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- Édito -

Le prix de l’information

Pierre Lefrançois

Tout le monde, ou presque en convient, les agrégateurs de nouvelles, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), sont en grande partie responsables des difficultés que connaissent actuellement la plupart des médias d’information dans le monde. Le journaliste fait des recherches, vérifie les résultats, analyse, explique et informe les gens pour un salaire de misère, alors que l’agrégateur s’approprie l’information, la met en ligne, récolte l’argent des annonceurs, tout cela sans avoir à payer de taxes. C’est d’une immoralité absolue, on le sait, et pourtant le pillage se poursuit aujourd’hui et se poursuivra sans doute au cours des prochaines années.

Est-ce parce que l’information n’a soudainement plus de valeur ? Bien sûr que non, puisque les grandes et petites firmes, tout comme les gouvernements et les autres institutions publiques, acceptent de payer très cher pour avoir accès aux informations dont ils ont besoin.

Le problème vient plutôt du fait que la soi-disant révolution numérique a permis à quelques-uns de s’emparer des données, publiques et personnelles, pour en faire leur beurre. C’est que, au final, qu’on parle de données ou de nouvelles, c’est la même chose, c’est-à-dire de l’information. Les GAFAM connaissent très bien la valeur de celle-ci, d’où le fait qu’ils s’en emparent goulûment.

Grace à l’aura quasi sacrée qui entoure la mouvance numérique, nous négligeons de protéger nos données personnelles et, de leur côté, les institutions peinent à nous défendre contre un vol flagrant. Personnellement, je suis doublement victime de ce pillage : on s’est emparé de mon identité chez Desjardins, mon institution financière, et le journaliste que je suis s’est fait dérober son gagne-pain par les géants du numérique.

Perte de confiance envers les médias

Les résultats de sondages menés partout dans le monde indiquent que les médias sont nettement en perte de crédibilité auprès du public. Les Trump, Poutine et Xi Jinping s’en frottent les mains de contentement, eux qui ont contribué, par leurs activités de désinformation massive, à répandre l’idée que les médias racontent n’importe quoi et que, au final, les faits et la vérité sont des choses relatives dont on ne peut jamais être certain. Dans l’ensemble, 58 % des répondants aux sondages pensent que les groupes médiatiques s’inquiètent davantage de leur lectorat ou de leurs cotes d’écoute que de la transmission d’une information de qualité. Pis, 48 % estiment que les médias sont plus soucieux d’appuyer une idéologie que de proposer une information juste.

Ceux qui pratiquent la désinformation massive ont tout intérêt à ce que nous pensions de la sorte. C’est ainsi qu’ils neutralisent ceux qui les critiquent et dénoncent leurs forfaits ou leur bêtise.

Comment soutenir une presse indépendante ?

L’aide aux médias, récemment mise en place par le gouvernement québécois, et les promesses d’aide formulées il y a plus d’un an par le gouvernement fédéral, pourraient probablement donner un peu d’air frais aux grands quotidiens. Cependant, l’addition des promesses, même si elles se concrétisaient toutes, ne constitue pas une garantie de rentabilité à moyen terme. Sans compter que les GAFAM vont poursuivre leur prédation, n’en doutons pas. Même en tenant compte de cette aide publique ponctuelle, ceux qui s’en sortent le mieux, les quotidiens urbains, doivent avoir recours à la philanthropie en sollicitant le soutien du public, des entreprises et des institutions.

Le Devoir le fait depuis des années avec sa fondation Les Amis du Devoir qui lui procure les fonds nécessaires pour boucler son budget annuel. La Presse+, qui a pourtant abandonné la publication papier sur semaine au profit d’une version numérique nettement moins couteuse, s’est transformée en OBNL afin de pouvoir miser sur un complément de financement provenant des dons de ses lecteurs. Les employés du Groupe Capitales Médias (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est et Le Quotidien) misent de leur côté sur un modèle coopératif et savent d’ores et déjà qu’ils devront compter sur le soutien de leurs communautés respectives.

Il est certes encourageant de savoir que des donateurs peuvent contribuer à la survie des médias, mais il importe d’exiger que le public soit tenu au courant du mode de financement de tous ces nouveaux modèles d’affaires. La transparence absolue doit s’imposer. Qui sont les donateurs ? Des lobbys se cachent-ils derrière ces dons ? Quelles sont les règles en cours dans les conseils d’administration ? Les protocoles de gouvernance peuvent-ils assurer l’indépendance des salles de rédaction ? Il importe de nous donner les moyens d’éviter l’émergence d’un financement occulte des médias.

Lise Bissonnette, observatrice avisée qui a jadis dirigé Le Devoir, a récemment lancé sur les ondes de Radio-Canada : « Tout le monde veut se mêler de la rédaction. Il est essentiel de se doter de règles qui permettent de protéger l’indépendance des rédactions. Il faut donner aux rédactions les moyens de résister aux pressions des donateurs qui tendent à demander de produire des journaux de bonnes nouvelles, moins critiques, plus positifs, voire complaisants. »

Et en milieu rural ?

Alors là, bonne chance ! Les promesses de soutien mises de l’avant depuis un an, même si elles devaient toutes se concrétiser, ne suffiraient pas à assurer la pérennité de médias écrits mensuels ou bimestriels dotés d’une rédaction indépendante et responsable. Produire un journal comme Le Saint-Armand exigerait de pouvoir payer décemment au moins trois employés expérimentés, un à la rédaction, un à l’infographie et un autre à la gestion et aux ventes publicitaires. Et cela exige tout de même le concours d’un grand nombre de bénévoles.

Remarquons que, compte tenu des revenus publicitaires (environ 50 % du budget annuel), des revenus de subventions gouvernementales (environ 30 % en provenance du Ministère de la Culture et des Communications du Québec) et des revenus provenant des cotisations des membres de l’OBNL qui gère le journal et des abonnements extérieurs (environ 5 %), il manque encore, pour boucler le budget annuel, de 10 000 $ à 15 000 $. Selon toute vraisemblance, cette somme ne peut provenir que d’activités de financement philanthropique. Cela nous semble possible, mais cela nécessite l’implication de bénévoles prêts à mettre l’épaule à la roue pour l’organisation de ces activités.

Si vous pensez pouvoir aider, communiquez avec nous au (450) 248-7251 ou au journalstarmand@gmail.com. Bienvenue dans la réalité !

 

 

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