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Noël, prémisse d’une terre nouvelle ?

Éloi Giard, prêtre

Notre monde change à toute vitesse, on ne s’y retrouve plus. On a parfois l’impression que tout s’informatise et se dérègle en même temps ! Les anciens repères, les certitudes d’antan, les croyances traditionnelles sont de plus en plus désaffectées et connaissent  une rupture de transmission.

En même temps, de par le monde, on cherche des chemins, une direction, on lutte pour des solidarités, on s’engage pour plus de justice et d’équilibre, on s’investit pour la vie et on espère des jours meilleurs. Dans cette foulée, les préoccupations écologiques prennent une place grandissante chez nous et dans les sociétés occidentales tout au moins. On parle de développement durable pour conjuguer le respect de l’environnement et le développement économique. On commence à reconnaître ouvertement qu’au bout du compte, ce qui est en jeu n’est rien de moins que la survie de l’humanité elle-même.

C’est clair : notre planète a besoin d’être sauvée. Certains pensent qu’il est même déjà trop tard. « Dans cinquante ans, il ne restera plus personne », me disait l’autre jour un jeune dans la mi- vingtaine. Si cette « conviction » commence à se répandre, il y a vraiment de quoi s’inquiéter. Sans dramatiser autant, des personnalités compétentes en matière d’environnement n’hésitent pas à affirmer que « nous sommes collectivement confrontés à l’exigence de passer, par un saut qualitatif, à une ère nouvelle de l’humanité ». Redoutable enjeu ! Pas de simples changements cosmétiques, mais des bouleversements profonds dans nos vies individuelles et collectives.

Personnellement, je crois que tant que nous ne serons pas en paix avec nous-mêmes, les autres et Dieu (ou la Transcendance), la nature ne pourra jamais être en paix autour de nous. Au point où nous en sommes, je suis fermement convaincu que seule une spiritualité forte, engageante et bouleversante peut nous sauver. C’est vrai sans doute depuis toujours, mais ça semble devenir plus criant aujourd’hui. L’humain ne se construit qu’en poursuivant ce qui le dépasse. Écoutons à ce propos Maurice Zundel, un maître spirituel du XXe siècle : « Il est essentiel de développer une spiritualité personnelle où chacun puisse jeter la plénitude de sa vie, tous ses rêves, tous ses enthousiasmes, tous ses amours, tout son talent, tout ce qui constitue pour lui le sens même de son existence, tout ce qui répond à ce qu’il y a en lui d’unique ». Croyants et incroyants, nous voici invités à nous mettre ensemble en route, avec tout ce que nous avons d’unique,  vers des changements profonds et indispensables, des changements de mentalité, de style de vie, de projets.

Le temps des Fêtes qui arrive est un moment propice pour nous regarder, chacun et chacune,  avec bonté, lucidité et courage. Comme dit le Bouddha, la question est d’abord de savoir si tu veux te libérer toi-même. Comme chrétien, la fête de Noël m’appelle à laisser naître en moi Jésus le Christ, c’est-à-dire laisser l’amour infini de Dieu me faire renaître à qui je suis vraiment, par-delà l’ego, là où l’amour est plus fort que toute peur. Quelle espérance ! Comment de toute façon passer à « une ère nouvelle d’humanité » sans renaissance, sans illumination, sans que finalement cela nous soit donné « par le dedans » ?

Bien sûr, les spiritualités sont d’une variété presque infinie en notre monde. Je connais des personnes qui revendiquent une spiritualité laïque fort valable et respectable. Elles ont adopté un style de vie sobre et responsable qui m’interpelle profondément. En fait – c’est plus évident au temps des Fêtes – peut-être sommes-nous tous ensemble près d’une nouvelle source : l’amour qui nous conduit à une vérité plus engageante. Car on ne peut plus être chrétien, juif, musulman, bouddhiste ou humain responsable et digne de ce nom, si on se ferme à cette prise de conscience, cette exigence : changer, en profondeur et concrètement, est devenu incontournable.

Puisse ce temps des Fêtes nous mener à une nouvelle profondeur de vie. Puisse l’amour retrouvé faire de nous des êtres neufs dans un monde neuf. Peut-être nous surprendrons-nous à nous réapproprier à notre manière les mots de La Fontaine : « Amour, amour, quand tu nous possèdes, on peut bien dire : adieu, prudence ! ».

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