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Votre rédacteur en chef est un dangereux trafiquant international

Jean-Pierre Fourez

Photo : Josiane Cornillon

Il y a quelques années, lors de balades au Vermont, j’avais rencontré des francophones qui avaient entendu parler de notre journal et je leur avais proposé d’aller occasionnellement déposer quelques exemplaires dans des commerces de la région de Swanton. À plusieurs reprises, j’ai donc livré le Saint-Armand outre-frontière, beau prétexte aussi pour faire le plein d’essence.

Une belle journée du printemps dernier, avec un paquet d’exemplaires du dernier numéro sur le siège arrière et l’envie de faire un tour chez nos voisins, je me présente au poste de douanes de Saint-Armand :

—Where do you come from, Sir ?

—Saint-Armand.

—Where do you go ?

—Swanton.

—What for ?

—To deliver the Saint Armand.—The Saint-Armand ? What’s that ?

— C’est une publication communautaire locale qui bla bla bla…, lui dis-je dans mon anglais rudimentaire.

S’ensuit un interrogatoire serré dans le genre : Qui est l’éditeur ? Qui en est le président ? Où faite-vous imprimer ? À combien tirez-vous ? De quoi parlent vos articles ?

Puis la question qui tue :— Avez-vous un permis d’importation ?

— Ben voyons, ça fait cinq ans que je passe avec mes journaux et personne ne m’en a jamais demandé !

— Vous ne savez pas qu’il est illégal d’entrer des marchandises sans les déclarer ?

— Oui, mais ce n’est pas une marchandise, c’est juste un journal gratuit.

— Le papier est une marchandise, Monsieur. Veuillez-vous garer dans le stationnement et vous présenter au bureau des Douanes.

Mêmes explications et protestations adressées à l’agent de service qui, rapide dans son évaluation déclare : « Ça va faire 5 $ de taxe à raison de 5 cents par exemplaire. »

D’où tire-t-il ce chiffre magique ? Mystère !

La moutarde me monte au nez mais, ne voulant pas contrevenir aux lois américaines, je l’informe que je renonce à entrer de la marchandise suspecte aux États-Unis.

Finalement, mon passeport m’est rendu à l’arrière du bâtiment où un véhicule, tous gyrophares allumés, me barre le chemin puis s’écarte pour me laisser regagner la frontière canadienne.

— Combien de temps avez-vous séjourné aux États-Unis, me demande l’agent canadien.

— Douze minutes et demie, Monsieur !

Nouvelles explications sur ma visite-éclair en territoire hostile à la presse communautaire. L’agent me regarde, incrédule, et après un haussement d’épaules lourd de sens, il déclare : « J’ai bien aimé votre dernier numéro ! »

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