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Facteur… de risques

Jean-Pierre Fourez

André Lapointe et Maryse Déry (Photo : Jean-Pierre Fourez)

Que vous le connaissiez ou non, il vous visite presque chaque jour. Beau temps mauvais temps, il vous livre votre courrier. Que ce soit de la paperasse, des factures (de plus en plus) ou des lettres d’amour (de moins en moins), le travail est le même, c’est la tournée de notre facteur André Lapointe.

Né en 1959, il est originaire de Saint-Armand. Il a fait sa scolarité à l’école du village puis son secondaire à Farnham. Jeune homme, il se cherche un emploi et devient opérateur de chariot élévateur durant quelques années quand un accident d’automobile le brise de toutes parts. Durant 5 ans, il est arrêté et passe son temps à fréquenter les hôpitaux, où il ne subira pas moins de 16 interventions chirurgicales.

À cette époque, sa mère, Helen Domingue, est factrice pour le bureau de poste de Saint-Armand et, durant plusieurs années, André l’accompagnera dans sa tournée journalière comme assistant-chauffeur. Avant les années 2000, l’emploi de facteur avait le statut d’entreprise indépendante : on présentait une soumission contractuelle à Postes Canada et, si elle était acceptée, on avait le poste pour 5 ans avec possibilité de renouvellement. Cette pratique assez aléatoire pour une société d’État avait pourtant un certain nombre d’avantages, comme celui de permettre au facteur d’être totalement autonome, libre d’organiser son travail à sa guise et aussi de transmettre sa charge à la personne de son choix.

Depuis 2004, André a pris la place de sa mère alors que Postes Canada réorganisait son fonctionnement. Il est maintenant syndiqué avec un emploi assuré, un salaire supérieur… et un paquet de contraintes administratives.

Une journée type

Entre 7 h 30 et 8 h, c’est l’arrivée par camion du courrier au bureau de poste, dans des bacs qu’il faut trier et répartir selon le type d’envoi (lettres, publicité, poste prioritaire, colis, etc.), puis, ensuite, trier par adresses et formats, et préparer la tournée selon l’ordre du parcours de distribution, opération méticuleuse car tout changement ou erreur peut provoquer le chaos. Selon les jours et le volume de courrier, cette première opération peut prendre d’une à trois heures.

André démarre sa « ronne de malle » enfin, sa tournée proprement dite, généralement vers 10 h ou 10 h 30 et suit un parcours rigoureusement établi sur les routes et chemins de la municipalité, soit plus ou moins 115 km (la plus longue route postale du Québec, paraît-il), qui lui prendra au moins 4 heures et même plus lorsqu’il doit faire toutes les boîtes, comme quand il distribue le journal que vous avez entre les mains.

André utilise sa voiture personnelle et reçoit un forfait hebdomadaire de 200 $ pour le carburant, l’entretien, la mécanique, les assurances, etc. Un des gros problèmes est que le volant est à gauche et les boîtes sur le côté droit de la route et, faute d’avoir un véhicule adapté, il avait trouvé une façon de conduire originale à cheval entre les deux sièges ! Cela a fonctionné durant des années jusqu’au jour où une policière zélée lui a infligé une contravention de 438 $ et 4 points de démérite. Bien qu’il ait gagné sa contestation en cour, il a été obligé d’engager sa conjointe Maryse Déry comme chauffeure payée à l’heure pour un maximum de trois heures par jour.

André aime beaucoup son travail même si, en hiver, la tournée ressemble parfois à une expédition polaire. Son métier lui apporte son lot d’aventures : il raconte la fois où il a trouvé un rat musqué qui avait élu domicile dans une boîte à lettres ou celle où un oiseau y nichait et qu’il devait glisser le courrier délicatement pour ne pas effrayer les oisillons ! Ou encore, la fois où une araignée a décidé de descendre de son fil au nez de la conductrice qui, de peur, a pris le fossé !

Être facteur, ce n’est pas une sinécure tous les jours et les citoyens peuvent collaborer en lui facilitant la tâche : déneiger en hiver pour laisser un accès libre à la boîte ou ne pas coller les bacs trop près. De plus, les nouvelles normes de sécurité imposées par les inspecteurs lui compliquent grandement la tâche et ne sont pas plus sécuritaires, mais il est trop discret pour en parler.

Merci André et bonne route !

Note de l’auteur

Les boîtes à lettres en milieu rural ont toujours été une source de problèmes et la distribution tient parfois du rodéo. Pour y remédier, l’administration des Postes, en voulant régler et rationaliser le travail des facteurs, a décidé de supprimer les boîtes situées aux endroits dangereux et de les regrouper dans des boîtes communautaires. Malheureusement, certaines de ces nouvelles boîtes sont aussi mal placées et ne sont pas plus sécuritaires. À la suite de plaintes, quelques-unes ont été repositionnées ailleurs, sans pour autant faciliter le travail du facteur. Histoire à suivre.

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