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Fin de la politique nationale de la ruralité

L’austérité inquiète les milieux ruraux
La rédaction

Nicolet, 27 novembre 2014 – Le conseil d’administration de Solidarité rurale du Québec annonce que ses neuf employés seront mis à pied et que le bureau sera fermé de façon définitive. Cette décision sera effective le 9 décembre prochain.

 « Ceux qui nous gouvernent n’ont aucune idée de ce qu’est une région, une dynamique rurale », se désole l’agronome Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec (SRQ), dont le financement vient d’être réduit à une peau de chagrin. Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, vient de couper les vivres à l’organisme en éliminant la totalité de la subvention gouvernementale qui représentait 75 % de son budget (soit 750 000 $ sur 1 million). La SRQ doit maintenant tenter de subsister avec le seul financement provenant de ses membres, une vaste coalition d’organismes et de personnes provenant des milieux ruraux. Créée en 1991 afin de conseiller le gouvernement en matière de développement rural, la coalition SRQ est notamment à l’origine de la Politique nationale de la ruralité et du Pacte rural qui a permis le financement de tant d’initiatives favorisant la survie et le développement des petites communautés rurales.

« Le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire nous a annoncé que le gouvernement n’avait plus besoin de nos services à titre d’instance-conseil en matière de développement rural. Le financement en lien avec notre rôle, qui soutenait nos mandats inscrits dans la Politique nationale de la ruralité (formation des agents, appui des milieux, centre de documentation sur la ruralité, promotion de la ruralité, etc.,) Nicolet, 27 novembre 2014 – Le conseil d’administration de Solidarité rurale du Québec annonce que ses neuf employés seront mis à pied et que le bureau sera fermé de façon définitive. Cette décision sera effective le 9 décembre prochain. nous est donc retiré », explique Claire Bolduc. Elle souligne de plus que, à compter du 31 mars 2015, « les MRC ne seront plus tenues de respecter le mandat des agents de développement rural. Les sommes allouées pour les postes d’agents de développement rural pourront être affectées à d’autres professionnels. Dès 2016, ces sommes, ainsi que les Pactes ruraux, feront partie d’une enveloppe globale associée au Pacte fiscal et les MRC pourront en disposer selon les priorités qu’elles auront établies sur les différents territoires du Québec. Nous comprenons donc que c’est la fin de la Politique nationale de la ruralité ».

Malgré tout, elle s’accroche et entend poursuivre à titre bénévole son combat à la défense des régions rurales. « Je suis une militante, vous savez. Alors je deviendrai une bénévole comme plusieurs personnes qui sont autour de nous. On tâchera de poursuivre nos activités de façon active pour porter la voix des ruraux. Sur le plan du financement, il reste les contributions de nos membres et des revenus autonomes qu’on peut générer par l’entremise de nos activités. Mais nous sommes en danger, en grand danger actuellement », souligne-t-elle, visiblement mécontente et inquiète.

Entre les fusions des commissions scolaires, l’abolition attendue des agences de santé et des Conférences régionales des élus (CRE), et le transfert des Conseils locaux de développement (CLD), la stratégie d’austérité du gouvernement Couillard et les réformes structurelles qu’elle entraîne frappent de plein fouet les milieux ruraux. « Les gens doivent se mobiliser parce qu’actuellement, tout ce qui fait la qualité des milieux de vie est compromis », poursuit Mme Bolduc. Elle condamne la précipitation avec laquelle ce gouvernement impose des politiques qu’elle qualifie de « choix idéologiques » ayant pour effet de « sacrifier de façon importante la démocratie citoyenne… Écoutez, c’est toute la capacité de réflexion et de concertation locale et régionale qu’on est en train de sacrifier ! C’est une décentralisation énorme qui est en train de se produire. Cette austérité est un affront à tous les citoyens du Québec, c’est un affront à la démocratie !  », déplore-t-elle.  Elle n’est pas la seule à critiquer les décisions du gouvernement en la matière. Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec, estime que « la fin du financement de Solidarité rurale par le gouvernement est une très grave erreur ». Même son de cloche du côté du président de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau. « La force de SRQ, c’est que tout le monde est assis autour de la table ».

D’autre part, Pierre Paradis, député de Brome-Missisquoi et ministre de l’Agriculture au sein du cabinet Couillard, vient de faire une sortie publique en affirmant que les membres de la Commission de révision permanente des programmes (CRPP), qui est présidée par Lucienne Robillard, n’ont pas la « connaissance » nécessaire pour analyser un secteur aussi complexe que l’agriculture. Il estime que le rapport Robillard envoie « un signal de désinvestissement » à l’industrie agroalimentaire en recommandant que les agriculteurs assument tous les coûts du Programme d’assurance- stabilisation des revenus agricoles, ce qui représente une coupe de 300 millions dans la Financière agricole. « Ça n’a pas de bon sens ! », a-t-il affirmé.

Rappelons que monsieur Paradis est un politicien expérimenté et suffisamment bagarreur pour s’être, par le passé, opposé à des initiatives de son propre gouvernement. Ce fut notamment le cas lorsque le gouvernement de Jean Charest a tenté de privatiser une partie du parc national du Mont Orford.

De son côté, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, exprime un tout autre point de vue quant à la compétence de la commission Robillard, remerciant « la présidente et les commissaires pour la rigueur avec laquelle ils ont mené leurs réflexions ». Il associe les critiques à une sorte de résistance au changement et insiste sur la détermination de son gouvernement à maintenir le cap sur l’austérité en utilisant un vocabulaire quasi agricole : « Le gouvernement a décidé de prendre le taureau par les cornes », a-t-il dit, ajoutant que « il n’y aura pas de vaches sacrées ».

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