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Grandeurs et misères du vox pop municipal

Guy Paquin

Je suis posté en sentinelle dans les marches du magasin général, carnet de notes en mains, et avec le zèle un peu niais des débutants j’attends le citoyen et la citoyenne pour faire mon devoir de journaliste. Sujet : les intentions de vote aux élections municipales. Arrive une dame d’un âge certain.

« Pardon Madame, avez-vous l’intention d’aller voter lors des élections ? »

“Elections ? They put that darn Paul Martin in minority at last ?”

“Euh, c’est que…”

“Well, young man, let me tell you that I’m certainly not going to vote for the Bloc !”

Là-dessus, avec une prestesse que son âge ne laisse pas soupçonner, elle me contourne comme le font les ailiers vedettes déjouant les défenseurs recrus et s’engouffre dans la porte. Je reste là, le crayon en l’air. Pire, il se met à pleuvoir. « Ça fait rien, que je me dis, je l’aurai à la sortie. » Le zèle niais, toujours.

Entre temps, arrive un Monsieur.

« Pardon, Monsieur, avez-vous l’intention d’aller voter aux élections ? »

« Dites-moi pas qu’il y a eu un vote de défiance contre le cave à Paul Martin ? »

« Euh non, c’est que, le municipal… »

« Parce que moi, je vote Bloc, pis vous pouvez l’écrire dans votre journal. Je m’appelle… »

La dame ressort, les bras chargés.

« Louis, stop annoying the nice young man and help me with my groceries, if it’s not too much to ask ! With the pouring rain and all that ! I’m sorry, young man, but Louis is always getting people in conversation. He’s a chatterbox, never stops. Come on Louis, we haven’t got all day ! »

« ‘Scusez. Ça m’a fait plaisir de vous parler. Mais là, faut que j’aide ma mère. »

Le crayon dégoutte, les feuilles de mon carnet se transforment en éponge et je n’ai pas la moindre réaction du citoyen sur les élections municipales qui s’en viennent.

« Excusez Monsieur, mais vous êtes dans mon chemin », fait quelqu’un en tirant sur le bas de mon chandail.

Elle n’a pas plus de neuf ans, la pitchounette. L’air dégourdi. Bof, que je me dis, même si elle ne vote pas (et j’ai le sentiment qu’elle ne sera pas la seule), on peut tout de même lui demander son avis. La vérité, n’est-ce pas, sort de la bouche … etc.

« Ah oui, les élections municipales. La maîtresse, elle en a parlé. Moi, je vote pas. Mais mes parents ils me disent tout le temps qu’il faut s’occuper de la politique si on veut pas que la politique s’occupe de nous autres, genre. L’environnement,  l’agriculture bio, la mondialisation, les vaches folles, les Américains, ces affaires-là. Pis en avant de chez-nous, le chemin est toute défoncé, comme. »

« Tes parents, ils votent aux élections municipales ? »

« Juste au provincial pis au fédéral. »

« Mais, ce que tu viens de dire ?Think globally, act locally, genre… »

« Moi, j’suis rien qu’en quatrième pis on fait juste commencer l’anglais, j’veux dire, t’sais. » Elle entre dans le magasin.

Je me fais déjouer une seconde fois, par un ailier de neuf ans en manque de chocolat. J’ai accroché mes patins et je suis rentré chez moi, bien au sec. Voteront s’ils veulent.

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