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Multiplier les plantes, le plus vieux métier du monde (2)

Paulette Vanier

Troisième principe (bis) : Quelques remarques s’imposent à propos de ce principe énoncé dans le numéro précédent et selon lequel il est préférable de ne cultiver dans la même saison qu’une seule variété d’une plante potagère donnée afin d’éviter les risques de croisement non désiré. A cet égard, il faut être vigilant, certaines plantes donnant l’impression d’être génétiquement éloignées mais appartenant en fait à la même espèce.

Ainsi, chou pommé, chou-fleur, chou de Bruxelles, brocoli, chou cavalier (kale) et chou-rave peuvent se croiser entre eux sans la moindre considération pour le long et patient travail de sélection que les jardiniers ont effectué au fil des siècles. Par contre, ils boudent tous le chou chinois, qui, lui, n’hésitera pas à s’accoupler avec un radis, une moutarde, un navet ou un rutabaga.

Le groupe des courges (qui comprend également les courgettes et les citrouilles) constitue lui aussi un casse-tête pour le sélectionneur néophyte. Comme il existe quatre principales espèces, on peut en principe cultiver chaque année une variété de chacune d’elles, sans risque de croisement.

Encore faut-il savoir à quelle espèce appartient telle variété, une indication que les vendeurs de semences négligent bien souvent de donner. A première vue, qui pourrait croire, en effet, que les courgettes, pâtissons, citrouilles (mais pas toutes !), Buttercup  et Acorn appartiennent à la même espèce, mais pas les Butternut ?

Attention, en outre, aux liens troubles que peuvent établir entre eux l’oignon et le poireau, la betterave et la bette à carde, le céleri et le céleri-rave. Et patrouillez les abords du potager avant de décider de récolter les semences de carotte, panais, laitue, navet, rutabaga, choux chinois ou moutardes cultivés : si leurs cousins sauvages poussent à proximité, le vent ou les insectes pollinisateurs se feront un malin plaisir de réunir ce qui avait été séparé et de recombiner les gènes des uns et des autres sans égard pour les caractéristiques que vous recherchez. Si vous n’y prenez garde, cette belle carotte orange-rouge croquante à souhait pourrait bien donner naissance à de petites racines insignifiantes, ligneuses, blanchâtres et sans intérêt culinaire.

Avant de jouer à l’entremetteur, il importe donc de connaître son petit monde botanique (et de maîtriser un latin rudimentaire…).

Quatrième principe : Récoltez vos semences sur les plants les plus beaux, les plus sains et les plus représentatifs de la variété (grosseur ou forme du fruit, couleur du feuillage, etc.). Avant qu’ils ne fleurissent, éliminez les plants qui ne présentent pas les caractéristiques souhaitées ou qui en présentent des indésirables (par ex : radis ou épinards qui montent rapidement à graines, tomates qui fendillent, etc.)

Cinquième principe : Récoltez vos semences sur le plus grand nombre possible de plants d’une même variété. Vous préserverez ainsi l’adaptabilité des générations futures à diverses situations de stress : insectes, maladies, variations climatiques, etc.

Ces deux derniers principes sont apparemment contradictoires : l’un vise l’uniformité, le second, la diversité ; l’un vise la satisfaction de nos besoins, l’autre, la préservation du bagage génétique de l’espèce. Tout travail de sélection qui se respecte consiste précisément à trouver le juste équilibre entre les deux.

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