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Masipskwiks

Charles Lussier

Pointes de flèche, outils, poteries (collection privée)  (Photo : Charles Lussier)

Pendant la dernière glaciation, il y a environ 13 000 ans Avant Actuel (A.A.), l’inlandsis, un glacier de près de 2 000 mètres d’épaisseur se retirait de la région où nous vivons. Sa fonte a submergé le territoire par des eaux marines, puis des eaux douces ont formé, avec le temps, le lac de Champlain. Les premiers occupants amérindiens à remonter vers notre territoire étaient des nomades. Les vestiges de leurs sites d’établissements comprennent souvent des outils comme des pointes à cannelures et de la poterie, typiques de la période paléoindienne (12 000 à 10 000 ans A.A.). Les chercheurs n’ont pas encore trouvé de sites dans la région. Leurs localisations possibles seraient sur les butons comme les contreforts du mont Pinacle ou ceux entourant l’actuel village de Frelighsburg, à une certaine distance des berges actuelles des cours d’eau comme les rivières aux Brochets, Sutton et Missisquoi vu le niveau beaucoup plus élevé de l’eau. De belles découvertes sont donc à venir.

Les plans d’eau comme le lac de Champlain et ses tributaires ont servi de voie de transport, de lieux de trappage, de chasse et de sites d’intérêt pour la localisation des habitations. Les canots d’écorce de bouleau comme les pirogues, faites à partir d’un grand billot brûlé et creusé à même l’arbre, mesuraient entre 4 et 6,5 mètres de long, transportant deux à six chasseurs. Le territoire élargi du bassin versant de la baie Missisquoi ne semble pas avoir eu de grandes populations amérindiennes au cours des trois derniers millénaires.

Entre 1990 et 1995, des travaux archéologiques ont permis de découvrir des artefacts (pointes en chert, racloirs, grattoirs, fragment d’os, et autres outils) sur une vingtaine de sites situés principalement près de l’embouchure de la rivière aux Brochets, à Philipsburg et un à la jonction du ruisseau Walbridge et de la rivière aux Brochets près de Bedford. Ces études nous indiquent que les Amérindiens utilisaient le territoire pour la chasse. La rivière aux Brochets et ses tributaires nord étaient une voie d’accès au bassin de la rivière Yamaska. Avant l’arrivée des Européens, il est suggéré avec précision que la région de la baie Missisquoi était fréquentée par les Abénaquis, les Iroquoiens du Saint-Laurent et les Mohawks de la rivière Hudson.

Le territoire d’origine des Abénaquis est situé dans le Maine et se nomme « wabanaki », c’est-à-dire « terre de l’aurore », « pays du matin » ou « du soleil levant ». Wabanaki est aussi le nom du regroupement national de tous les Abénaquis. La région sur la rive Est du lac de Champlain ou Pe-Ton-Bowk « les eaux entre les deux terres » est maintenant territoire abénaquis. Les Missisquois ou les Masipskwiks y ont établi, avec le temps, un de leur principal village comprenant de l’agriculture. Il est situé aux premières chutes de la rivière Missisquoi et c’est maintenant la petite ville de Swanton au nord du Vermont, lieu d’origine de la création de la seigneurie puis du village de Saint-Armand.

Un déclin significatif de la population abénaquise a eu lieu avec le contact des européens (maladies, famine, perturbations du mode vie, guerres, etc.). En janvier 1797, Jean Baptiste D’Estimauville recensait 42 villages dans le Wabanaki, d’Odanak près de Sorel jusqu’à la côte Atlantique du Maine. Entre les années 1500 et 1609, année de la venue du géographe Samuel de Champlain au Pe-Ton-Bowk, il a été estimé que 10 000 Abénaquis vivaient au Vermont et 12 000 au New Hampshire. Les recensements américains de 1990 estimaient que 1 696 Amérindiens (incluant peut-être d’autres familles comme les Iroquoiens) vivaient au Vermont et 2 134 au New Hampshire. Dans la région élargie de Saint-Armand, nous entendons peu parler de la présence actuelle des Abénaquis.

La langue abénaquise qui fait partie de la famille algonquienne, est menacée d’extinction car elle est parlée par moins de 3 %de la population abénaquise. Au Québec, cette langue est parlée dans les petites communautés d’Odanak (rivière Saint-François, Est de Sorel) et Wôlinak (Bécancour) qui sont situées sur la rive Sud du lac Saint-Pierre. Bientôt ce sera le mois de mars, en abénaquis on dit mozokas, le mois de la chasse à l’orignal. Les Abénaquis étaient de grands écologistes qui avaient une responsabilité en protégeant et respectant la Terre sans abuser de ses généreuses ressources naturelles. Dire que pendant longtemps, on parlait des Sauvages pour décrire les Amérindiens. Les génocides des nations amérindiennes et les perturbations environnementales majeures à l’échelle des continents américains nous renseignent que les vrais sauvages, c’est nous.

Pour votre culture régionale : Abenakis Museum, 100 Grand Avenue, Swanton (VT) 05488 Tél. : 1-802-868-2559

Sources :

www.abenakination.org

Beulah LaPan et al..1986. Finding one’s way. A teacher manual, Franklin Northwest Supervisory Union, Title IV, Indian education program, 45 p.

Kesterman, J.-P., Southam, et D. St-Pierre. 1998. Histoire des Cantons de l’Est. Institut québécois de recherche sur la culture. Les Presses de l’Université Laval. 830 p.

Remerciements à Mme Judy Antle, Musée Missisquoi, et à M. Claude Chapdelaine, professeur, Université de Montréal ainsi qu’à Mme Carol Delorme, Abenakis Museum.

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