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Comme dans l’temps

Une voiture nommée Stewart
Zoroe

Stewart en chemin vers sa nouvelle demeure  (Photo : Virginie Comtois)

Stewart était prisonnier dans un bâtiment dégoulinant et croche depuis des lustres, mal­gré de nombreuses années de loyaux services fournis à la sueur de ses essieux. Que de sable il transporta à la carrière de marbre au début du siècle dernier, des tonnes ! Son maître l’enferma dans sa grange et l’oublia. Jamais plus une paire de chevaux ne furent attelés de chaque côté de sa longue épée de bois.

Par un après-midi pluvieux du mois de juin de l’an 8, le ciel s’assombrit soudainement et le vent se mit à souffler si fort que ledit bâtiment s’écroula sur la voiture. Stewart pensa ne jamais revoir le jour. Malgré des efforts titanesques, il ne put ébranler l’amas de planches et de tôle, et s’endormit épuisé et à bout de souffle. Ses nombreux cris « À l’aide ! » ne semblèrent alerter personne.

Une semaine plus tard, étouffant sous un soleil de plomb, il fut dérangé par une voiture bleue qui se gara en face, dans La cour de ses geôliers.

« Quelle jolie princesse tout de noir vêtue ! Elle tend une bourse à 1a petite dame au chapeau pointu ? » Stewart eut beau tendre l’oreille pour les épier à travers la tôle, il ne put déceler ce qui se tramait.

« Je veux sortir ! », s’époumona-t-il, mais en vain. La princesse rebroussa chemin après avoir serré amicalement la main de la geôlière.

Une heure plus tard, une longue voiture munie d’un tablier d’acier s’approcha. Un élégant prince ganté en descendit, suivi de la princesse.

« A l’aide ! Je suis là ! ». Stewart souffrait, son épée étant coincée entre la sole et la toiture depuis le fameux cyclone.

Mais quelle ne fut pas sa sur­prise de voir le prince grimper le long du mur incliné pour fixer un câble d’acier à une poutre et retourner à sa voiture pour manipuler une manette. Stewart vit entrer le geôlier, sa dame et leur cadet qui se placèrent derrière lui. En moins de temps qu’il n’en faut pour crier « Ouille ! », la grange se redressa et son épée fut libérée.

« Mais ça va pas ? Vous me faites mal !

– Oh hisse ! , s’exclama le groupe.

– C’est ça, achevez-moi, je ne suis qu’une pauvre voiture sans défense !, se lamenta-il.

– Oh bisse ! En moins de deux, ils libérèrent Stewart de sa fâcheuse position. Une fois dans l’herbe, la princesse s’approcha de lui et posa un doux baiser sur son épée. Il en rougit d’émotion !

– Stewart tu es libre, je te transporte à mon château, ta nouvelle vie commence », lui chuchota la princesse.

Geôlier, dame et fils 

Stewart pleurait à chaudes larmes, ses roues ankylosées n’avaient pas roulé depuis si longtemps. Il se retrouva trônant fièrement sur le tablier, le couple princier le conduisit dans un champ verdoyant, près d’un étang, sous un bouquet de vinaigriers.

« Un chœur de grenouilles, de l’ombre, c’est fantastique ! », soupira-t-il.

Et c’est ainsi que Stewart vécut heureux pour des siècles et des siècles.

AMEN !

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