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Le maïs : un grain dont les padre* ne voulaient pas

Paulette Vanier

Lors de la Conquête, les Espagnols n’accorderont guère d’importance à cette céréale que consommait tout un continent, lui préférant le blé qu’ils ont apporté dans leurs bagages. Pour le produire, ils s’accapareront les riches terres qu’occupaient les Aztèques, après les avoir décimés et repoussé les quelques survivants vers des régions inhospitalières, où le sol est pauvre. Attachés à leur mère symbolique, ces derniers continueront de cultiver le maïs qui, dans l’esprit des conquérants, en viendra à être associé à la pauvreté et à la barbarie, si bien qu’ils le considéreront comme un aliment de piètre valeur, tout juste bon à nourrir le bétail. De fait, ils le donneront à leurs cochons.

Bien qu’on l’ait introduit partout dans le monde, il ne se débarrassera jamais de cette réputation d’« aliment de pauvre ». Au 18e siècle, c’est la nourriture de base des esclaves noirs amenés de force en Amérique** et, au 19e, celle des Africains peinant dans les mines des Britanniques. Aujourd’hui, sur les trois principales céréales dans le monde, c’est la seule à ne pas être essentiellement destinée à l’alimentation humaine. En effet, seulement 15 à 20 % de la production est directement consommée par les humains. Dans tous les cas, il s’agit des populations pauvres de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Asie.

Même dans sa terre d’origine, le Mexique, il est délaissé par les classes moyennes et riches qui n’en tirent plus que 13 % de leurs protéines alimentaires alors que, chez les pauvres, ce taux monte à 84 %. Aux États-Unis, en Chine et au Brésil, qui assurent à eux seuls près de 73 % de la production mondiale, on ne le consomme directement que de façon marginale***, le plus gros de la production allant aux animaux d’élevage. Car, on a vite compris que cette céréale permettait, plus que tout autre produit de l’agriculture, d’engraisser rapidement les bêtes destinées à l’abattage et d’augmenter considérablement la production laitière. Si bien que, globalement, 65 % de tout le maïs cultivé est destiné à cette fin.

Peut-on en conclure que cette dérive de la pensée qui a conduit les Padre à considérer les Amérindiens comme une race inférieure (de même que les Africains et les Asiatiques d’ailleurs) les a également conduits à rejeter la céréale-mère sur laquelle ces derniers avaient assis leur civilisation pour la réserver exclusivement à l’alimentation animale ? Poser la question, c’est probablement y répondre.

Dans le prochain numéro, nous nous pencherons sur les conséquences de cette approche réductionniste sur la diversité génétique du maïs et sur sa richesse nutritionnelle.

*Les missionnaires espagnols.

**Leurs descendants américains continuent d’ailleurs de consommer le gruau de maïs, qu’ils qualifient de hominy, mot possiblement emprunté à l’algonquin ou à une autre langue amérindienne.

***Malgré leur popularité en Amérique du Nord, le maïs sucré et le maïs soufflé ne représentent chacun qu’un pour cent de la production mondiale

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