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- Immigration -

Yamie Zhao, immigrante et entrepreneure 

Nathalia Guerrero

Yamie Zhao et sa fille, Léa Néron (Photo, Nathalia Guerrero)

Aujourd’hui résidente de Dunham et la propriétaire du très populaire Rendez-Vous Café de Cowansville, Yamie Zhao est née et a grandi dans la province chinoise de Shanxi au sein d’une famille appartenant à la classe moyenne. Elle n’avait jamais soupçonné que, un jour, elle quitterait définitivement la Chine pour s’installer dans un des pays les plus froids au monde et où l’on parle le français, une langue aussi difficile à apprendre que le sélénite…*

Shanxi-China

Titulaire d’un baccalauréat en gestion économique forestière obtenu à Shanxi – qui, en passant, est réputée être le berceau de la civilisation chinoise –  elle s’est finalement installée à Shanghai, où elle a acheté un appartement. Cette cité moderne et de renommée internationale regorge de restaurants et de boutiques, ce qui n’était pas pour déplaire à cette provinciale devenue une urbanite invétérée. « Je n’aurais jamais pensé que je serais capable de vivre dans un endroit aussi tranquille et calme que Dunham. À Shanghai, la mode est très importante et j’allais toujours travailler bien habillée et en talons hauts. Ici, à la campagne, les gens ne prêtent pas une grande importance à l’habillement, ça a été un apprentissage pour moi », confie-t-elle.

En 2006, Guy Néron, un ingénieur forestier d’ici, se rend à Shanghai dans le but d’importer du bois au Québec. C’est là qu’il rencontre Yamie et que naît un solide partenariat entre ces deux entrepreneurs. Ils fondent immédiatement une entreprise et commencent à importer des meubles et d’autres produits du bois.

Ce sera aussi le début d’une histoire d’amour entre la fleur de lys et le dragon. En 2009, Yamie se rend pour la première fois au Québec. Elle y rencontre la famille de Guy, qui vit au lac Saint-Jean. Puis, voilà qu’elle se retrouve enceinte. « C’était un moment crucial dans ma vie car je devais choisir entre rester définitivement ici ou rentrer en Chine pour élever ma famille là-bas », explique-t-elle.

Comme elle estime que l’éducation en Chine est trop rigide, elle décide de rester au Québec. « Le système d’éducation chinois tue la créativité, précise-t-elle ; on nous apprend la compétition et les sciences dures. J’aurais aimé pouvoir développer mon côté artistique à l’école quand j’étais petite. Je me suis dit que mes enfants auraient plus de liberté ici ; mais ça été une décision très difficile à prendre car j’avais un très bon travail là-bas et une bonne vie ». Elle a dû s’habituer – même si on ne s’y habitue jamais tout à fait –  à vivre loin de ses parents, de ses frères et de sa sœur.

« J’éprouve beaucoup de respect pour tous les immigrants, car c’est tellement difficile de faire – et de refaire – sa vie ailleurs, loin des siens », ajoute-t-elle. En Chine, les gens prennent leur retraite dans la cinquantaine, si bien qu’ils peuvent s’occuper de leurs petits-enfants. C’est cette coutume que ses parents auraient souhaité qu’elle suive, afin d’avoir près d’eux et leur fille et leurs petits-enfants. Ils n’approuvaient pas sa décision de rester au Québec, mais c’était sa volonté.

Son fils Phillipe est né en 2010 et sa fille Léa, en 2012. Arrivée dans la région avec conjoint, enfants et bagages, elle décide d’ouvrir un café et, plus tard, un restaurant chinois, lequel deviendra le Pub Principal de Cowansville. Entre le travail, ses nombreux employés et ses enfants, elle mène une vie éreintante, la folie furieuse, quoi !

En 2017, de retour d’un voyage en Chine dans le but de visiter sa famille, elle apprend que Guy, son conjoint, souffre d’une pneumonie. Puis, le diagnostic tombe : il s’agit d’un cancer du poumon, qui l’emportera quelques mois plus tard. « C’était tellement difficile, j’étais perdue ; j’ai pleuré sans arrêt pendant un an », confie la jeune femme. Ses enfants n’étaient âgés respectivement que de 6 et de 4 ans. Elle décide alors de vendre le Pub Principal, mais de garder le Rendez-vous Café, dont elle est également la propriétaire. « Ce furent des moments très difficiles pour moi ; ma mère me disait de rentrer en Chine pour ne pas être seule, mais je ne suis pas quelqu’un qui abandonne et j’ai décidé de rester. Après la mort de Guy, les gens venaient me voir et m’encourageaient. J’ai reçu un grand soutien de mes employés et de la communauté au complet. Je me suis sentie soutenue et c’est là que j’ai cru que j’allais pouvoir réussir ; mon courage m’est venu de la communauté. »

Quelques années plus tard, elle rencontrera Jean Paul, un homme de Sutton qui a aussi perdu son âme sœur, emportée par un cancer. Père de deux enfants chinois que sa conjointe et lui avaient adoptés, il comprenait certainement les états d’âme de Yamie. « Nous avons vécu les mêmes douleurs, confie celle-ci. Au départ, je n’étais pas certaine de vouloir commencer une autre relation, mais je me suis dit que ce serait bien de partager nos vies et que mes enfants aient un père. Nous sommes une famille très spéciale. »

Parmi les nombreux défis à relever, il y a eu celui de l’apprentissage du français. Avant le décès de Guy, elle n’avait jamais appris cette langue. Elle parlait déjà l’anglais, le mandarin et le dialecte propre à Shanghai. « Les Shanghaïens sont très protecteurs de leur langue, un peu comme les Québécois », explique-t-elle. Elle finira tout de même par apprendre les fondements de la langue de Molière, apprêtée à la sauce québécoise.

S’il est vrai que la famille n’a pas échappé entièrement aux attitudes racistes de certains, Yamie affirme qu’il ne s’agit là que d’une minorité. Elle se dit par contre surprise d’entendre les gens parler de la Chine ou des Chinois comme s’ils les connaissaient alors qu’ils n’ont jamais mis les pieds dans ce pays. Par ailleurs, elle encourage les immigrants à travailler fort et à gagner le respect des autres. « Les premières années sont les plus difficiles, mais après, on peut réussir à trouver sa place », comme elle-même l’a fait, car après toutes ces années de travail dur et constant, elle s’est parfaitement intégrée dans notre communauté.

* Sélénite : langue fictive parlée par les habitants imaginaires de la lune.

 

 

 

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