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L’origine de la falaise

Sandy Montgomery; Adaptation française de Jean-Pierre Fourez

Photo : www.municipalite.saint-armand.qc.ca

En 1950, quand on partait de Philipsburg en direction du sud, par la route 7, on traversait trois fermes avant d’arriver à l’école des frères de l’Instruction chrétienne. Il n’y avait rien d’autre.

En 1952, Albert Rémillard, sa femme Claire et leur fille Frances achètent la deuxième ferme, qui appartenait à la famille Streit, avec l’idée d’y élever des chevaux. Ayant besoin d’un peu de capital pour son projet, Albert décide de vendre des terrains en bordure du lac. Il en met une vingtaine en vente en commençant par la partie sud de son domaine. Puis il trace un chemin jusqu’à la route et plante une enseigne : Elmcliff Haven.

Ces lots ne sont pas faciles à vendre, car au sud de Philipsburg, de hautes falaises surplombent le lac. Alors, quiconque veut un terrain à bâtir avec accès plus facile au lac ira à Clarenceville ou à Venise-en-Québec plutôt que dans cette partie moins attrayante de la baie Missisquoi. M. Rémillard ne met pas en vente tout le rivage. Il conserve sur la grève quelques endroits à destination communautaire, même si leur accès n’y est pas toujours facile.

Herbert et Margaret Steiche arrivent à Montréal en 1951 avec leurs fils Siegfried, Peter et Dieter. Ils sont originaires de Wiesbaden, petite ville du sud-ouest de l’Allemagne. Durant la guerre, Wiesbaden est relativement épargnée mais malgré tout elle subit le bombardement des raids des Alliés : 18 % des maisons sont détruites et 1700 personnes environ périssent. En mars 1945, la ville est prise par les Forces américaines.

La Seconde Guerre mondiale laisse l’Europe exsangue sur tous les plans. L’avenir est sombre, et bien des gens songent à une nouvelle vie outremer.

Bernard Schirdewahn a une mémoire très précise. Lui aussi est arrivé au Canada en 1951. Le 14 mai 1954, il vient en auto de Montréal, avec son frère Eckhard, M. Kubatz et Herbert Steiche à la recherche d’un terrain. Leur premier regard sur la baie Missisquoi est porté depuis la pointe Jamieson d’où ils aperçoivent la partie est de la baie encore inoccupée. En découvrant l’enseigne Elmcliff Haven, ils trouvent leur bonheur et, le jeudi suivant, ils signent des offres d’achat sur des terrains en bordure de l’eau, qui sont acceptées par M. Rémillard.

Quelle opportunité pour ces familles qui arrivaient d’un monde où l’on ne pouvait pas imaginer pouvoir s’installer dans un endroit vierge, un monde avec une tradition de sédentarité et d’attachement à son lieu d’origine. Elles, elles veulent un endroit où créer de nouvelles racines. Ce lieu serait leur terre au Canada, et nul ne pourrait les en chasser.

L’aventure commence donc avec trois Allemands et un Estonien, puis leurs amis et bientôt se forme un village européen.

Ils ne sont pas fortunés et vivent dans de modestes appartements à Montréal. M. Rémillard leur fait des facilités de paiement, mais il arrive que certains se sentent pris à la gorge quand vient le moment du versement mensuel. Bâtir en dur est au-dessus de leurs moyens.

Ziggy Steiche raconte l’arrivée de la famille, un soir, sous une pluie battante. Plutôt que de piquer la tente, ils trouvent refuge pour la nuit dans une remise qu’ils avaient vue sur la propriété de M. Rémillard. Ce dernier se montre compréhensif quand il les découvre, et il s’entend avec eux pour qu’ils achètent la remise et la transportent sur leur terrain. Ainsi, ce fut leur refuge de vacances et fins de semaine jusqu’à ce qu’ils puissent se doter d’une habitation digne de ce nom.

À partir de 1960, et durant trois étés, ils construisent leur maison eux-mêmes et avec l’aide d’Elmer Schmidt. Au début, on fait la cuisine à l’extérieur et, chaque fin de semaine, on vit une joyeuse aventure.

Leur terrain n’est pas vraiment prêt pour la construction. Bernard Schirdewahn se souvient des centaines de voyages de pierre concassée qu’il a dû faire venir.

M. Rémillard était plus qu’un simple vendeur. Passionné d’équitation, il a pour habitude de faire fièrement le tour de la petite communauté, chaussé de ses bottes d’équitation et coiffé d’un chapeau de cow-boy, monté sur son magnifique palomino.

Les enfants se souviennent que M. Rémillard avait un assistant garçon d’écurie athlétique nommé Alain, qu’ils appelaient Tarzan et qui leur permettait chacun à leur tour de se rendre à cheval jusque chez les Lette et retour. Les enfants s’étaient fait des amis dans le voisinage et à Philipsburg. Ziggy et ses amis, Chris Schachinger, Philippe Lette, Cajo Brando et Peter Montgomery découvrent un jour un tas de matériaux de construction avec lesquels ils entreprennent de bâtir une cabane sur un affleurement rocheux, derrière l’étang. Cet endroit est caché des plus jeunes mais il est découvert par M. Rémillard, qui pardonne l’« emprunt » des matériaux tout en louant leur ingéniosité. Dans un esprit de carnaval, on organise toutes sortes de jeux durant l’après-midi et, le soir, un grand « party » réunit familles, voisins et amis de Philipsburg et de Montréal. On emprunte les tables et les chaises de la Légion et des églises environnantes. Une fête dans la plus pure tradition avec chants, danses et feux d’artifice.

Un des résidents possédant une ciné-caméra entreprit de tourner un film avec les enfants costumés sur le thème du conte Le Loup et les sept chevreaux.

Ces quelques souvenirs illustrent les origines de ce que l’on nommera tour à tour le Développement Rémillard, le village des Allemands, puis aujourd’hui La Falaise.

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