaillé pour des entreprises comme Bell Canada ou des organismes comme la Chambre de commerce de Montréal. « Je voulais apprendre les lois du travail d’ici ; l’école des hautes études commerciales m’a permis de travailler le jour et étudier le soir pour ainsi pouvoir payer mes études », confie-t-elle.

Durant l’été 2019, désireuse de prendre des vacances au bord d’un lac paisible, elle fait quelques recherches sur Internet et découvre le lac Brome. Elle tombe tout de suite en amour avec la région et décide de s’y installer. « Je trouvais que les gens à la campagne étaient très accueillants et j’ai perçu davantage la chaleur et le contact humain qu’on retrouve moins dans les grandes villes, ajoute-t-elle. Cela me manquait beaucoup et m’a fait penser aux voisins de mes parents où on pouvait rentrer sans avoir pris rendez-vous ».

À la fin de l’été, elle s’installe à Lac-Brome et trouve un travail de transition comme caissière au IGA de Knowlton, en attendant de pouvoir accéder à un poste adapté à ses compétences et à ses expériences de travail. « C’est vrai que les gens d’ici sont chaleureux mais aussi méfiants et souvent ils pensent que nous, les immigrants, n’avons pas les compétences requises. Ce n’est pas facile pour nous de trouver des emplois convenables. Nous devons travailler le double et s’efforcer le double pour réussir », estime celle qui, en quelques mois, a appris l’anglais par elle-même afin d’améliorer ses chances d’obtenir des postes intéressants. « Dans les médias à l’étranger, on vante le Québec et le Canada comme s’il y avait du travail et que les gens qualifiés sont recherchés. Mais ici la réalité ne reflète pas la publicité. Il faut arrêter les préjuges et nous donner la chance de mettre en pratique notre savoir-faire et savoir-être avant de juger nos compétences », conclue-t-elle.

À Montréal, alors qu’elle travaillait comme conseillère à l’emploi, elle avait compris que, bien souvent, on n’affichait pas les emplois et que le recrutement des postes clés se faisait de bouche à oreille. C’est ainsi que, en mars 2020, après avoir entendu dire que la coopérative de soutien à domicile cherchait des employés, elle a décidé de s’informer et a été embauchée tout de suite après l’entrevue. « Je dis souvent aux immigrants, rappelle-t-elle que quand nous sommes à la recherche d’un emploi, il faut aller vers les gens et leur parler ; le réseautage est le meilleur moyen pour trouver des bons postes. »

À son nouvel emploi, elle a dû faire face à des défis liés, entre autres choses, à la pandémie, mais elle a su s’adapter. Elle dit aimer beaucoup son travail car en plus de mettre à profit ses compétences, elle a le sentiment de contribuer à sa communauté.

Bien qu’elle s’ennuie beaucoup du soleil burundais, de sa famille et de ses amies, elle compte rester dans la région. « C’est vrai qu’ici il y a moins d’opportunités de travail mais il y a aussi moins de concurrence, en plus de la paix et de la tranquillité, et cela n’a pas de prix », rappelle-t-elle. En l’écoutant, on a nettement l’impression qu’elle a trouvé sa place.

 

 

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