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- À tire-d'aile -

L’énigmatique vacher à tête brune

Jean-Guy Papineau

Par centaines, les jeunes se rassemblent avant le départ vers le sud. L’empreinte visuelle des nouveaux nés est fascinante. Tout le monde connaît l’histoire d’une oie élevée par un humain et que celle-ci se prend pour un humain. Chez le vacher, c’est une toute autre histoire car il sait qu’il est un vacher même si le parent n’en est pas un.

Le vacher à tête brune est arrivé dans l’Est de l’Amérique du Nord vers le XIX· siècle. Son nom est dû à son comportement : il suit les troupeaux de bestiaux (vaches, moutons, bisons) et se nourrit des insectes que ceux-ci dénichent en broutant. L’espèce a profité des nouvelles terres agricoles de l’Est pour venir s’établir au Québec durant la saison de reproduction. Le mâle, assez facile à reconnaître, arbore un beau plumage noir luisant avec une tête brune tandis que la femelle est uniformément brun-pâle. Ils mesurent tous les deux environ 20 centimètres. Le vacher est grégaire et très commun au Québec durant la saison de reproduction et à l’automne. Quelques individus réussissent à passer l’hiver chez nous grâce aux mangeoires et aux hivers plus doux.

Fait très intéressant : le vacher ne construit pas de nid ! C’est un oiseau parasite, le seul en Amérique du Nord. La femelle pond ses œufs dans le nid d’autres passereaux ; certaines peuvent pondre plus de 30 œufs par été. Elle repère un nid et lorsque ce dernier contient déjà des œufs, elle en détruit un, soit en le mangeant soit en le jetant hors du nid. Elle pond ensuite son œuf, généralement un seul par nid. L’œuf de cette espèce éclot plus rapidement que celui de son hôte ; l’oisillon aura donc une croissance plus rapide. Il va devenir beaucoup plus imposant que les autres oiseaux et se fera nourrir plus souvent. Le jeune vacher n’hésite pas à tuer les autres oisillons en les jetant hors du nid faute de place car, en général, les oiseaux des espèces victimes du vacher sont plus petits et, en con- séquence, leurs nids ne sont pas très gros. Au Québec, environ 40 espèces d’oiseaux sont parasités par le vacher ; le Viréo aux yeux rouges, les Parulines et les Moucherolles sont les plus touchés. Certaines populations sont en diminution, problème qui est directement attribuable à la présence du vacher. Plusieurs espèces d’oiseaux peuvent contrer ce fléau soit en brisant l’œuf et en le jetant hors du nid ou simplement en abandonnant le nid pour ensuite en reconstruire un autre.

Pourquoi un tel comporte­ment ? Des chercheurs se sont posé la question. Les vachers ont l’habitude de suivre les troupeaux pour se nourrir. Anciennement, les troupeaux parcouraient probablement de grandes distances car ils étaient libres dans leurs pâturages, et les vachers devaient les suivre. Le parasitisme était certainement la meilleure solution pour assurer la survie de l’espèce. Avant d’arriver en Amérique du Nord, le vacher à tête brune vivait en Amérique du Sud et en Amérique centrale. Parasitait-il les nids avant sa venue dans le Nord ? La réponse reste inconnue …

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