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- Immigration -- Société -

L’immigration, c’est l’affaire de tous !

Nathalia Guerrero Vélez

Frey Guevara, directeur du SERY.

On dit beaucoup de choses au sujet de l’immigration dans les médias et les réseaux sociaux. On parle de pénurie de main d’œuvre et de modifier les politiques actuelles ou on nous montre simplement des images d’« illégaux » entrant au pays par le chemin Roxham.

Il est pourtant faux de croire que les personnes qui entrent au Canada sans avoir un statut préalable, sont des illégaux. « Les demandeurs d’asile ne sont pas des illégaux, ce sont des migrants irréguliers », explique Frey Guevara, Colombien d’origine réfugié au Canada depuis 2003 et directeur général de l’organisme Solidarité ethnique de la Haute-Yamaska (SERY).

Demander le refuge dans un des pays signataires des conventions de Genève (dont le Canada) n’est pas illégal ; au contraire, c’est un droit clairement établi par les règles humanitaires internationales. « Chez nous, la différence entre les demandeurs d’asile et les réfugiés, c’est que les premiers ne reçoivent presque pas d’aide. Ils ont uniquement accès à des services de santé de base et d’urgence. C’est déchirant de voir ces personnes-là, on n’est pas capables de leur offrir d’autres services et nous sommes impuissants devant leur souffrance » insiste Frey Guevara.

Une fois qu’un demandeur d’asile est accepté en tant que refugié, son statut change et il a accès à des garderies, des subventions et, au Québec, au programme pour l’apprentissage de la langue française, entre autres.

À Granby, la banque de données du SERY compte 121 nationalités. La majorité de ces migrants proviennent de la République démocratique du Congo, de la Colombie et de la Syrie. Dans cette ville, les immigrants représentent 8 % de la population.

En 2016, l’ensemble de la MRC de Brome-Missisquoi comptait 2655 personnes immigrantes, soit 4,7 % de sa population.

 Une histoire parmi tant d’autres

Benjamin Egodotaye est arrivé à Cowansville en septembre 2019. Né en 1963 à Warri, au Nigeria, il s’est retrouvé à Montréal après avoir traversé le chemin Roxham. « Je suis arrivé aux États-Unis en premier, explique-t-il, mais je n’ai pas demandé l’asile là-bas car ils ne donnent plus le statut de réfugié aux Nigériens. Alors j’ai décidé de venir au Canada, car ma famille est encore au pays et ils attendent de pouvoir venir ici ».

En arrivant à Montréal, il s’est trouvé un logement temporaire au YMCA. D’autres immigrants lui ont appris que, à Cowansville, il pouvait trouver un bon emploi. Il a donc contacté Chantal Bélanger, intervenante du SERY de cette ville, qui l’a aidé à trouver un logement. Cependant, son séjour à cet endroit a été beaucoup plus éprouvant que ce à quoi il s’attendait.

Il a commencé à travailler pour une entreprise de la région de Brome-Missisquoi en novembre 2019. Dès son arrivée, il a fait des démarches pour obtenir un permis de conduire, chose qui s’est avérée impossible, si bien que, au bout de quelques semaines, il a perdu son emploi. « Je ne me sens pas à l’aise, confie-t-il, je ne peux pas arrêter de penser à mes dettes, alors que je devrais envoyer de l’argent à ma famille ». En février 2020, désespéré, il a décidé de se rendre Ontario dans le but d’y trouver de meilleures possibilités.

Au cours des dernières années, une cinquantaine de familles immigrantes se sont installées dans Brome-Missisquoi. Parmi elles, la plupart sont des demandeuses d’asile, comme Benjamin.

« Le transport et le logement abordable sont des enjeux majeurs pour les nouveaux arrivants dans notre région » estime Carolyne Plaat, directrice générale de l’organisme a but non lucratif le Sac à mots de Cowansville, lequel offre des services de francisation aux immigrants. « Dans certains cas, les conditions de travail auxquelles ils sont soumis ne sont pas du tout adéquates et comme ils n’ont pas accès à des services comme la garderie et autres, ils vivent des moments vraiment difficiles » ajoute-t-elle.

Malgré les politiques qui visent à attirer les immigrants dans la région, une partie d’entre eux décident de partir vers d’autres provinces ou ailleurs, comme l’a fait Benjamin. « Quand-on fait venir des nouveaux arrivants dans de telles conditions, sans avoir fait le nécessaire au préalable pour garantir des conditions minimales acceptables en matière de logement, transport, conditions de travail etc., ça crée de la pauvreté sur notre territoire » poursuit Carolyne Plaat.

La langue aussi est un autre grand défi pour les migrants allophones car, pour eux, c’est plus difficile de se trouver un travail et d’aller plus loin.

Le SERY compte sur des bénévoles jumelés à des immigrants afin de les aider et de les accompagner dans leur démarche d’intégration à la société québécoise. « Si l’on veut qu’ils s’intègrent bien, on doit les accompagner, leur expliquer comment fonctionnent les choses », rappelle Frey Guevara, qui a entrepris son parcours au Québec comme bénévole au SERY et qui, plusieurs années plus tard, en est devenu le directeur.

En novembre 2019, peu de temps après son arrivée à Cowansville, Benjamin a été jumelé à Nicholas Gildersleeve, résident de Dunham. Ce dernier l’a aidé à se trouver des bottes et un manteau d’hiver, l’a accompagné à la banque, au supermarché et à la buanderie, et a effectué avec lui d’autres démarches qui paraissent simples aux yeux du commun des mortels mais peuvent s’avérer difficiles pour ceux qui n’en ont pas l’habitude et n’ont ni moyens financiers ni moyens de se déplacer.

En 2019, la MRC a lancé la Déclaration d’accueil selon laquelle Brome-Missisquoi est un milieu de vie accueillant et dynamique dans lequel s’épanouissent des gens de différentes nationalités et cultures. « La Déclaration d’accueil démontre qu’il y a une ouverture, que les immigrants contribuent à notre société, qu’ils sont une plus-value pour le développement économique, social et l’ouverture sur le monde » explique Tania Szymanski, conseillère en développement des communautés pour la MRC.

Selon elle, les principaux enjeux de la migration dans notre région sont le manque de logements abordables et d’acceptation sociale. D’où le fait que des organismes communautaires de la région, comme le Sac à mots, mettent en place des activités en lien avec la sensibilisation culturelle. Cela constitue un premier pas vers l’intégration des nouveaux arrivants, mais il reste beaucoup à accomplir pour faire face aux enjeux de l’immigration, de plus en plus présente dans la région.

« L’immigration, c’est l’affaire de tous ! Ce n’est pas juste la responsabilité de la personne immigrante, de l’organisme d’accueil ou du ministère de l’Immigration, mais de tout le monde ! » commente Frey Guevara.

Veuillez prendre note que le SERY est toujours à la recherche de bénévoles pour ses activités d’intégration.

 

 

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