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- Conte de Noël -

L’île de Pâques pour Noël

Photo : fr.wikipedia.org

Ce matin-là, pour la première fois de l’hiver, la neige tombait à gros flocons. Le nez à sa fenêtre, Grand-maman attendait l’arrivée de ses petits-enfants avec impatience. Pendant que leurs parents iraient faire quelques courses (Noël approchait), il avait été convenu que Sarah et Julien passeraient la matinée avec elle. Aussi, quand le carillon se fit entendre, Grand-maman sursauta et s’empressa d’aller ouvrir. Elle les accueillit à bras ouverts et prit plaisir à embrasser chaudement les petites joues rosies par le froid. « Entrez ! Entrez vite les enfants ! Venez voir ce que je vous ai préparé ! »

« Des biscuits ! » s’exclame Sarah.

« Non mademoiselle ! »

« Du lait au chocolat ? » demande Julien.

« Eh non ! »

« C’est quoi ? » demandent les enfants.

« Ha ! Il faut d’abord enlever vos manteaux et vos bottes, la surprise est à la cuisine ! » Pendant que les enfants se déshabillaient rapidement pour courir vers la cuisine, Grand-maman embrassa aussi leurs parents qui étaient venus la saluer avant de repartir  faire leurs achats. De retour à la cuisine, elle sourit à la vue des enfants qui, assis à table,  tenaient déjà les boules colorées dans leurs mains.

« C’est de la pâte à modeler, mamie ? »

« Oui mon cher Julien ! Je l’ai faite moi-même avec de la farine, de l’eau, du sel et des colorants ! »

Sarah porta une grosse boule rose à son nez.

« Hum ! Ça sent bon ! »

« J’oubliais ! J’ai ajouté des parfums aussi. Êtes-vous capables de les deviner ? » Tous prirent place autour de la table et les boules passèrent de main en main et de nez en nez. Celle-ci sentait la vanille, celle-là la cannelle, une autre le citron. On chercha longtemps l’arôme de la boule bleue, pour se rendre compte que Grand-maman n’y avait rien ajouté du tout et qu’elle sentait un peu la farine.

« Et si on mettait la main à la pâte ? » dit Grand-maman.

Avec l’aide de son rouleau à  pâtisserie, Grand-maman fit une grande galette bleue. Les enfants ne se firent pas prier pour se mettre à l’œuvre eux aussi. Bientôt, Julien alla déposer sa drôle de montagne blanche sur la galette bleue de mamie. Sarah trouva l’idée lumineuse et s’écria :

« Ho ! Oui ! On fait une île ! Moi je vais faire des arbres ! »

« Moi je vais faire des animaux et des bonhommes ! », dit Julien.

Grand-maman était heureuse que son idée de pâte à modeler ait autant de succès. Très fière d’elle-même, elle pensait aux petits jeux d’ordinateur et aux cassettes vidéo que les enfants avaient apportés et qui étaient restés près de l’entrée. Elle préférait voir ses petits-enfants manipuler, créer, sentir et s’exprimer plutôt que de les voir rivés à un petit écran.

« Vous avez de bonnes idées les enfants, mais je pense que vous êtes meilleurs que moi pour modeler tout ça. Que diriez-vous si je vous laissais faire un petit peu et si, de mon côté, mon côté, je vous préparais une bonne collation ? » « Mais mamie, il n’y a pas de brun pour faire mes troncs d’arbres ! » dit Sarah.

« Hummmm. Tu as bien raison. Voyons voir ! »

Grand-maman se leva et alla chercher une boîte dans le garde-manger. Elle revint à la table pour diviser ce qui restait de la boule blanche en deux parts afin d’ajouter du cacao (et quelques gouttes d’eau) à l’une d’elles. Une fois la boule bien pétrie, elle la déposa devant Sarah.

« Et voilà mademoiselle ! Tu vas pouvoir modeler tes arbres en chocolat maintenant ! »

« Wow ! Merci mamie ! »

« Tu m’en donnes un peu Sarah ? » lui demande son frère. « Un tout petit peu, j’en ai besoin ! »

Julien prit le minuscule bout de pâte que Sarah lui avait donné pour le porter à sa bouche. Il fit alors une telle grimace que sa sœur et sa grand-mère éclatèrent de rire !

« J’ai ajouté du cacao, dit Grand-maman, mais la pâte est très salée ! Ce n’est pas tout à fait comme manger du chocolat ! Cette fois, je vous laisse, je vais vous préparer quelque chose de meilleur à vous mettre sous la dent ! » Toute à la préparation de sa collation, Grand-maman n’avait pas jeté les yeux sur le travail des enfants depuis un bon moment. Quand elle revint avec son cabaret bien rempli dans les mains, à la vision de l’île, elle s’écria : « Ho ! On dirait l’île de Pâques ! »

« Tu veux dire l’île de pâte, grand-maman ? », demanda Sarah.

« Ha ! Ha ! Non ! L’île de Pâques ! Une île avec plein de statues, des grands bonhommes, un peu comme vous avez fait ! C’est une île qui existe pour de vrai vous savez ! Aimeriez-vous que je vous raconte un peu l’histoire ? »

« Oui ! »

Les enfants n’eurent aucun mal à interrompre leur travail, surtout à la vue de ce qui les attendait comme collation : des smoothies dans de grands verres avec une paille et des gâteaux couverts de glaçage au chocolat. Le temps de tasser un peu la pâte à modeler sur un coin de la table, de laver les petites mains et de servir la collation, Grand-maman pouvait commencer son histoire. Les enfants l’écouteraient tout en se régalant.

 

Illustration : Jean-Pierre Fourrez

« L’île de Pâques est une île très loin de la côte, dans l’océan Pacifique. Elle a été nommée l’île de Pâques par un explorateur qui l’a découverte par un beau dimanche de Pâques. »

« Est-ce que c’est l’île de Jeannot lapin ? » demande Sarah. « Jeannot lapin ? Ha ! Ça, l’histoire ne le dit pas. Mais peut-être bien que oui, car on raconte que sur cette île vivaient plusieurs peuples, dont celui appelé les grandes oreilles et celui appelé les petites oreilles. Quoi qu’il en soit, les habitants ont construit des centaines et des centaines de statues, des statues qui pesaient des tonnes et des tonnes ! »

« Est-ce que c’est lourd des tonnes ? » demande Sarah. « Très lourd oui ! En plus, ces statues ont été fabriquées à partir de roches volcaniques prises à des dizaines de kilomètres à l’intérieur de l’île. Donc, elles ont dû être transportées près des côtes. »

« Avec des camions ? » interroge Julien.

« Non, dans ce temps-là il n’y avait pas de camion ni de machinerie comme aujourd’hui. On pense qu’il a fallu couper des arbres pour transporter les statues sur des rondins de bois, fabriquer des plates-formes roulantes et aussi des leviers. »

« Ça a dû prendre beaucoup d’arbres pour les faire rouler comme ça ! » remarque Julien. « Oui, d’ailleurs, quand l’explorateur a découvert l’île, il a remarqué qu’il ne restait plus que de très petits arbres. »

Julien n’en revient pas. « Ils ont détruit toute la forêt juste pour faire des statues ? »

« Ils avaient aussi besoin de couper des arbres pour faire du feu et préparer leur nourriture. Mais leur industrie de statues n’a pas aidé, c’est sûr ! » explique Grand-maman.

Sarah demande : « Mais pourquoi ils faisaient tant de statues ? »

« Certains prétendent qu’il y avait beaucoup de compétition sur l’île. Les chefs de clan prétendaient communiquer avec les dieux et ils voulaient montrer leur pouvoir. Chaque clan voulait prouver à l’autre qu’il était le meilleur, qu’il pouvait faire une statue toujours plus grosse ! »

« C’est vrai ? » s’étonne Sarah. « Rien n’est moins sûr (soupir), c’est parfois difficile de savoir exactement ce qui s’est passé quand l’histoire remonte aussi loin dans le temps. Certains chercheurs ont aussi conclu qu’il y avait eu de grandes perturbations du climat dans cette période. Bref, si les habitants se sont retrouvés sans forêt et avec de la difficulté à s’alimenter, ce n’est donc pas uniquement de leur faute. » Les enfants étaient songeurs devant l’histoire étonnante et grave de Grand-mère, ils furent ramenés à la réalité par un bruit de porte.

La voix de maman retentit : « Coucou tout le monde ! » ; puis celle de papa : « C’est nous ! »

Les enfants se levèrent et se hâtèrent d’aller les retrouver, ils avaient tant à dire : Julien, la bouche pleine de glaçage au chocolat, tenta d’articuler : « On a fait de la pâte à modeler ! »

Sarah corrigea : « C’est Grand-maman qui l’a fabriquée toute seule ! »

« Et nous, on a fait une île de Pâques avec ! », précisa Julien. « Une île de pâte ? » demanda maman.

« Ha ! Ha ! Non, une île de Pâques ! Une île avec juste des statues parce que le monde était trop niaiseux pour garder leurs arbres. »

« Ha ! Bon ? Il s’en passe des choses ! » dit maman. Grand-maman arrive avec un sourire coquin sur le visage : « En fait, ce n’est pas tout à fait ça… »

« Mais c’est pas grave, dit Sarah, nous, on va la refaire l’île, hein Julien ? »

« Est-ce qu’on peut vous aider ? » demande papa.

« Oui, mais faites plus de grands bonhommes, dit Sarah, y’en a déjà trop. On serait mieux de faire d’autres arbres et des animaux. »

« Oui, parce que si on fait juste des statues, le monde aura rien à manger. »

Alors Sarah et Julien, aidés de leurs parents et de Grand-maman, se remirent à l’ouvrage autour de la table. Tellement absorbés par ces beaux moments passés ensemble, à refaire terres et mers, tous oublièrent les cadeaux à venir pour vivre pleinement le moment présent, des moments partagés à construire un monde meilleur, ensemble.

Pâte à modeler au sirop d’érable

Ingrédients

4 tasses de sucre en poudre
1/4 de tasse de sirop d’érable ou de table 1/2 c. à thé de sel
1/3 de tasse de margarine ou de beurre ramolli

Préparation

Mélanger tous les ingrédients dans un bol jusqu’à ce que le mélange soit homogène. Diviser en plusieurs parts, colorez (colorants alimentaires) et parfumez au goût (cannelle, zeste de citron, quelques gouttes d’huiles essentielles, etc.). Cette pâte est idéale pour décorer des bûches ou d’autres types de gâteau (feuilles de gui, fleurs, bonhommes de neige, etc.).

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